Reportage/ Dans les coulisses du «Xooy» des « Saltiguis » sérères du Sine.
Une longue nuit de “vérités”
Troisième samedi du mois de juin 2019, c’est toute la soirée de ce précieux jour de la semaine pour les travailleurs, que les “Saltiguis” du Sine ont choisi pour dévoiler au grand public, leurs divinations préhivernales. Cette nuit, les “Sorciers” sérères s’expriment, se confessent, se découvrent. Pour prédire l’avenir et au besoin, recommander des sacrifices aux fins de perpétuer la paix et la sérénité de la communauté, du terroir, du…pays.
L’atmosphère d’avant restitution
21h. Le (Cemetra) Centre de Médicines Traditionnelles/Malango, situé à quelques 3km en sortant de Fatick vers Foundiougne, vibre au rythme des tam-tams. Depuis le début de l’après-midi, l’effervescence ne cesse de monter dans l’antre ainsi qu’aux alentours du théâtre des “délivrances” des secrets jusque là jalousement gardés. Ce soir, les “Saltiguis” livrent ce qu’ils ont vu d’heureux et de malheureux avant le début de la saison des pluies. Du haut du portail de Malango, trône, majestueux, l’éternel tableau de son ONG partenaire: “REPUBLIQUE DU SENEGAL, UN PEUPLE UN BUT UNE FOI, CEMETRA-PROMETRA INTERNATIONAL/FATICK”.
L’intérieur est dominé par une quinzaine de chambres éparpillées et qui ceinturent l’immense cour sablonneuse. Chaque chambre est conçue sous la forme d’une case en ciment, pourvue d’un toit en forme de pyramide.
Ces cases servent de logements aux “Saltiguis” et guérisseurs du centre. Au milieu de la cour se dresse une tribune d’une capacité de 500 places assises. Les côtés Est et Ouest du centre ne disposent pas de mur de clôture. À perte de vue, on admire la grande forêt ou encore le bras de mer le Sine, paisible “royaume” de Mame Mindiss la vieille mère, “Génie protecteur de Fatick”. Du loin on aperçoit les femmes préposées à la cuisine, faisant d’infinis mouvements aux alentours immédiats du foyer occasionnel aménagé pour la préparation des repas. L’odeur alléchante de la sauce mêlée à celle du couscous qui ont servi de dîner aux nombreux invités éguise les appétits, perçant sans cesse les narines du visiteur. Il fait presque 22h sur les lieux. Les batteurs de tam-tams ont déjà pris place à quelques 20 mètres en face de la tribune et en marge du cercle aménagé pour le public qui entoure les “Saltiguis” à leur tours de parole. Ces griots tapent joyeusement et éperdument sur leurs instruments. Des femmes viennent parfois jusqu’à leur hauteur et offrent un billet de banque ou une pièce de monnaie. Elles esquissent quelques pas de danse avant de retourner à leur place. Une manière à elles de manifester leur volupté, face à ces symphonies bien sérères dans lesquelles elles se retrouvent parfaitement. Les lieux sont éclairés par de grandes ampoules à travers un fil monté dans les derniers instants du crépuscule. En plus des quelques projecteurs de cameramen venus couvrir l’évènement.
Aux alentours de 22h 40, les derniers réglages sont faits. Les nattes à même le sol, les chaises, les matelas loués pour l’occasion, voient leurs occupants qui, par groupes, devisaient, les abandoner, gisant le long de la grande cour. Tout le monde se dirige vers la foule, le cercle. Les drapeaux du Sénégal et de “Prometra International” flottent gaiement au vent, là-bas, à l’entrée gauche du centre. Le cercle aménagé pour l’occasion se remplit à un rythme incontrôlable. Hommes, femmes et enfants s’installent à qui mieux mieux pour ne rien rater des joutes divinatoires si imminentes et pleines d’enjeux. Les tam-tams résonnent dans l’air, les griots, ivres d’enthousiasme, chauffent Malango.
