Mamadou Djigo répond à Ndongo Samba Sylla: «Ndongo Samba Sylla maitrise mieux les lettres du scrabble que les chiffres de l’économie»
Réduire le TER et le BRT à des projets “SANS IMPACT SUR LES EXPORTATIONS” est une lecture extrêmement réductrice du développement économique moderne.
Toutes les grandes puissances industrielles qui exportent beaucoup ont d’abord construit des infrastructures de mobilité, de logistique et d’intégration territoriale avant de devenir des économies exportatrices performantes.
Le TER et le BRT ne sont pas de simples moyens de transport. Ce sont des infrastructures stratégiques de productivité nationale, d’intégration territoriale et de modernisation économique.
Pendant des décennies, l’agglomération dakaroise a subi une désorganisation urbaine profonde : embouteillages chroniques, temps de trajet excessifs, déséquilibres territoriaux, surconcentration des activités, coûts logistiques élevés, fatigue sociale, baisse de productivité des travailleurs et perte massive d’he ures de travail.
Or, dans une économie moderne, le temps est une richesse économique. Quand un travailleur passe 3 à 4 heures par jour dans les embouteillages : il produit moins, consomme moins, se forme moins, s’épuise davantage ; l’entreprise devient moins compétitive ; les coûts de transport explosent ; les retards perturbent toute la chaîne économique.
Le TER et le BRT permettent justement de restaurer la fluidité économique d’une métropole de plusieurs millions d’habitants.
Ils réduisent considérablement les coûts cachés de la congestion urbaine : perte de carburant ; usure accélérée des véhicules ; pollution ; accidents ; désorganisation du travail ; stress social ; surcoûts logistiques pour les entreprises.
Dans toutes les grandes économies mondiales, les infrastructures de mobilité sont considérées comme des investissements productifs, au même titre que les ports, les centrales électriques ou les zones industrielles. Parce qu’elles augmentent la vitesse de circulation : des travailleurs, des compétences, des marchandises, des services, des investissements et de l’information.
Aucune grande métropole compétitive au monde ne fonctionne sans transport collectif structurant.
Les Métropoles fonctionnent grâce à des réseaux ferroviaires les plus performants au monde. Elles construisent leur développement industriel et technologique sur une mobilité métropolitaine massive. Je connais des villes européennes qui ont instauré la gratuité des transports publics et qui continuent pourtant d’investir des milliards dans les tramways, les RER et les métros, parce qu’elles savent qu’une économie moderne repose avant tout sur la mobilité des hommes, des compétences et des marchandises.
Le TER et le BRT participent également à la restructuration territoriale de Dakar.
Ils permettent la déconcentration urbaine, l’émergence de nouveaux pôles économiques, la revalorisation des périphéries, l’accès élargi à l’emploi, la réduction des fractures territoriales, l’amélioration de l’accès aux services publics, la création de nouveaux corridors économiques…
Autour des grandes gares se développent généralement des commerces, bureaux, logements, services, plateformes logistiques, activités industrielles, investissements immobiliers. C’est ce qu’on appelle l’effet d’entraînement territorial.
Le TER et le BRT créent donc de nouvelles centralités économiques et préparent l’urbanisation future.
Dire que ces infrastructures n’ont pas d’impact économique parce qu’elles n’exportent pas directement des conteneurs revient à avoir une vision extrêmement étroite de l’économie.
Une économie exportatrice performante repose d’abord sur des infrastructures efficaces, une mobilité fluide, une organisation territoriale cohérente, une réduction des coûts internes, un capital humain mobile et productif.
L’industrialisation ne peut pas fonctionner dans une métropole paralysée par les embouteillages.
Le véritable enjeu n’est donc pas d’opposer infrastructures et exportations.
Le véritable enjeu est de comprendre que les infrastructures de mobilité créent les conditions de la compétitivité future, de l’industrialisation et le développement économique. Le véritable sujet n’est pas TER ou industrialisation. Le véritable sujet est : TER + industrialisation ; BRT + zones économiques ; mobilité + productivité ; infrastructures + transformation territoriale.
Le développement n’oppose pas les infrastructures aux exportations. Les infrastructures créent justement les conditions des exportations futures.
Mon cher Ndongo, les réseaux de transport sont aux territoires ce que le cerveau est au corps : sans eux, il n’y a ni circulation des richesses, ni exportations, ni développement.
D’ailleurs, je vous invite à un débat, où vous voulez et quand vous voulez.
Mamadou DJIGO
Ingénieur Aménageur-Développeur de territoires et Géostratège
Ancien Directeur général de l’Agence Nationale de l’Aménagement du Territoire
Secrétaire national chargé de l’Aménagement du Territoire et de la Décentralisation de l’Alliance Pour la République (APR)
