Deux fils de la Casamance. Deux trajectoires. Deux rapports à la terre natale. Et, peut-être, une même invitation : celle de rendre à son terroir ce qu’il vous a donné.
Il y a parfois des images qui valent plus que de longs discours
Ce samedi 19 septembre 2026, à Bambali, Sadio Mané a posé la première pierre de son parc agro-industriel SM10 Agro, en présence d’Ousmane Sonko, invité d’honneur de la cérémonie. Le footballeur international sénégalais annonce un investissement de 11,7 milliards de francs CFA dans son village natal, avec un projet qui doit notamment intégrer des unités de transformation de la mangue, un centre de formation et un pôle de recherche-développement.
L’image est symbolique.
D’un côté, un fils de Bambali qui a quitté son village avec un ballon et un rêve, a travaillé, connu la réussite internationale et décidé de revenir investir une partie de ce qu’il a gagné dans la terre qui l’a vu naître.
De l’autre, un fils de la Casamance devenu Premier ministre puis président de l’Assemblée nationale, détenteur d’une responsabilité publique considérable.
Sadio Mané n’est pas revenu à Bambali pour raconter son parcours. Il est revenu pour y bâtir quelque chose.
Et c’est peut-être là que se trouve la véritable leçon.
Donner n’est plus suffisant : il faut créer
Pendant longtemps, la réussite africaine a été associée à la générosité individuelle : construire une mosquée, financer une école, aider une famille, offrir une ambulance, soutenir une association.
Sadio Mané a déjà beaucoup fait dans ce registre.
Mais avec SM10 Agro, il franchit un autre cap : passer de la solidarité à l’investissement productif.
Son idée est simple : ne plus seulement donner aux populations de Bambali, mais contribuer à créer les conditions pour qu’elles produisent, travaillent et gagnent leur vie sur leur propre territoire.
C’est toute la différence entre l’aide et le développement.
Et Sonko dans tout cela ?
La présence d’Ousmane Sonko à Bambali donne naturellement à cette cérémonie une dimension politique et symbolique.
Le dirigeant casamançais est aujourd’hui face à une responsabilité d’une autre nature : celle de transformer les ressources publiques, les décisions de l’État et les politiques publiques en résultats concrets pour la Casamance.
Le débat sur les ressources affectées au processus de paix en Casamance a suscité des interrogations et des demandes d’explications sur leur utilisation. Ces questions doivent naturellement être examinées à la lumière des faits et des procédures de contrôle, sans confondre accusations politiques et faits définitivement établis.
Mais au-delà de cette polémique financière, une question beaucoup plus profonde demeure :
Que fait-on de ce que l’on reçoit ?
Sadio Mané apporte une réponse avec son propre argent.
L’État, lui, doit apporter la sienne avec l’argent public.
La leçon de Bambali
Sadio Mané vient de rappeler une vérité que notre société oublie parfois : réussir loin de chez soi n’a de véritable grandeur que lorsqu’une partie de cette réussite revient irriguer le terroir d’origine.
Il aurait pu investir ailleurs.
Il aurait pu choisir une grande capitale, un autre pays, un autre marché.
Il a choisi Bambali.
Et en invitant Ousmane Sonko à cette cérémonie, il lui offre, volontairement ou non, une scène qui dépasse le protocole.
C’est comme s’il lui disait :
«Voici ce qu’un fils peut faire pour sa terre lorsqu’il décide d’y investir sa réussite.»
Sonko n’a évidemment pas besoin de l’argent de Sadio Mané. Il dispose d’une responsabilité infiniment plus importante : celle d’agir sur les ressources, les politiques et les institutions publiques.
Mais la question reste entière : comment faire en sorte que les milliards mobilisés au nom de la Casamance produisent, eux aussi, des emplois, des entreprises, des infrastructures, de la formation et de l’espoir ?
La Casamance n’a pas seulement besoin de discours.
Elle a besoin de transformation.
Deux modèles, une même terre
Sadio Mané représente le modèle de celui qui part de rien, réussit et revient investir.
Ousmane Sonko représente celui qui, par les responsabilités que lui ont confiées les électeurs, dispose d’un pouvoir de décision capable d’influer sur le destin de toute une région.
L’un investit son argent.
L’autre doit gérer l’argent public.
L’un construit à Bambali un outil de production.
L’autre doit créer les conditions institutionnelles pour que la Casamance entière puisse produire davantage de richesses.
Voilà pourquoi la présence de Sonko à Bambali est peut-être plus symbolique qu’il n’y paraît.
Sadio Mané ne lui a pas seulement ouvert les portes de son village. Il lui a montré une direction.
À chacun désormais sa responsabilité.
Au footballeur de poursuivre son investissement.
Au dirigeant politique de faire en sorte que la puissance publique accompagne, protège et multiplie ce type d’initiatives.
Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir qui aime le plus la Casamance.
La vraie question est beaucoup plus simple :
Que sommes-nous prêts à lui rendre ?
À Bambali, Sadio Mané vient de donner sa réponse.
À Sonko, désormais, de donner la sienne.