Il est 23h passées de plus d’une quinzaine de minutes. Les journalistes présents sont bien installés à proximité du cercle, sous une bâche faisant office de tente. Ils se déplacent un à un par moment et reviennent à leurs places. Photographes et cameramen, plus mobiles que les autres, multiplient les mouvements. C’est à cet instant que leur confrère Abdoulaye Bop de Walfadjri, surgit et donne de la voix. Il assure la traduction en wolof de tout ce que disent en sérère certains “Saltiguis”. Dans un rôle de maître de cérémonie, il annonce la couleur en rappelant le long chronogramme de la nuit. L’arrivée des prêtres et prêtresses tant attendue ne va plus tarder. “Plusieurs d’entre eux sont déjà discrètement installés”, souffle une jeune femme qui se dit fidèle au “Xooy” depuis plus de six hivernages. De jeunes gens manifestent leur joie par des sifflements et autres cris et murmures désordonnés et indescriptibles. Les derniers spectateurs conduits par des motos “jakartas”, des taxis, à pied, à dos d’âne ou de cheval, investissent la grande cour. L’adrénaline monte. L’impatience atteint son summum. L’animation est grande.
Le show de mère Khane Diadiakh
23h42. Khane Diadiakh perce le public et se plante au milieu du cercle. Des cris d’histérie et de joie accompagnent l’apparition de la redoutable et célèbre doyenne des devins. Elle s’empare du micro, le bruit s’estompe petit à petit. L’octogénaire jette un coup d’oeil insistant sur le chef griot et lance son “back” fétiche qui enivre la foule. “Rew wé mout, rew wé mout ngor ké tim yo”. Littéralement, ce “back” signifie: “Fermez-là, vous les femmes! Et faites silence, vous les hommes”. “C’est une manière à elle de déclencher tout de suite les hostilités. Car c’est à ses pairs femmes et hommes qu’elle s’adresse, comme pour les défier en leur montrant qu’elle détient les meilleures divinations”, commente Cheikh Faye dit Sathiour, sage du quartier Ndiaye Ndiaye de Fatick, réputé confident de Mame Mindiss et très lié au “Xooy”. Flèche emprisonnée dans ses mains, la ficelle du seul talisman visible sur son corps lui traversant l’épaule, mère Khane balaie d’un long regard le public redevenu immédiatement bruyant. Les tam-tams se réveillent encore et accompagnent son “back”. Elle lève sa flèche comme pour exulter, puis la plante au sol, et va offrir des billets de banque aux griots qui sourient. Khane leur tend ensuite la main en signe de “stop”.
Les rythmes s’arrêtent. La vieille dame renouvelle ses remerciements à Roog Sen (Dieu) ainsi que ses salutations à ses collègues et au public puis attaque: “Hey pog wé, lay yo yaa baa djeg”! (Hey mes chers parents! Dites: “Que Dieu nous en préserve”). Dans la clameur partie de l’immense foule, elle précise:“Plus d’une centaine de voitures se dirigent ensemble vers l’intérieur du pays. Ce cortège part de Dakar! Les nombreuses personnes qui la composent accompagnent une forte personnalité à sa dernière demeure”. Insensible aux murmures et autres questions lancées depuis la foule pour en savoir plus, la vieille “sorcière” enchaîne dans un message codé:“Ces trois avions qui vont survoler Dakar cette année sont à surveiller. Ils me font peur car nous sommes jusque là un pays de paix”. Sans aucune autre précision, elle livre sa derniére divination: “J’ai plusieurs fois entendu épiloguer sur le pétrole et le gaz récemment découverts chez nous. Je puis vous confirmer, moi khane Diadiakh, qu’il y aura encore du bruit et même des émeutes à Dakar et dans quelques régions pour ces ressources naturelles. Mais rien ne va arriver d’autre.” Pour le salut de notre pays face à ces trois seules choses que j’ai vues cette année, je suggère au président Macky Sall de faire égorger devant les grilles du palais un taurreau blanc et de n’en distribuer la viande qu’à des femmes et des enfants”.
