À moins de quatre ans de l’échéance de 2030, le CONGAD a abrité ce jeudi 24 septembre 2026 à Dakar, l’atelier national de restitution des résultats du Forum Politique de Haut Niveau (FPHN). Une rencontre qui a évalué la trajectoire du Sénégal sur les ODD 6, 7, 9, 11 et 17, entre progrès notables et retards structurels.

À moins de quatre ans de l’échéance fatidique de 2030, l’heure est au bilan stratégique pour l’État du Sénégal. Ce jeudi 24 septembre 2026, Dakar a abrité l’atelier national de restitution des résultats du Forum Politique de Haut Niveau (FPHN) tenu à New York. Initiée par le Conseil des Organisations Non Gouvernementales d’Appui au Développement (CONGAD), en collaboration avec la Direction générale de la Planification et des politiques économiques (DGPPE) et avec l’appui de FORUS, cette rencontre a évalué la trajectoire du pays sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) 6, 7, 9, 11 et 17.
L’enjeu est d’analyser la portée des recommandations onusiennes au regard de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050. Si le pays affiche des progrès notables, des retards structurels menacent l’atteinte globale des objectifs. La société civile, auteure d’un rapport alternatif à la Revue nationale volontaire (VNR) du gouvernement, exige une synergie d’actions.
Ibrahima Yade, président du CONGAD, a campé le décor en insistant sur l’urgence d’intensifier les efforts conjoints. « Ce forum de haut niveau est une instance où, au niveau mondial, on se réunit pour faire le point sur l’avancée par rapport aux objectifs de développement durable. Le principal enseignement que nous en tirons c’est qu’il faut surtout accélérer le pas pour aller vers l’atteinte des objectifs les plus essentiels d’ici à l’échéance de 2030 », a-t-il déclaré.
Rappelant la mission de redevabilité de son organisation, il a adressé un appel direct au gouvernement : « C’est un message de partenariat et de collaboration. Et confirmer que la société civile veut continuer à jouer son rôle de force de proposition, de mobilisation citoyenne et de coordination des activités au niveau de la base. »
Cette volonté de collaboration se heurte inévitablement à une réalité macroéconomique complexe, exposée par Mahy Amadou Dème, économiste à la DGPPE du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan. Il a souligné le contraste entre les succès de l’hydraulique et les lacunes de l’urbanisme. «L’ODD 6 aujourd’hui, en ce qui concerne le taux d’accès à l’eau, on est à 96% et on vise l’accès universel en 2029. Donc pour cet ODD, on peut dire qu’on a fait d’énormes efforts », a-t-il concédé.
Le tableau s’assombrit néanmoins concernant les infrastructures urbaines. « Pour l’ODD 11, on a des difficultés, surtout pour l’accès au logement. L’objectif fixé dans le cadre de la stratégie, c’est de produire 10 000 logements par an. Le résultat obtenu, c’est qu’on était autour de 200 à 300 logements. Vous conviendrez avec moi que pour cet ODD, il sera extrêmement difficile d’ici 2030 d’atteindre cet objectif », a-t-il averti.
Pointant une dette très élevée et un déficit budgétaire préoccupant, l’économiste estime qu’un assainissement des finances publiques est impératif pour espérer valider 80 à 90% des indicateurs.
Enfin, la viabilité de cet agenda exige une inclusion totale des couches vulnérables. Seynabou Ndiaye, secrétaire générale adjointe de la Fédération Sénégalaise des Associations de Personnes Handicapées (FSAPH), a rappelé que sa communauté refuse d’être marginalisée. Jugeant utopique l’atteinte des ODD sans véritable justice sociale, elle a martelé une revendication historique : « On pense à la loi d’orientation sociale que nous avons comme document de référence. Cela fait plus de 10 ans que nous revendiquons vraiment que cette loi soit effective. Aujourd’hui, on n’est encore qu’à trois décrets d’application. Si vraiment nous pouvons continuer à revendiquer que cette loi d’orientation soit complètement réalisée, là on pourra vraiment penser que 2030, nous aurons atteint ces objectifs de développement durable.»
Le FPHN constitue le principal cadre des Nations Unies consacré au suivi et à l’examen de la mise en œuvre de l’Agenda 2030. L’édition 2026, tenue du 7 au 15 juillet à New York, a porté sur cinq ODD : l’ODD 6 (eau et assainissement), l’ODD 7 (énergie), l’ODD 9 (industrie et infrastructures), l’ODD 11 (villes durables) et l’ODD 17 (partenariats).
Le Sénégal est désormais sommé d’allier rigueur budgétaire et équité sociale pour transformer ces engagements internationaux en réalités tangibles. L’atelier, organisé dans le cadre du projet Cycle 7 financé par l’Union Européenne, a réuni une quarantaine de participants issus des OSC, des ministères sectoriels et des partenaires techniques et financiers.
Ch. Seck NDONG
