Réunion d’urgence à Dar Es Salam: La CAF s’effondre
La réunion d’urgence, tenue.à Dar es Salaam en Tanzanie, par la Confédération Africaine de Football (CAF), devait rassurer l’opinion sportive africaine. Mais, hélas! Elle a produit l’effet inverse. Au lieu d’une institution sereine, assumant ses responsabilités face aux turbulences actuelles, le continent a découvert une instance fragilisée, traversée par des tensions internes profondes et minée par une crise de confiance sans précédent.
Les absences ont d’abord frappé les esprits. Celle du Marocain Fouzi Lekjaa et celle de Véron Mosengo-Omba, respectivement, Président de la Commission des finances et Secrétaire Général de la CAF, ont été largement commentées. Dans un contexte aussi sensible, marqué par des accusations graves et des interrogations sur la gouvernance, ne pas faire face aux critiques alimente, inévitablement, e soupçon. Une institution forte répond aux accusations ; elle ne les contourne pas.
Le moment le plus marquant de cette réunion est venu des prises de position fermes de l’Algérien.Walid Sadi, récemment nommé vice-président de la Commission des stades et de la sécurité de la FIFA, qui a dénoncé des pratiques qu’il juge contraires à l’éthique sportive, évoquant des collusions présumées entre certains responsables influents, dont le président Patrice Motsepe, et des membres stratégiques de la commission des arbitres. Les accusations portent notamment sur des désignations arbitrales contestées et une gestion opaque de dossiers sensibles. Plus troublant encore : ces critiques n’ont pas été isolées.
Le Sénégalais Abdoulaye Fall a exprimé son soutien à ces préoccupations et a dénoncé surtout, « le problème majeur de l’arbitrage », tout comme le Camerounais Samuel Eto’o, Ibrahim Musa Gusau, Président de la Fédération Nigériane de Football ainsi que Hany Abo Rida, Président de la Fédération Égyptienne de football, membre influent du conseil de la FIFA et de la CAF.
Ce front commun révèle un malaise continental. Ce ne sont plus de simples rivalités diplomatiques entre fédérations ; c’est une remise en cause structurelle de la crédibilité de la CAF.
À cette crise institutionnelle s’ajoute la gestion controversé des incidents survenus lors de la finale du 18 janvier, entre le Sénégal et le Maroc. Beaucoup dénoncent une gestion catastrophique et partiale de cette affaire, avec des sanctions jugées disproportionnées à l’encontre de certaines parties, pendant que d’autres responsabilités semblaient relativisées. L’impression d’un traitement à géométrie variable s’est installée dans l’opinion publique africaine. Or, en matière disciplinaire, la justice doit être équitable et perçue comme telle. Lorsque l’équité devient discutable, c’est la légitimité même des compétitions qui vacille.
Le football africain a déjà traversé des crises de gouvernance. Il avait amorcé un processus de reconstruction, promettant transparence et rigueur. Aujourd’hui, ces promesses semblent fragilisées. L’arbitrage, pilier de la compétition, ne peut être entouré de soupçons sans que toute l’architecture sportive ne s’effondre moralement. Si les décisions paraissent influencées, les victoires ne seront plus célébrées : elles seront contestées.
Quelle honte pour le football africain!
Au-delà des personnes et des alliances, c’est l’image du continent qui est en jeu. Les joueurs, les supporters, les jeunes talents et les partenaires économiques méritent une institution irréprochable. La CAF doit impérativement restaurer la confiance, par des mécanismes transparents, des audits indépendants et une clarification des responsabilités.
À Dar es Salaam, la CAF n’a pas rassuré. Elle a vacillé. Et si elle ne corrige pas rapidement ses dérives, elle risque de perdre bien plus que son autorité administrative : elle risque de perdre son autorité morale.
Babou Birame Faye