Puis jettant un dernier regard sur les griots puis la foule, elle lance:” Je ne ments jamais, je ne dis que ce que Dieu m’a montrée”. Les tam-tams retentissent encore de plus belle. Un groupe de “Saltiguis” se lève et donne quelques pas de danse au milieu du cercle. Le public est aux anges, Khane, flèche en l’air et le pas lent, rend le micro et sort du cercle, fredonnant son second et célèbre “back” de défiance wolof comme pour s’adresser aux jaloux de sa science“Nèkhoulène, Yalla ko def nèkhoulène”(Ça ne leur plait pas mais c’est Dieu qui m’honore”).
23h 54mn, Malango brille de mille feux, l’ambiance est à son paroxysme.
L’entrée en lice des autres “Saltiguis”
À la suite de Khane Diadiakh, irruption dans le cercle, du plus âgé de tous les “Saltiguis”, Guedj Guèye de Joal, 87 ans. Le patriarche est habillé d’un long caftan blanc traversé latéralement d’une longue corde circulaire rouge. Son vêtement est plein de cauris, de noeuds et de gris gris à plusieurs tessons de miroirs pincés dessus. Il affiche calme et sobriété. Les deux mains levées vers le ciel, il déclare saluer Dieu, le public et les batteurs. Ces derniers répondent par un rythme particulier auquel semble s’identifier le vieillard qui hoche de haut en bas la tête, sourire en coin. “C’est son back fétiche, intervient Abdoulaye Bop”. Le vieillard distribue quelques billets de banque aux griots et leur demande d’arrêter un peu les tam-tams, le moment qu’il puisse “s’adresser au monde”. “Je ne serai pas long, introduit-il. Dieu ne m’a montré cette année, que ce que j’aime le plus sur terre; à savoir la pluie. Ne me croyez pas si vous voulez”. Un gros murmure ainsi que des cris de satisfaction partent de la foule. Il la photographie d’un regard à tous les coins et les griots battent de nouveau les tam-tams. Il lève la main vers eux et les “sabars” cessent. “Je voudrais terminer pour vous rassurer. “Cultivez pour le mil et l’arachide, toutes les quantités et toutes les qualités que vous aurez, car de l’eau, il y en aura suffisamment cet hivernage”.
À peine cette assurance faite, trois “Saltiguis” arrivent ensemble au centre du cercle. Visiblement dopé par les assurances du vieux Guedj Guèye, l’un d’eux arrache le micro de ses mains. Il ‘sagit de Niakar Diouf de Galangué, derrière qui déambulent Amy Faye de Niakhar et Ngor Marone de Ndoffane. Celui-ci se définit comme le “Saltigui du Sine Saloum”. Les tams-tams animent les lieux, le public redevient bavard et indiscipliné par endroit.
Le groupe en place fait l’honneur à la dame Amy Faye la cinquantaine, de prendre la parole en premier. Et immédiatement, les griots qui la connaissent depuis plusieurs éditions du “Xooy”, enchaînent son”back”. Elle esquisse quelques pas de danse, leur offre quelques billets de banque, lève la main puis les tam-tams se “taisent”. Se tournant tout de suite face à la tribune, elle lance:”Je vois que le “Diambogne”, (redoubtable serpent d’hivernage) va mordre cette année et tuer dans le quartier Ndiaye Ndiaye/Fatick, un jeune homme et une jeune femme. Sacrifiez-moi un bélier blanc et une brebis blanche au centre de ce quartier. Le reste, je m’en occupe et vous éviterai le mauvais sort car ces morsures du “Diambogne” sont l’oeuvre de Satan.” Un murmure de désolation déchire la foule. Incapable de la laisser poursuivre, un jeune garçon, robuste et grand de taille s’échappe du public, court vers la “Saltigui” et lui arrache le micro puis lui balance:“Tu es petite pour menacer le grand Ndiaye Ndiaye! C’est peut-être toi ce fameux serpent! Mais nous t’attendons de pieds fermes”! Content de ce défi d’un non “Saltigui” pourtant, le public composé d’innombrables habitants de Ndiaye Ndiaye, donne de la voix, on jubile bruyamment. Les tam-tams reprennent leur droit et le jeune homme crie puis tombe en transe. Quelques uns de ses compagnons entrent dans le cercle et vont à son chevet. Plusieurs amulettes lui sont retirées de la taille. Il se relève quelques instants après, lève la tête vers le ciel et la main gauche vers les batteurs. Le bruit diminue. Ses proches le félicitent en chantant un air sérère plein de vigueur en choeur. À peine la chanson achevée, le public, dans une harmonie presque parfaite gronde:“Yaasam ô maadine mbaane”! (Que Dieu te préserve et te fasse revenir ici l’an prochain!). Porté en triomphe, le jeune sérère et ses acolythes sortent du cercle pour aller reprendre leur place.
