Finale de la CAN MAROC 2025: La fédération élève enfin la voix
La 35e édition de la CAN de football Maroc 2025 a sacré le Sénégal face au Maroc, pays hôte (1-0). Une deuxième étoile, après la première décrochée en 2022 à Yaoundé, au Cameroun, qui a du mal à passer chez nos « frères » marocains, comme ils aiment nous appeler à chaque occasion.
Battus sur leurs terres et donc devant leur public, les « Lions de l’Atlas » n’ont pas fini de ressasser cette défaite avec des accusations tous azimuts sur le dos des « Lions » du Sénégal. Et cela a fini par faire déborder la goutte d’eau du vase. La fédération sénégalaise de football (FSF) qui jusque-là s’était murée dans le mutisme en attendant certainement d’y voir plus clair sur les critiques du clan Infantino-Motsepe-Lekjaa, est finalement passée avec le plat de la cuillère.
Samedi dernier sur les plateaux de la RTS, le président de la FSF, Abdoulaye Fall, est lui aussi passé à l’offensive. Entre l’influence chronique du Maroc sur la CAF, la peur de certains pays de se prononcer clairement, l’hôtel réservé dans un premier temps aux « Lions » puis changé, le terrain d’entrainement, les tickets d’entrée au stade, l’arbitrage, l’affaire Pape Thiaw, le patron du football sénégalais a craché ses vérités à la suite de la finale du dimanche 18 janvier 2026.
Il était temps de connaitre la position de la fédération sur les critiques qui fusaient des premiers responsables de la FIFA, de la CAF et de la fédération royale marocaine de football. Hé bien, Abdoulaye Fall a saisi le taureau par les cornes pour dire ce qu’il pense de cette compétition et plus principalement de la finale. Revenant sur les sujets chauds qui ont agité cette finale, Abdoulaye Fall a surtout attaqué, à juste titre, le Maroc et la CAF.
Par exemple, le Maroc qui, selon lui, n’a jamais pensé pouvoir perdre cette coupe d’Afrique, surtout après s’être qualifié en finale. « Il n’y a jamais eu un pays qui s’est opposé autant au Maroc comme le Sénégal l’a fait. Le président Fouzi Lekjaa, est mon ami. Il a été le premier à m’avoir invité après mon élection à la tête de la FSF. Mais nous sommes très méthodiques et nous avons une équipe extrêmement compétente. On savait qu’on allait être dans de très bonnes conditions à Tanger. On avait tout là-bas. Mais on savait qu’en se qualifiant en tant que premiers du groupe et en arrivant en finale, on devait aller jouer la finale à Rabat. J’avais prédit que ce serait contre le Maroc, et ça a été le cas », a indiqué Abdoulaye Fall.
Poussant plus loin sa mise au rouge, Abdoulaye Fall a souligné qu’avant cette finale, il avait confié à Abdoulaye Sow (Secrétaire général de la FSF) une mission de prospection à Rabat, pour voir les conditions. « C’est parce ce qu’on avait déjà demandé à la CAF et à la FRMF dans quel hôtel allions-nous loger. Ils nous ont soufflé un nom d’hôtel à 24 heures de notre départ pour Rabat. Mais Sow m’a clairement dit que l’équipe nationale n’allait pas loger dans cet hôtel. Pourtant tous les autres adversaires du Maroc ont accepté de loger là-bas. Mais dès qu’on a vu l’hôtel, on savait qu’on ne pouvait pas loger là-bas, parce que, d’habitude, ce sont nos équipes de jeunes qui y logent. C’est un hôtel qui se trouve dans le centre-ville, où il y a la pollution sonore. De plus, ils ont voulu nous forcer à s’entraîner dans leur propre camp de base, le centre Mohamed VI. Quand on a reçu la notification, on a tout simplement refusé d’aller visiter. J’ai vu ce camp à plusieurs reprises. Au Sénégal, Il n’y a pas un camp plus moderne que celui-là. Le problème est que, une fois dedans, tu n’as plus de secrets. Tout ce que tu travailles est su par tes adversaires. Alors, pourquoi vouloir nous imposer ce camp pour une finale ? On a refusé catégoriquement. Vous avez aussi remarqué l’arrivée des « Lions » à Rabat. Il n’y avait aucune mesure de sécurité. Ce que nous avons déploré », a condamné Abdoulaye Fall.
