M. Omar Gassama, ancien DAF de l’ASP
Après cinq années de service, Omar Gassama affirme avoir été licencié après avoir refusé une baisse de 50 % de son salaire. Le Tribunal du Travail de Dakar lui donne gain de cause et condamne l’Agence d’Assistance à la Sécurité de Proximité (ASP) à lui verser 60 740 000 FCFA de dommages et intérêts.

Seydina Oumar Touré DG de l’ASP
C’est une décision judiciaire qui pourrait relancer le débat sur la gestion des ressources humaines dans les établissements publics. Après plusieurs années de silence, Omar Gassama, ancien Directeur administratif et financier (DAF) de l’Agence d’Assistance à la Sécurité de Proximité (ASP), sort de sa réserve. Dans une déclaration rendue publique, il annonce avoir obtenu gain de cause devant le Tribunal du Travail de Dakar, qui a jugé son licenciement abusif et condamné l’ASP à lui payer 60 740 000 FCFA à titre de dommages et intérêts.
Pour l’ancien DAF, cette décision constitue d’abord une réparation morale après une épreuve professionnelle et personnelle qu’il dit avoir vécue dans la dignité et le silence.
Un salaire divisé par deux au cœur du litige
Selon le récit d’Omar Gassama, le conflit serait né d’une proposition de la direction générale de l’ASP visant à réduire de moitié sa rémunération. Après cinq années passées à la tête de la Direction administrative et financière, il affirme que le Directeur général de l’époque, Omar Touré, lui aurait demandé d’accepter cette baisse de salaire, avec, à la clé, la menace d’un licenciement en cas de refus.
Une proposition que l’intéressé dit avoir catégoriquement rejetée.
Titulaire d’une Maîtrise en sciences économiques de l’UCAD et d’un Master en finances publiques, Omar Gassama rappelle qu’il disposait déjà d’une expérience de DAF dans un autre établissement public avant son recrutement à l’ASP, où il avait été appelé à remplacer le précédent titulaire du poste parti à la retraite.
Il soutient par ailleurs que sa rémunération correspondait au traitement prévu par l’organigramme de l’Agence, validé par l’organe délibérant ainsi que par la tutelle financière, et qu’elle était également appliquée aux autres directeurs.
« Un licenciement abusif » selon le tribunal
Le refus de cette modification salariale aurait finalement conduit à la rupture du contrat de travail. Une rupture que le Tribunal du Travail de Dakar vient donc de qualifier d’abusive, selon l’ancien responsable.
Omar Gassama dénonce également les conditions dans lesquelles son départ aurait été géré. Il affirme notamment ne pas avoir reçu de demande d’explication au préalable et reproche à l’Agence de lui avoir refusé, dans un premier temps, son certificat de travail, ses trois derniers bulletins de salaire ainsi que son solde de tout compte.
Des éléments qu’il considère comme révélateurs, selon ses propres termes, d’un « Maa Tey » dans la gestion de son dossier.
Une affaire aux relents politiques ?
Au-delà du contentieux salarial, l’ancien DAF livre une lecture plus politique de son éviction. Il estime que son licenciement ne serait pas étranger à ses convictions et à son positionnement, affirmant qu’un travailleur ne devrait pas être sanctionné pour ne pas appartenir au « bon bord politique ».
Une accusation qui donne à cette affaire une portée dépassant le seul cadre du droit du travail.
« Dans un État de droit, les droits d’un travailleur ne peuvent être sacrifiés au gré de considérations personnelles ou politiques », estime-t-il, avant d’ajouter : « L’État est pour tous et justice a été rendue. »
Cinq années de service et une épreuve personnelle
Omar Gassama assure que cette procédure n’a pas été sans conséquences sur sa vie personnelle. Il explique avoir contracté, comme de nombreux travailleurs, des engagements financiers sur la base de son emploi et de ses revenus.
Mais plutôt que de médiatiser immédiatement l’affaire, il dit avoir choisi de faire confiance à la justice.
« C’est la première fois que j’en parle publiquement », explique-t-il, soulignant avoir toujours eu « une foi totale en la justice » de son pays.
Le verdict apparaît ainsi, à ses yeux, comme une forme de réparation après une période difficile. Il y voit une « victoire de la dignité sur le diaay dollé », expression qu’il associe à un certain « je-m’en-foutisme érigé en principe de gouvernance ».
Une victoire dédiée à son avocate
Dans cette bataille judiciaire, l’ancien DAF tient également à saluer le travail de son conseil, Me Mame Thiaba Ba, du cabinet S.C.P. François SARR & Associés.
Il lui attribue une part importante dans l’issue favorable de la procédure et salue publiquement son « engagement » et son « professionnalisme ».
Transformer l’épreuve en opportunité
Loin de considérer cette période comme un simple épisode douloureux, Omar Gassama affirme avoir choisi de la transformer en opportunité de reconstruction.
Il dit avoir profité de cette parenthèse pour poursuivre ses études, approfondir ses connaissances et perfectionner son anglais aux États-Unis.
Une manière, selon lui, de transformer une épreuve professionnelle en nouvelle étape de développement personnel et d’ouverture.
« La dignité, le droit et la justice doivent prévaloir »
Au terme de son témoignage, l’ancien DAF de l’ASP inscrit sa victoire judiciaire dans une réflexion plus large sur la gouvernance et le respect des droits des travailleurs.
Pour lui, le jugement du Tribunal du Travail de Dakar ne constitue pas seulement une victoire individuelle. Il rappelle que la stabilité professionnelle, les droits acquis et la dignité du travailleur doivent être protégés, y compris au sein des structures publiques.
Omar Gassama conclut son témoignage par deux paroles coraniques auxquelles il dit avoir trouvé réconfort et force durant cette épreuve : « Fa-inna maʿa al-ʿusri yusrā » — « À côté de la difficulté vient certes la facilité » — et « Wa mâ tawfîqî illâ billâh » — « Et ma réussite ne dépend que d’Allah ».
Abdou Latif NDIAYE