L’élan de la prêtresse Amy Faye semble du coup brisé, elle est bouche-bée. Le “Saltigui”Niakar Diouf hérite du micro. Abdoulaye Bop, le maître de cérémonie, par moment aphone, certainement dépassé parfois par les quelques scènes de désordre, tente de faire revenir le calme.
Bonnet rouge au bout duquel pendent des poils en queue de cheval, inondé de cauris et d’amulettes, Niakar Diouf, caftan et pantalon bouffant bleus, ne demande ni tam-tams ni ne réclame de “back”. “C’est au public uniquement que je suis venu m’adresser en peu de mots puisque c’est de Dieu que je puise le contenu de mes divinations”. La foule marque son accord par des “ndiguilo”(c’est vrai), qui fusent de tous les côtés. Le chef griot simule par un geste de frappe sur son tambour. Le “Saltigui” lui intime l’ordre de ne pas le faire et enchaine. “C’est la première fois que je viens à Malango. Je me limitais à mon village où chaque année j’organisais un “Xooy”. Mais je me rends compte que l’heure est grave et je suis donc venu sauver l’humanité”. Le public est en histérie, la clameur est à son paroxysme. Il poursuit dans le méli mélo:“Je vois plusieurs accidents de la route dans la capitale Dakar, l’autoroute Ila Touba et la route nationale N°1 partant de Mbour à Kaolack, multipliez vos prières ainsi que vos offrandes aux plus pauvres”.
Plusieurs meurtres risquent aussi d’avoir lieu un peu partout au Sénégal. Tout ceci est l’oeuvre d’un dignitaire Jinn dont la fille s’est égarée depuis le Mali. Il est à sa recherche. Ce jinn est à l’étape de notre pays. Et il pousse les gens à la violence tout en mettant nos chauffeurs au contact avec Satan”. La foule est en liesse. Il termine “Dirigeants du Sénégal, veuillez me sacrifier un chameau et un taurreau noir à la frontière avec le Mali. Vous donnerez de leur viande mise en 66 tas pour chaque animal, aux personnes qui s’y présenteront et les accepteront, à chacune un tas jusqu’à épuisement”.
À la suite de ses divinations, il rend le micro et libère tranquillement le cercle. Les batteurs enchainent encore au moment où Ngor Marone, “le Saltigui du Sine Saloum” s’installe. Quelques pas de danse esquissés, il se tourne brusquement face au public et prédit, la voix pleine d’assurance:“Nous sommes aujourd’hui samedi, le Sine et le Saloum enregistreront leur premières pluies le même jour cette année. Ce sera mardi prochain, 25 juin. Il pleuvra à Guinguinéo pour le Saloum et à Diofior pour le Sine. Nul part ailleurs dans le pays il ne va pleuvoir ce jour!” Enfin il confie:“Que chaque chef de famille donne 3kg de riz et 1kg de viande en aumône pour préserver sa fratrie des malheurs et maladies de l’hivernage. Voilà tout ce que je tenais à partager ”. Les tam-tams retentissent encore, guettant l’entrée des autres.
