Face aux controverses sur la Loi de finances rectificative 2026, trois ministres et le DG de la DER/FJ ont investi le terrain pour apporter des éclairages sur les choix budgétaires de l’État. Près de 10 milliards FCFA de dotations aux collectivités, un programme de développement de Touba estimé à plus d’un milliard d’euros et dix projets productifs pouvant générer jusqu’à 7 860 emplois : l’exécutif affiche ses ambitions et appelle à un sursaut républicain.
À Mbacké, le Gouvernement a choisi de porter le débat budgétaire au plus près des populations. Dans le cadre d’une conférence de presse conjointe consacrée à la Loi de finances rectificative (LFR) 2026, les ministres Moussa Bala Fofana, Alioune Dione et Idrissa Samb, aux côtés d’Abdoulaye Niane, Directeur général de la DER/FJ et coordonnateur départemental de KIIRAAY Mbacké, ont défendu les orientations de l’État et décliné les perspectives de développement des régions de Diourbel et de Louga.
Au cœur de leur argumentaire, une volonté affichée de déconstruire les accusations de suppression de projets et de démontrer que les arbitrages budgétaires n’enterrent pas les ambitions de développement. « Aucun projet stratégique n’est supprimé », a notamment soutenu le ministre Alioune Dione, expliquant que la réorganisation des crédits de paiement ne remet pas en cause les autorisations de programme des projets concernés. Il a également alerté sur les financements de la Banque islamique de développement destinés à la finance islamique, dont 2,585 milliards FCFA de crédits de paiement pourraient être compromis en l’absence d’adoption de la LFR.
Moussa Bala Fofana décline les investissements territoriaux
Sur le volet des collectivités territoriales et de l’aménagement du territoire, le ministre Moussa Bala Fofana a présenté les principales allocations budgétaires et les projets structurants destinés aux régions de Diourbel et de Louga. Il a notamment fait état d’une enveloppe globale de près de 9,853 milliards FCFA au profit des 95 communes et six départements des deux régions. Cette dotation comprend 4,860 milliards FCFA au titre du Fonds de dotation de la décentralisation (FDD) et 4,992 milliards FCFA pour le Fonds d’équipement des collectivités territoriales (FECT).
Dans le domaine du désenclavement, le ministre a également mis en avant le Programme d’urgence des routes de désenclavement, porté par le ministère des Infrastructures, avec 4,331 milliards FCFA de crédits de paiement prévus pour l’axe Bambey–Baba Garage–Keur Samba Kane–Touba Toul.
Mais c’est surtout sur l’avenir de Touba que Moussa Bala Fofana a décliné une vision ambitieuse d’aménagement et de développement à long terme. Le ministre a présenté les contours d’un programme intégré à l’horizon 2045, dont le coût global pourrait dépasser un milliard d’euros, élaboré avec l’appui de l’APIX. Une première phase, évaluée à 180 milliards FCFA, concerne quatorze secteurs prioritaires, notamment la gestion des inondations, les infrastructures, le logement, l’agriculture, l’élevage, les forêts et l’énergie solaire.
Dans cette perspective, le ministre a également exposé le dispositif de planification urbaine envisagé pour accompagner l’expansion de la cité religieuse. Le plan d’urbanisme couvre environ 30 000 hectares correspondant au titre foncier de Serigne Touba, auxquels s’ajoutent près de 16 000 hectares de périphérie. Il prévoit notamment 32 zones d’aménagement concerté (ZAC), représentant une superficie totale de 12 800 hectares, afin d’organiser les futures extensions urbaines. Sur le volet de la prévention des inondations, Moussa Bala Fofana a évoqué l’aménagement de bassins de rétention, la libération des voies naturelles d’écoulement des eaux, la réalisation d’ouvrages de drainage et la restructuration des quartiers exposés.
Le ministre a ainsi placé la planification urbaine, la maîtrise de la croissance démographique et l’amélioration du cadre de vie au centre des priorités gouvernementales pour Touba.
Diourbel-Louga : dix projets structurants et des milliers d’emplois en perspective
L’autre annonce majeure concerne la transformation économique du pôle-territoire
Diourbel-Louga. Dix projets structurants, représentant des investissements compris entre 168 et 341 milliards FCFA, sont annoncés dans l’agro-industrie, l’élevage, la maroquinerie, l’énergie solaire, l’irrigation et la logistique. À terme, ces initiatives pourraient générer entre 3 830 et 7 860 emplois directs, indirects et saisonniers.
Pour Idrissa Samb, l’enjeu sera notamment de préparer les jeunes aux métiers de ces nouvelles filières, tandis que la DER/FJ devra contribuer au financement des initiatives entrepreneuriales portées par les femmes et les jeunes. Alioune Dione entend, pour sa part, renforcer les mécanismes de microfinance et de finance islamique.
Au-delà de la défense de la LFR 2026, cette sortie gouvernementale aura ainsi permis de projeter les populations de Diourbel et de Louga vers les perspectives de la Loi de finances initiale 2027. Un exercice de pédagogie budgétaire, mais aussi un plaidoyer pour l’adoption de la LFR. « Le Sénégal est une seule République et les intérêts des Sénégalais sont au-dessus de nos modestes personnes. Faites un sursaut républicain », a lancé Alioune Dione aux parlementaires.
Abdou Latif NDIAYE
