Organisation de la CAN 2028: Une autre patate chaude entre les mains de la CAF
Sitôt la CAN 2025 terminée et qu’on se tourne maintenant vers celle de 2027 qui sera coorganisée par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, on pense déjà à celle d’après, c’est-à-dire 2028. Une édition trop rapprochée de sa devancière mais qui peine à trouver preneur. Une échéance problématique pour la Confédération africaine de football (CAF), car cette CAN 2028, annoncée fin décembre, et sans pays hôte officiellement désigné, reste une patate chaude entre les mains de Patrice Motsepe.
La situation dans la tenue de la CAN 2028 inquiète en interne, tant le cahier des charges est lourd et le temps désormais compté. Une édition qui devrait être la dernière avant le passage à une CAN tous les quatre ans. Mais les candidats ne se bousculent pas au portillon de la CAF, même si au demeurant des pays comme l’Egypte, l’Algérie ou l’Afrique du sud peuvent postuler.
En effet, l’Égypte dispose de l’expérience et des infrastructures, mais ne semble pas faire preuve d’un enthousiasme débordant pour jouer à nouveau les pompiers de service, comme en 2019. L’Algérie, également, pourtant solide sportivement et structurellement, semble partir de loin «politiquement».
L’Afrique du Sud, enfin, régulièrement citée, traverse une période économique délicate et, sa volonté réelle de s’engager reste floue. Sans elle, une candidature régionale Botswana–Namibie–Afrique du Sud, récemment évoquée serait vouée à l’échec en raison des disparités sur le plan des infrastructures.
Toutefois d’autres options comme celle de l’Ethiopie seront intéressantes à étudier. Car parmi les candidatures officielles, figure celle de l’Ethiopie. Le pays connaît une forte dynamique économique, construit le plus grand aéroport d’Afrique, compte 128 millions d’habitants passionnés de football et dispose d’une dizaine de stades de plus de 15 000 places. Problème majeur : aucun n’est actuellement homologué par la CAF. Les travaux nécessaires seraient colossaux, coûteux, et… irréalistes à mener en moins de trois ans.
Le Maroc qui a vécu la plus décevante expérience de sa vie avec l’organisation de la CAN qui vient de se terminer sur sol, hésitera quatre fois avant de postuler. Mais là aussi, le doute s’installe. La finale houleuse entre le Sénégal et le Maroc a laissé une trace profonde. La fin de tournoi chaotique a terni l’image de l’édition et aurait refroidi l’enthousiasme marocain d’après le journaliste d’investigation Romain Molina. «En haut, on te dit : « elle est pour le Maroc » (la CAN 2028, ndlr). Mais Fouzi Lekjaa avait dit pourquoi on l’organiserait ? ». Une CAN, ça rapporte beaucoup d’argent à la CAF mais, pour le pays- hôte, ça coûte cher. Il n’y avait pas non plus un enthousiasme. Ils ont dit « si on la gagne en 2025, il yaura l’enthousiasme politique et ça va générer plein de choses pour le pays ». Malheureusement les choses se sont passées autrement pour le Royaume et on voit d’ici les réticences qui vont en découler.
Si rien ne vient infirmer les récentes rumeurs de désistement pour l’organisation de la CAN féminine 2026, on voit mal le Maroc replonger immédiatement pour une seconde CAN ; celle-ci pourrait toutefois lui servir de dernier galop d’essai avant la coupe du monde 2030 qu’il va coorganiser avec l’Espagne et le Portugal. Comme on le voit, la faîtière du football continental n’est pas encore sortie de l’ornière car avec la toile sombre qui entoure l’édition 2028, il y a également la plus proche qui avance à grands pas en 2027. En effet pour cette CAN coorganisée par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, des doutes persistent avec des chantiers qui avancent lentement.
Certains évoquent même une fusion des éditions 2027 et 2028 ou un glissement des éditions, scénario qui rappelle le grand chamboulement de 2019, lorsque le Cameroun avait été retiré de l’organisation au profit de l’Égypte, provoquant ensuite le report de la CAN 2021 à 2023 en Côte d’Ivoire. Après avoir imposé une CAN en hiver, puis décidé de la passer tous les quatre ans, la CAF va devoir assumer ses choix et faire preuve, une nouvelle fois, de créativité et de pragmatisme.
Cheikh Fantamady Keita
