À l’occasion de la 43e édition de la Journée nationale de l’Arbre, célébrée le 9 août 2026 à Sinthiou Fissa, dans la région de Tambacounda, le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Alpha Thiam, a lancé un appel fort en faveur de la préservation des ressources naturelles. Il ambitionne de faire de Tambacounda un modèle de restauration écologique et une destination touristique de référence, notamment autour du parc national du Niokolo-Koba.

À Sinthiou Fissa, la célébration de la Journée nationale de l’Arbre a pris les allures d’un véritable plaidoyer pour la sauvegarde du patrimoine forestier du Sénégal oriental. Face aux autorités administratives, aux collectivités territoriales, aux organisations de la société civile, aux acteurs communautaires et à la jeunesse, le ministre Alpha Thiam a appelé à un changement profond dans les pratiques de gestion des ressources naturelles.
Pour le ministre, l’urgence est de stopper la dégradation accélérée du couvert végétal dans une région longtemps réputée pour la richesse de ses forêts. La prolifération des scieries, la coupe abusive de bois et la production de charbon de bois exercent une forte pression sur des espèces emblématiques comme le Vène (Pterocarpus erinaceus) et le Ndim (Cordyla pinnata).
Tolérance zéro contre la délinquance écologique
Alpha Thiam a plaidé pour une application rigoureuse de la réglementation environnementale et pour un renforcement des sanctions contre les auteurs de trafics de bois. Dans cette perspective, il appelle à l’instauration de sanctions financières et pénales suffisamment dissuasives afin de mettre un terme au pillage des ressources forestières.
Dans le même registre, le ministre a dénoncé le vol des gabions installés le long des routes pour lutter contre l’érosion et leur revente comme ferraille. Un phénomène qu’il assimile à un véritable acte de sabotage des infrastructures et de la sécurité territoriale.
Dans le cadre d’un nouveau « contrat vert », il préconise également que les exploitants forestiers soient soumis à des obligations strictes de reboisement. Le principe défendu est simple : pour chaque arbre coupé, dix arbres devraient être plantés et entretenus, avec des clauses contraignantes pouvant aller jusqu’au retrait de la licence en cas de non-respect des engagements.
«Ne soyez pas les photographes d’un jour»
Le ministre a également insisté sur la nécessité de dépasser les opérations de reboisement ponctuelles et symboliques. Pour lui, planter un arbre ne suffit pas : l’essentiel réside dans son entretien et sa protection jusqu’à sa pleine croissance.
S’adressant particulièrement à la jeunesse de Tambacounda, Alpha Thiam a lancé un appel à la responsabilité citoyenne : « Ne soyez pas les photographes d’un jour, soyez les gardiens de notre écosystème ! »
Dans cette dynamique, les comités de quartier, les associations et les organisations communautaires sont appelés à jouer un rôle central dans le suivi et le parrainage des plants, afin de garantir leur survie.
Niokolo-Koba, un potentiel touristique à valoriser
Le parc national du Niokolo-Koba occupe une place centrale dans cette ambition de renaissance écologique et touristique. Ce patrimoine naturel exceptionnel, confronté à plusieurs menaces, notamment le braconnage et l’orpaillage, représente selon le ministre un formidable levier de développement pour Tambacounda et l’ensemble du Sénégal oriental.
L’ambition affichée est de s’inspirer des expériences réussies en Afrique de l’Est et en Afrique australe pour développer un tourisme de safari de haut niveau. Des partenariats internationaux pourraient être mobilisés afin de renforcer la biodiversité et favoriser le repeuplement de certaines espèces emblématiques.
À terme, l’objectif est de faire du Niokolo-Koba une destination touristique internationale capable de générer davantage d’emplois et de revenus pour les populations locales, tout en valorisant la culture et l’artisanat de Tambacounda.
Élevage et transition énergétique au cœur de la stratégie
La question des relations entre agriculteurs et éleveurs a également été abordée. Pour prévenir les conflits liés à la transhumance, le ministre a appelé à une meilleure anticipation dans la délimitation et la sécurisation des parcours du bétail.
Le développement des cultures fourragères à forte valeur nutritive, notamment le Stylosanthes, le Brachiaria et le Maralfalfa, est présenté comme une piste permettant de sécuriser l’alimentation du cheptel tout en réduisant la pression exercée sur les pâturages naturels.
Sur le plan énergétique, Alpha Thiam a mis en avant le rôle du Projet de Gestion des Ressources naturelles au Sénégal (SENRM), soutenu par la Banque mondiale. Le projet prévoit notamment le déploiement de 250 000 foyers améliorés à travers le pays.
La facilitation de l’accès au gaz de cuisson pour les ménages les plus vulnérables constitue également une piste privilégiée pour réduire progressivement la dépendance au charbon de bois.
Faire de Tambacounda un modèle
À travers cette mobilisation, Alpha Thiam entend inscrire la protection de l’environnement dans une vision plus large de développement territorial, en cohérence avec les orientations de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.
L’ambition est de conjuguer restauration des écosystèmes, développement de l’élevage, transition énergétique, promotion du tourisme et valorisation des ressources culturelles et artisanales.
À Tambacounda, le message du ministre se veut donc clair : la préservation de la forêt ne doit plus être perçue comme une simple obligation environnementale, mais comme un investissement pour l’avenir économique et touristique de la région.
À terme, l’objectif est de faire de Tambacounda le fer de lance de la renaissance écologique du Sénégal, avec une priorité : que la hache et la tronçonneuse cèdent définitivement leur place à l’arrosoir.
Pape Demba SIDIBE