L’expansion progressive des villes vers les espaces ruraux qui leur sont proches entraîne une transformation profonde de ces territoires. Sous l’effet de l’étalement urbain, les espaces ruraux sont de plus en plus soumis à l’influence des dynamiques urbaines. Cette influence se manifeste notamment par l’extension de l’habitat, le développement des infrastructures, l’amélioration des réseaux de transport, mais également par l’évolution des activités économiques et des modes de vie.
Cette proximité croissante entre la ville et la campagne favorise une recomposition progressive des territoires ruraux. Les espaces situés à proximité des centres urbains deviennent particulièrement attractifs pour les populations à la recherche de logements ou d’opportunités économiques, tandis que les activités et les fonctions urbaines s’étendent progressivement au-delà des limites traditionnelles de la ville. Ainsi, la frontière entre espace urbain et espace rural devient de plus en plus difficile à délimiter.
Cette dynamique s’accompagne également de mouvements de population. Dans certains territoires, l’attractivité des villes contribue à l’exode rural, notamment lorsque les populations quittent les campagnes à la recherche d’emplois, de services ou de meilleures conditions de vie. Dans d’autres espaces, particulièrement ceux situés à proximité des villes, le phénomène peut être différent : l’arrivée de nouvelles populations urbaines ou périurbaines contribue à une croissance démographique et à une transformation du peuplement rural. Les territoires ruraux proches des villes peuvent ainsi connaître simultanément des départs de populations et l’arrivée de nouveaux habitants.
Par ailleurs, l’extension du bâti exerce une pression croissante sur les terres agricoles. Les espaces cultivés sont progressivement convertis en zones d’habitat, en équipements, en infrastructures ou en espaces destinés à d’autres usages. Cette évolution contribue à la réduction et à la fragmentation des espaces agricoles, alors même que l’agriculture constitue l’une des principales fonctions et caractéristiques des territoires ruraux. La transformation du foncier agricole pose donc la question du maintien de la vocation rurale de ces espaces face à la progression de l’urbanisation.
Au-delà des transformations spatiales et foncières, la rurbanisation entraîne également une évolution des pratiques et des modes de vie. Les populations rurales sont davantage intégrées aux réseaux urbains, notamment à travers les déplacements quotidiens vers les villes pour le travail, les études, les soins ou les services. Les pratiques urbaines pénètrent ainsi progressivement les espaces ruraux, sans que ceux-ci deviennent pour autant totalement urbains.
Dès lors, les territoires ruraux ne doivent pas être considérés uniquement comme des espaces appelés à disparaître sous l’effet de l’urbanisation. Ils connaissent plutôt une profonde recomposition, résultant de l’interaction croissante entre les dynamiques rurales et urbaines. Cette transformation conduit à l’émergence d’espaces intermédiaires, où se mêlent fonctions agricoles, résidentielles, économiques et urbaines.
Ainsi, une question fondamentale mérite d’être soulevée :
jusqu’où l’extension urbaine peut-elle transformer les territoires ruraux sans remettre en cause les fondements mêmes de leur ruralité ?
Cette interrogation conduit à réfléchir au passage progressif de la ruralité à la rurbanisation, mais également aux nouvelles formes de relations et de complémentarités entre la ville et les territoires ruraux.
Le ruraliste
Babacar Gueye spécialiste en management des collectivités territoriale et développement locale.
Doctorant en géographie humaine, spécialisé en géographie rurale.