La prestation des jeunes “Saltiguis”
À peine Ngor Marone tournait-il le dos, que trois jeunes devins surgissent dans le cercle. Mame Ansou Bop de Soum, étudiant, le plus jeune, lui lance, alors qu’il s’éloignait:“Reste dans le cercle, que je te rectifie avant que tu ne partes! Il ne pleuvra pas de si tôt cette saison! Et les premières pluies ne verront le jour au Sine que dans la seconde moitié du mois de juillet! Cela est d’ailleurs valable pour tout le pays. Pour la violence et les accidents, je suis d’accord avec toi, mais ce n’est pas l’oeuvre d’un jinn, c’est juste un déficit d’éthique et une crise des valeurs sans précédent dans notre pays. Il faut que l’on revienne à notre éducation et à nos valeurs ancestrales aujourd’hui en perte de vitesse. Je ne demande par conséquent aucun sacrifice. Je demande qu’on respecte nos traditions et les dégâts seront limités.” À ces propos, le public se montre convaincu et charmé. “Yaa sam o’ layinn mbaan”(Nous prions que tu reviennes l’an prochain). Il regarde longuement du côté des griots qui lui servent son “back”. Quelques pas de danse, il détache sa ceinture faite de plusieurs noeuds, l’enroule autour de sa tête et termine : “je vois par contre venir vers Diakhao et alentours, une terrible maladie des ventres chez les enfants. Je prie chaque chef de famille de cet arrondissement, de donner en aumône un bol de “lakh” à sept enfants, 4 garcons et 3 filles. Puis verser l’eau qui leur servira à laver les mains, à la porte de leurs domiciles respectifs”. Et les tam-tams reprennent. Au même moment, Fab Wagane Niane, sans attendre la sortie de son jeune compère, prend le relai : “Je suis du mythique et mystique Diakhao. Je m’inscris à faux contre tes prédictions sur cette épidémie dont tu fais allusion. Il n’yaura rien ni à Diakhao, ni à ses alentours contre les enfants ! Aussi jeune que je puisse être moi aussi, Dieu m’a donné le pouvoir de détourner les malheurs. Alors, ne nous en souhaite surtout pas, sinon je les retourne vers ton Foundiougne natal !” Et le public fait vibrer le centre Malango d’un long et bruyant murmure d’admiration. Le jeune”sorcier” très en verve, coupe court et lance : “tu m’as complètement déconcentré ce soir, je demande pardon à l’assistance mais je ne dévoilerai pas mes divinations. Je les garde pour moi et je me charge des moyens d’étouffer ce qui devra l’être.” 00h57, le jeune “Saltigui” se retire du cercle, le pas assuré et rapide. Dans la foulée, un homme, appartenant au comité d’organisation rappelle : “Chers “Saltiguis” et batteurs, l’heure d’arrêter les tam-tams est largement dépassée, mieux que moi, vous savez que la nuit a un maître et nous le respectons”. Les griots sont ainsi avertis, les devins recadrés. La cérémonie se poursuit.
Entrée en lice du troisième et dernier jeune prédicateur. “Je salue le nombreux et beau public, ainsi que les braves batteurs de tam-tams présents depuis ce matin”. “je suis Mignane Diagne, je viens de Mbane, petit village sur la route de Niakhar. Je suis venu cette année pour juste vous parler de l’équipe nationale de football du Sénégal. Puisque le contexte du “Xooy” de cette année m’éxige à interroger le Seigneur sur l’issue de cette aventure. Les lions iront très loin et peuvent même remporter le trophée. Mais il va falloir faire beaucoup de sacrifices et éviter l’adultère. Je vous dirai ce qu’il faudra faire à condition que vous m’assuriez tout de suite, cher public, que chacun de vous va s’y atteler”.
