Dans une tribune intitulée : ‘’Payer le créancier étranger sans délai, faire attendre le fournisseur sénégalais jusqu’à la faillite : voilà la hiérarchie silencieuse de nos paiements’’, Papis Traoré propose six décisions pour y mettre fin sans attendre le FMI. Entre autres le paiement de la dette intérieur, la transformation des créances publiques en liquidités, donner de l’air aux entreprises viables, faire de la TVA un outil de pouvoir d’achat etc.
Parmi ses décisions, figure le paiement de la dette intérieur. Selon Papis Traoré, dans nos paiements une hiérarchie que personne n’avoue. « Le porteur d’obligations à l’étranger est réglé sans délai. Le fournisseur sénégalais, lui, patiente. Le premier a une agence de notation pour défendre ses intérêts, un club de créanciers pour renégocier. Le second n’a personne. Il attend. Il s’endette pour continuer d’attendre. Et il finit par fermer. C’est là que notre élite devrait être. Le fournisseur national n’a ni agence de notation, ni club de créanciers, ni relais d’influence. Il faudrait au moins que quelqu’un parle pour lui. On n’entend rien » regrette M Traoré. Le spécialiste en fiscalité, finance d’entreprise, financement et fusions-acquisitions dit vu des entreprises qui détiennent une créance certaine sur l’État et qui, dans le même temps, se font bloquer leurs comptes par avis à tiers détenteur pour des charges fiscales impayées alors que ce qu’elles doivent à l’État est parfois inférieur à ce que l’État leur doit. « On étrangle un fournisseur pour une somme plus petite que la créance qu’on ne lui règle pas. Comment veut-on qu’il tienne ? » s’est interrogé M Traoré. A l’en croire, quand l’État ne peut pas régler tout de suite une créance certifiée, l’entreprise devrait pouvoir la mobiliser auprès de sa banque. « Avoir une créance certaine sur l’État et manquer de trésorerie, c’est quand même absurde » a-t-il soutenu. Toujours pour remettre en marche l’économie, le spécialiste en fiscalité estime qu’il faut donner de l’air aux entreprises viables. « Des échéanciers fiscaux et sociaux de six à douze mois. Pour les entreprises vraiment en difficulté, et à condition qu’elles gardent leurs salariés. De quoi éviter qu’un mauvais passage ne tourne à la faillite. Reporter une recette, ce n’est pas y renoncer. C’est parfois protéger le contribuable qui la paiera demain. Autre décision proposée par Papis Traoré, c’est de faire en sorte de remettre du revenu dans la poche de celui qui travaille, sans créer une dépense publique qui reste. Mais aussi, dit-il, les investissements nouveaux, production, numérique, formation, création d’emplois pourraient avoir droit, pour un temps, à des incitations fiscales ciblées. Vous investissez au Sénégal. Vous créez de la valeur et des emplois. L’État est à vos côtés. Pour la sixième et dernière décision, il soutient qu’il faut faire de la TVA un outil de pouvoir d’achat. « L’Assemblée nationale ouvre le débat sur les exonérations, remises et abandons de créances fiscales accordés depuis 2014. Une distinction s’impose. Une exonération, ce n’est pas forcément un cadeau fiscal. Tout dépend de sa justification, de sa transparence, de son efficacité. Une exonération sans contrepartie mesurable, oui, il faut la questionner. Mais une fiscalité allégée qui fait baisser le prix des produits de première nécessité, qui préserve des emplois, qui soulage une trésorerie ou déclenche de nouveaux investissements, ça, c’est un vrai outil » a ajouté M Traoré. Pour lui, le Sénégal ne doit pas seulement savoir quelles recettes il a abandonné hier. « Il doit décider quelles recettes il peut différer ou réduire intelligemment aujourd’hui, pour créer plus de richesse demain. C’est dans cet esprit qu’il faut regarder une baisse ciblée et temporaire de la TVA. Avec un garde-fou : qu’elle se retrouve bien dans les prix payés par les ménages » a indiqué le spécialiste en fiscalité, finance d’entreprise, financement et fusions d’acquisitions
M Sarr
.
