Patrimoine-Mémoire historique: Restituer à Fatick l’originalité de sa place du Monument aux morts
Par devoir de mémoire, la place du Monument aux morts de Fatick mérite aujourd’hui d’être réhabilitée dans son essence historique et symbolique. Haut lieu de la bataille de Logandème du 18 mai 1859, cet espace ne peut être réduit à un simple décor urbain. Il incarne la mémoire de la résistance du Sine face à la colonisation française et appelle à une véritable reconquête mémorielle.
Fatick semble aujourd’hui se résigner dans le silence face à la transformation progressive de sa mythique place du Monument aux morts. Ce lieu chargé d’histoire, marqué par les événements sanglants du 18 mai 1859, apparaît de plus en plus dénaturé par des aménagements qui privilégient l’esthétique et le décor festif au détriment de sa portée mémorielle.
Avec cette nouvelle configuration embellissante, la place attire désormais davantage les rencontres mondaines et les promenades de tourtereaux qu’elle n’invite au recueillement et à la méditation historique. Pourtant, ce site ne constitue pas un espace ordinaire de détente urbaine. Il est avant tout un sanctuaire de mémoire.
Édifié au cœur même du champ de bataille de Logandème, le Monument aux morts symbolise la résistance héroïque du royaume du Sine face à l’envahisseur colonial français. Le 18 mai 1859, les guerriers sérères conduits par le chef de guerre Ndame Sanou affrontèrent l’armée coloniale dirigée par Émile Pinet-Laprade sous le commandement du gouverneur Louis Faidherbe.
Selon plusieurs récits historiques et traditions orales, les premiers boulets de canon tirés lors de cette bataille auraient creusé un immense cratère devenu par la suite une fosse commune où furent ensevelis de nombreux guerriers sérères tombés les armes à la main.
Ce lieu porte donc une forte charge émotionnelle et symbolique dans la mémoire collective des populations du Sine. Malheureusement, beaucoup de Fatickois ignorent encore aujourd’hui que cette place abrite une part essentielle de leur histoire et qu’elle serait le lieu de repos de résistants ayant versé leur sang pour refuser l’autorité coloniale.
Effacer l’oubli et restituer l’histoire de Fatick exigent pourtant une démarche active de remémoration. Cela implique la récupération des archives perdues, la documentation des traditions orales, la sauvegarde du patrimoine bâti et la transmission de cette mémoire aux jeunes générations.
La reconquête mémorielle doit ainsi s’articuler autour de plusieurs piliers essentiels : la collecte et l’archivage des données historiques, la valorisation culturelle du site et sa réhabilitation dans l’espace urbain et architectural de Fatick.
Comprendre le passé permet d’éclairer le présent. Si cette mémoire avait été davantage préservée et transmise, peut-être que ce lieu mythique ne serait pas devenu une simple place publique alimentant des débats mondains, mais un espace de recueillement, de prières et de dépôts de gerbes de fleurs en hommage aux disparus.
Bien entendu, personne ne s’oppose à l’embellissement du cadre de vie. Mais on ne construit pas la beauté d’une ville en enfouissant son histoire. Le développement urbain ne doit jamais se faire au prix de l’effacement de la mémoire collective.
La place du Monument aux morts de Fatick mérite aujourd’hui d’être réhabilitée, valorisée et racontée à la hauteur de ce qu’elle représente dans l’histoire du Sénégal. Car un peuple qui oublie ses lieux de mémoire finit toujours par perdre une part de son identité.
Magatte GUEYE