En fait, le patron du football sénégalais était très remonté contre la CAF et le Maroc « qui monopolise » l’instance dirigeante du football africain. « On a eu à discuter avec le président de la CAF et celui de la FRMF. Le problème, c’est que Lekjaa rejetait constamment la faute sur la CAF, alors que la CAF disait le contraire. J’ai automatiquement remarqué qu’ils essayaient de nous considérer comme les dindons de la farce.
« Le président de la fédération royale marocaine de football m’a appelé, vers 1h30 du matin, en me demandant ce qui se passait. Je lui ai clairement dit qu’on ne va jamais jouer dans ces conditions. Puis il m’a convoqué dans son cabinet, au ministère des finances. J’étais avec Khalilou Fadiga. On était trois dans son bureau. Je lui ai fait savoir que les conditions de sécurité pour l’équipe nationale du Sénégal étaient inacceptables. Puis on a trouvé un terrain d’entente concernant notre lieu d’entraînement. Concernant les tickets, on nous avait donné trois tickets pour la délégation de l’équipe nationale sénégalaise. Je n’avais aucune autre possibilité pour en acheter d’autres. Vous trouvez ça normal pour une équipe finaliste de la CAN ? Vous trouvez normal que tout revienne au Maroc ? », s’est-il demandé.
Revenant sur la finale de la polémique qui a provoqué des scènes invraisemblables dans le stade, Abdoulaye Fall a soulignait que le Sénégal soupçonnait déjà le choix porté sur l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala. « Le Sénégal soupçonnait déjà un désavantage. En effet, nous étions prêts à contester dans tous les aspects, sauf concernant les arbitres. Deux jours avant la finale, nous devions connaître l’identité de l’arbitre. Ça aurait dû être annoncé lors d’une commission technique. On a demandé mais on nous a dit qu’il n’y avait pas encore d’informations concernant l’identité de l’arbitre. Vous savez, il y a un délai pour faire une réquisition, pour contester la désignation de l’arbitre, s’il ne vous convient pas. C’est seulement à 22h, la veille du match, qu’on a reçu la notification. Leur justification sur cela était qu’ils voulaient protéger l’arbitre, pour qu’il ne soit pas mis sous pression. Mais en réalité nous avions tout compris (…). Nous avons envoyé une lettre de réquisition à la CAF en plein match. On veillait tout le temps. Jamais aucun pays ne s’est opposé autant au Maroc que le Sénégal. Ils contrôlent la vice-présidence de la CAF. Ils ont les moyens et ils contrôlent la CAF. Les autres pays ont peur du Maroc. Ils ont peur de prendre position contre le Maroc. Fouzi est mon ami, on est très liés mais il y a des choses qu’on ne négocie pas. Et c’est peut-être pour ça que nous en sommes arrivés là, jusqu’à gagner la coupe », a révélé Abdoulaye Fall.
A ce sujet, Abdoulaye Fall est revenu sur la décision de Pape Thiaw de retirer ses joueurs du terrain pour réaffirmer que la fédération a fièrement défendu son sélectionneur. « On est entièrement d’accord avec lui. Même nos dirigeants sont d’accord avec lui. Il y a des détails que je ne vais pas expliquer ici. A un moment, on était descendu sur la pelouse pour demander à nos joueurs de reprendre le match, pour ne pas abandonner la rencontre », a-t-il souligné, avant d’envoyer une nouvelle grosse pique au Maroc. « Il y avait de très bonnes équipes mais c’est peut-être à cause des conditions dont elles étaient victimes qu’elles ne sont pas allées loin. Le Sénégal a su anticiper et veiller pour maintenir le cap et remporter le trophée continental qui était notre objectif principal dans cette CAN », a-t-il dit.
Cheikh Fantamady Keita
