Siège menacé, frustrations à la base, crise de confiance et interrogations sur la gouvernance locale : des militants et responsables de la première heure lancent un cri d’alarme
À Ziguinchor, le malaise ne serait plus une simple affaire de divergences entre responsables. Dans les rangs de Pastef, des militants et responsables de la première heure décrivent une situation devenue suffisamment préoccupante pour susciter un véritable cri d’alarme. Au cœur de leurs inquiétudes : l’avenir du siège local du parti, mais surtout le fonctionnement interne de la formation politique dans son principal bastion du Sud.
Le siège sur la sellette ?
C’est l’information qui agite actuellement les milieux patriotes de Ziguinchor. Selon plusieurs sources internes, Pastef pourrait être contraint de quitter, dans les prochains jours, les locaux qui abritent actuellement son siège.
La procédure pourrait être facilitée par l’absence, selon ces mêmes sources, d’un contrat formel entre le propriétaire du bâtiment et les occupants. Des reproches liés à l’entretien du local et à sa dégradation progressive seraient également avancés.
Pour l’heure, aucune confirmation officielle n’est venue établir un éventuel délogement. Mais dans les rangs du parti, cette perspective est vécue comme un nouveau signal d’alerte.
Car derrière la question des locaux se profile, selon plusieurs témoignages, une interrogation autrement plus préoccupante : que reste-t-il aujourd’hui de la dynamique militante qui avait fait de Ziguinchor l’un des principaux foyers du projet politique porté par Ousmane Sonko ?
La base dit ne plus se reconnaître
Des militants rencontrés ou joints ces derniers jours font état d’un sentiment de frustration grandissant. Ils dénoncent, dans leurs témoignages, une organisation qu’ils jugent de plus en plus éloignée de la base et où les initiatives collectives auraient cédé la place à des logiques de proximité.
Le mot qui revient dans plusieurs confidences est celui de « malaise ».
Des responsables de la première heure estiment notamment que les militants qui ont accompagné le projet avant l’arrivée au pouvoir en 2024 auraient aujourd’hui le sentiment d’être relégués au second plan.
Ces témoignages ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’une crise institutionnelle au sein de Pastef. Mais leur convergence traduit, à tout le moins, l’existence d’interrogations sérieuses au niveau local.
L’influence de l’entourage au cœur des frustrations
Autre sujet particulièrement sensible : la place que certains militants disent voir occuper par l’entourage familial et relationnel du leader de Pastef.
Dans les confidences recueillies, certains évoquent une influence qu’ils estiment excessive dans différentes initiatives à caractère social ou politique. Ils citent notamment des interventions supposées autour d’appuis sociaux, de recrutements, de déplacements, d’activités destinées aux jeunes ou encore d’initiatives en direction des femmes.
Ces affirmations sont celles de militants et responsables qui ont souhaité témoigner sous couvert de discrétion. Elles ne permettent pas d’établir l’existence d’un système organisé de favoritisme ou de trafic d’influence.
Mais le simple fait que de telles perceptions circulent au sein de la base constitue, pour leurs auteurs, un problème politique qu’il devient urgent de traiter.
«Nous avons été là avant le pouvoir»
C’est peut-être là que se trouve le cœur de la colère.
Certains militants de la première heure disent avoir le sentiment d’avoir été indispensables lorsque le parti était dans l’opposition, mais beaucoup moins sollicités depuis l’alternance de 2024.
Ils décrivent une distance croissante entre le sommet et la base et regrettent de ne plus retrouver la proximité qui caractérisait, selon eux, les premières années du mouvement.
Le paradoxe interpelle d’autant plus que Ziguinchor demeure historiquement l’un des territoires électoraux majeurs de Pastef. Aux législatives de novembre 2024, le parti avait remporté les deux sièges du département avec 45 810 voix sur 59 808 suffrages valablement exprimés.
Le Sud demande des réponses
Au-delà des querelles internes, les témoignages recueillis traduisent une préoccupation plus large : celle d’un Sud qui voudrait savoir quelle place il occupe désormais dans le projet politique porté par ses propres fils.
Kolda, Sédhiou et Ziguinchor sont régulièrement cités par les militants comme des territoires qui auraient besoin d’une attention politique plus soutenue.
Certains vont jusqu’à parler d’un sentiment d’abandon et d’une profonde déception vis-à-vis d’Ousmane Sonko, dont l’ascension politique s’est largement construite dans cette partie du pays.
Là encore, il s’agit d’un sentiment exprimé par des militants, et non d’un constat pouvant être généralisé à l’ensemble de la population du Sud.
Le signal d’alarme est lancé
Le risque de perdre le siège, s’il se confirmait, pourrait finalement apparaître comme la partie visible d’un problème beaucoup plus profond.
Car ce que les militants rencontrés demandent avant tout, ce n’est pas seulement un local. Ils réclament de la lisibilité, de la discipline, du dialogue et surtout une reconnexion avec une base qui estime avoir beaucoup donné au parti.
À Ziguinchor, le silence des structures dirigeantes face à ces frustrations alimente davantage les interrogations.
Si les alertes actuelles ne sont pas entendues, la question ne sera bientôt plus de savoir si Pastef a des difficultés dans son bastion du Sud, mais comment le parti compte préserver son unité et sa dynamique militante dans une région qui fut l’un des principaux moteurs de son ascension.
Le cri d’alarme est lancé. Reste maintenant à savoir qui, au sommet de Pastef, acceptera de l’entendre.
Abdou Latif NDIAYE
