À Fatick, remettons les responsabilités à leur place
À Fatick, la question de l’état des routes est devenue une préoccupation quotidienne. Dans les quartiers, sur les voies secondaires comme en périphérie, les populations sont confrontées à la poussière en saison sèche, aux ruissellements pendant l’hivernage et aux difficultés de circulation.
Ces préoccupations sont légitimes et appellent des réponses. Mais une question essentielle est trop souvent occultée : qui est réellement responsable de la voie concernée ?
Car à Fatick, comme partout au Sénégal, toutes les routes situées sur le territoire communal ne relèvent pas de la mairie.
Des compétences clairement différenciées
Fatick est à la fois une commune, une ville administrative et un territoire traversé par plusieurs axes structurants. Dans le cadre de la décentralisation, la commune exerce des compétences en matière de voirie communale. Pour autant, cela ne signifie pas que la municipalité est responsable de toutes les routes présentes sur son territoire.
Plusieurs exemples, tirés du Programme VDF 2005 (Voirie et desserte de Fatick), permettent d’illustrer cette distinction.
1. La route reliant la gare routière à la route de Foundiougne (RN9)
La RN9 est une route nationale. Sa gestion et sa réhabilitation relèvent donc de l’État et de ses services compétents, et non du budget de la commune.
2. La route traversant le boulevard du Président Macky Sall jusqu’à la corniche
Réalisé dans le cadre du Programme VDF 2005, avec l’entreprise Zakhem Construction, cet axe s’inscrit dans un projet structurant relevant d’un programme d’envergure nationale. La mairie peut accompagner et faciliter sa réalisation, mais elle n’en est pas nécessairement le maître d’ouvrage.
3. La route reliant la RN1, en passant par Chez Dieng Bois, jusqu’à l’école Moustapha Baidy Ba
Cet itinéraire pose également la question de la répartition des compétences. La RN1 relève de l’État, tandis que les sections relevant de la voirie communale doivent être prises en charge par la municipalité.
4. Le boulevard du Président Macky Sall, passant devant la mairie de Fatick
Cet axe central mérite également une clarification de son statut. S’il relève de la voirie communale, son entretien incombe à la mairie. S’il constitue un axe structurant relevant d’un autre niveau de responsabilité, sa prise en charge doit être appréciée en fonction de son classement et des compétences respectives.
5. La route reliant Darel à la RN1
Également mentionnée dans le Programme VDF 2005 et réalisée avec l’entreprise Zakhem Construction, cette liaison s’inscrit dans une logique de désenclavement portée par un programme public. Sa dégradation ne saurait, à elle seule, être imputée à la municipalité sans vérifier au préalable son statut et son régime de gestion.
Ce que la mairie doit effectivement assumer
Sur la voirie communale, en revanche, la responsabilité de la municipalité est pleine et entière.
Une rue de quartier dégradée doit faire l’objet d’une prise en charge. Une voie communale régulièrement impraticable pendant l’hivernage appelle une solution durable. Un quartier insuffisamment aménagé doit être intégré aux politiques municipales, en fonction des priorités, des moyens disponibles et de la programmation des investissements.
La mairie ne peut certes pas tout réaliser simultanément. Mais elle doit expliquer ses choix, définir ses priorités et rendre compte de son action. C’est cela, la responsabilité municipale.
Pourquoi faire de la mairie le responsable de toutes les routes ?
L’amalgame est tentant : une route se trouve à Fatick, elle est utilisée quotidiennement par les Fatickois, donc elle serait nécessairement de la responsabilité de la mairie.
Or, ce raisonnement ne tient pas.
Une route située à Fatick n’est pas forcément une route communale. Une infrastructure utilisée par les populations locales ne relève pas nécessairement du budget municipal.
Le lieu où se trouve une route ne suffit donc pas à déterminer la responsabilité de celui qui doit l’entretenir. Il faut d’abord connaître son statut, son classement et le maître d’ouvrage compétent.
Fatick a besoin de coordination, pas de règlements de comptes
La question des routes ne sera pas réglée par les polémiques ou les accusations croisées. Elle exige plutôt une clarification des responsabilités et une coordination entre les différents acteurs.
La mairie doit identifier les priorités de la voirie communale, intervenir sur les voies relevant de sa compétence et défendre les intérêts des quartiers.
L’État, de son côté, doit assumer ses responsabilités sur les routes nationales et les infrastructures relevant de ses programmes.
Les partenaires doivent être mobilisés lorsque l’ampleur des investissements dépasse les capacités financières de la commune.
Quant aux citoyens, ils ont le droit de demander des comptes, mais aux bons responsables.
Vérifier avant d’accuser
La position est simple : ne condamnons pas la mairie pour une route avant d’avoir vérifié qu’elle relève effectivement de sa compétence.
Si la responsabilité est communale, exigeons une réponse municipale.
Si elle relève de l’État, exigeons une réponse de l’État.
Si elle est partagée, exigeons que les différents acteurs travaillent ensemble pour apporter une solution.
La mairie de Fatick n’a pas vocation à porter à elle seule toutes les routes de la ville. Elle doit assumer ses compétences, défendre ses quartiers et répondre de ses décisions. Mais elle ne saurait devenir le paratonnerre de toutes les insuffisances en matière d’infrastructures routières.
À Fatick, chaque route doit avoir un responsable clairement identifié. Et chaque responsable doit répondre de ses engagements.
Pas de confusion.
Pas d’amalgame.
Pas de bouc émissaire.
Des compétences identifiées, des responsabilités assumées et des résultats exigés.
Fatick mérite mieux que des accusations. Fatick mérite la vérité et l’action.
Ibrahima Fall Deggo