Tandis que la foule réagissait par des cris d’approbation et des “waw gorr “ (mercis), une jeune dame arrache le parloir des mains de Mignane. Il s’agit de Khady Diouf de Diadiakh. Elle se dit “Saltigui” de la nouvelle génération. Sous les yeux hagards des nombreux spectateurs qui attendaient avec intérêt les recommandations de son collègue à qui elle a coupé la parole, la jeune fille confie sèchement: “Le Sénégal ne gagnera pas cette Can! Que mon collègue ne vous pousse donc pas à gaspiller pour des sacrifices inutiles. Sacrifiez tout ce que vous voudrez, et je vous assure que notre tour n’est pas pour 2019. Je défie quiconque, fut-il un Jinn, de me dire le contraire. Car je ne parle pas beaucoup, je suis encore très jeune pour ternir ma réputation. Mais Dieu merci, car il m’a une fois de plus, montré la vérité”! Toute tranquille, elle se dirige vers la sortie du cercle, bénéficiant de félicitations de toutes sortes de la part du public, les tam-tams s’étant tus depuis… Comme pressée de s’affranchir de tous ces regards, la jeune “Saltigui” pose le micro à terre et sort en courant pour disparaitre derrière le public.
La parade des “Saltiguis” religieux
Il est 1h46mn du matin. Encore un groupe à l’intérieur du cercle. Le maître de cérémonie, visiblement essouflé, a fini de les déclarer. Il s’agit de mère Mahé Diack de Ngayokhème, de Alioune Seck de Diourbel et de Jean Noël Ndour de Guédiawaye. Tous sont âgés de plus de 70 ans, dissent-ils. Et c’est la vieille femme qui prend la parole en premier. Saluant le public et remerciant le ciel, elle affirme qu’une révolution aura lieu au Sénégal avant 2024. Celle-ci sera d’autant plus surprenante que si l’on n’y prend garde, elle partira de détails.
La parade des “Saltiguis” religieux
Il est 1h46mn du matin. Encore un groupe à l’intérieur du cercle. Le maître de cérémonie, visiblement essouflé, a fini de les déclarer. Il s’agit de mère Mahé Diack de Ngayokhème, de Alioune Seck de Diourbel et de Jean Noël Ndour de Guédiawaye. Tous sont âgés de plus de 70 ans, dissent-ils. Et c’est la vieille femme qui prend la parole en premier. Saluant le public et remerciant le ciel, elle affirme qu’une révolution aura lieu au Sénégal avant 2024. Celle-ci sera d’autant plus surprenante que si l’on n’y prend garde, elle partira de détails. Elle suggère dans l’urgence au chef de l’Etat, de prendre ses dispositions, de multiplier les sacrifices en nourritures et de s’atteler à régler les difficultés des populations.
“Faute de quoi, termine-t-elle, il risque de ne pas terminer son mandat”. Très élégante dans son grand boubou multicolore, foulard bien noué sur la tête et toutes sortes de gris gris bien visibles sur sa taille, la doyenne tend le micro à un de ses collègues en disant “Je prie, je jeûne le mois de ramadan, je m’acquitte de l’aumône et j’ai été à la Mecque. Mais je participe au “Xooy” par devoir, car j’ai hérité de mon savoir, dont Dieu avait gratifié et mon père et ma mère”. Le public
comme réveillé par cette confession, sert un gros murmure qui fend l’antre de Malango, traverse la mer et se répand dans le lointain.
Et le “Saltigui” Alioune Seck, vêtu d’un grand boubou “Baye Lahat” à la manière des mourides, le corps dépourvu de la seule amulette d’enchainer. “Je suis moi aussi musulman et pratiquant. Mais à travers le “Xooy”, c’est à la préservation d’un héritage plus qu’ancien, que je travaille sans relâche. C’est la raison de mes fréquentes participations à ce grand rendez-vous du Sine.”Le public, comme convaincu de sa bonne foi, lui lance en harmonie “Dioka Ndial a’ paakh way” (Merci beaucoup). Ragaillardi, il dévoile:“Je vois venir suffisamment de pluies au Sénégal cette saison. Beaucoup de mil et d’arachides en perspective.
Mais pendant cette période, un grand nom de notre pays sera transporté à Touba pour inhumation. C’est Dieu qui dispose de nos vies non ? (la foule répond par un oui retentissant). Je prie les grandes personnalités de notre nation, de faire chacune le sacrifice de 7 mètres de ce tissu appelé “Percal”. Voilà en gros ce que je me devais de livrer à cette édition de 2019 du “Xoy”, termine-t-il.
Mamadou Biguine GUEYE
