Sonko face à l’épreuve de la cohérence politique
La plus récente sortie du président de Pastef Ousmane Sonko sur ses divergences avec le président Bassirou Diomaye Faye autour de la formation du nouveau gouvernement relance le débat sur la place réelle du leadership au sein du pouvoir actuel. Selon la déclaration de l’ex premier ministre, le Pastef aurait refusé d’intégrer le futur gouvernement. Sûrement après un désaccord portant sur certaines conditions posées au chef de l’État depuis le communiqué du COMEX de Pastef la semaine dernière.
Cette sortie de l’actuel chef de l’Assemblée nationale soulève une question essentielle: dans une République, qui détient la légitimité institutionnelle pour former un gouvernement ? La Constitution ne confrère t-elle pas au président de la République le pouvoir de nommer aux emplois civils et militaires ainsi que de définir l’orientation de l’action gouvernementale. Dès lors, l’idée qu’un parti politique puisse subordonner sa participation au gouvernement à l’acceptation préalable de ses exigences interroge sur sa conception du fonctionnement des institutions.
Nombre d’observateurs pourraient y voir l’expression d’une volonté de peser excessivement sur les décisions présidentielles. D’autres y verront le signe d’une difficulté à accepter le partage du pouvoir et les compromis qu’impose la gestion de l’État.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que ceux qui dénonçaient hier la monarchisation et le sectarisme du pouvoir semblent aujourd’hui peiner à s’accommoder d’un exercice plus collégial de la gouvernance. Dans un contexte marqué par de fortes attentes sociales et économiques, les Sénégalais veulent avant tout des résultats concrets plutôt que des querelles d’influence au sommet de l’État.
Au-delà des personnes, c’est la maturité démocratique qui est en jeu. Le Sénégal a besoin d’institutions fortes, respectées et capables de fonctionner sans que les ambitions individuelles ne prennent le pas sur l’intérêt général. C’est certainement ce que le Chef de l’État aurait opposé comme réponse au président de Pastef. Le débat politique gagne toujours à être nourri par les idées, la responsabilité et le sens de l’État plutôt que par les rapports de force et les postures.
En définitive l’heure n’est pas à la compétition des egos, mais à la consolidation des acquis démocratiques et à la réponse aux préoccupations des citoyens.
Mamadou Biguine Gueye
Président de JEUF/Action
Coalition Diomaye Président
