Aser – Affaire des 37 milliards FCFA : Jean Michel Sène renvoie la responsabilité et relance les interrogations
Près de deux ans après le décaissement de 37 milliards de francs CFA destinés à l’électrification de plus de 1 600 villages sénégalais, le dossier continue d’alimenter les controverses. Une correspondance adressée par le Directeur général de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), Jean Michel Sène, au ministre des Finances, relance les interrogations sur la gestion de ce marché d’envergure.
Le 11 juin 2024, l’État du Sénégal procédait au décaissement de 37 milliards FCFA auprès de la banque Santander dans le cadre du marché N°T0296/24-DK confié à la société AEE Power EPC. L’objectif affiché était d’assurer l’électrification de plus de 1 600 villages à travers le pays. Pourtant, près de deux ans après, une grande partie des localités concernées attend toujours la concrétisation des travaux annoncés.
La lettre N°437 ASER-SG/CTS du 19 mai 2026, signée par Jean Michel Sène, apparaît aujourd’hui comme un tournant dans ce dossier. À travers ce document, le patron de l’ASER attire l’attention de sa tutelle sur les difficultés rencontrées dans l’exécution du projet, donnant l’impression de découvrir une situation pourtant dénoncée depuis plusieurs mois par divers acteurs politiques et observateurs.
Pour de nombreux critiques, cette démarche intervient tardivement. Ils rappellent que les retards dans l’exécution du projet étaient connus depuis longtemps et que plusieurs alertes avaient été lancées sans qu’aucune mesure corrective visible ne soit prise. Durant cette période, aucune procédure judiciaire majeure n’a été engagée contre l’entreprise attributaire du marché, tandis qu’aucune communication détaillée n’a permis d’éclairer l’opinion publique sur l’état réel d’avancement du programme.
L’affaire soulève également des interrogations sur le rôle des différentes structures de contrôle de l’État. Comment un projet financé à hauteur de 37 milliards FCFA a-t-il pu accumuler autant de retards sans déclencher d’alerte institutionnelle significative ? Cette question est aujourd’hui au cœur du débat public.
Selon plusieurs sources, la banque Santander aurait suspendu de nouveaux décaissements en raison du ralentissement, voire de l’arrêt, des travaux sur le terrain. Une décision qui alimente davantage les critiques sur les mécanismes de suivi mis en place par les autorités sénégalaises.
Le dossier prend également une dimension politique. Des voix de l’opposition, notamment celle du député Thierno Alassane Sall, avaient publiquement interpellé les autorités sur ce marché. Ces interventions avaient suscité de vives réactions, parfois marquées par des échanges tendus et des accusations réciproques.
Aujourd’hui, la question centrale demeure celle de la traçabilité des fonds et de l’effectivité des réalisations annoncées. Les observateurs réclament davantage de transparence sur l’utilisation des ressources mobilisées, l’état d’exécution des travaux village par village, ainsi que sur les éventuelles responsabilités des différents acteurs impliqués.
Au-delà des polémiques, ce dossier constitue un véritable test pour les nouvelles autorités qui ont fait de la reddition des comptes et de la bonne gouvernance des priorités majeures de leur action publique. Plusieurs acteurs de la société civile et du monde politique appellent désormais à la publication d’un audit complet du projet afin de lever toutes les zones d’ombre.
En attendant, les populations des localités concernées continuent d’espérer l’arrivée effective de l’électricité promise. Quant aux 37 milliards FCFA engagés dans ce programme, ils restent au centre d’un débat qui dépasse désormais le simple cadre administratif pour interroger la gouvernance des grands projets publics au Sénégal.
