Après deux ans et demi d’observation, le président de Rewmi dresse un tableau sombre de la situation du Sénégal. L’ancien Premier ministre appelle à «redonner la parole au peuple» et plaide pour un rassemblement des forces politiques et sociales afin de sortir le pays de ce qu’il qualifie d’«aventure populiste».
Deux ans et demi après l’alternance de mars 2024, Idrissa Seck rompt le silence. Dans une déclaration au ton grave, le président du parti Rewmi livre son appréciation de la situation nationale et appelle à une mobilisation générale pour redresser le Sénégal. L’ancien Premier ministre estime que le temps de l’observation est désormais arrivé à son terme, considérant que la moitié du mandat présidentiel constitue un délai suffisant pour juger les résultats des nouvelles autorités.
Dans son diagnostic, Idrissa Seck évoque un pays «méconnaissable», confronté, selon lui, à une dégradation de ses indicateurs économiques, à une fracture du tissu social et à un appauvrissement du débat démocratique. Il dénonce la montée des insultes et des invectives dans l’espace public, où les qualificatifs «kulunas» et «moutons» seraient devenus des marqueurs de l’affrontement entre camps politiques. Une évolution qu’il juge préoccupante pour le respect mutuel et la cohésion nationale.
Mais au-delà de la situation économique, c’est surtout la crise institutionnelle qui alarme l’ancien chef du gouvernement. À ses yeux, elle constitue une menace susceptible de bloquer le fonctionnement du pays. D’où son appel à un sursaut national pour préserver la République, consolider les institutions et restaurer le vivre-ensemble.
Un appel au rassemblement contre le populisme
Idrissa Seck salue, dans le même temps, la mobilisation de nombreux Sénégalais, au pays comme dans la diaspora, qu’il présente comme déterminés à contribuer au redressement national. Il met particulièrement en avant l’engagement des jeunes et des femmes, dont il souligne le potentiel d’action dans la reconstruction économique et sociale.
Le président de Rewmi entend également fédérer les énergies autour d’un «véritable cordon sanitaire contre le populisme trompeur», qu’il considère comme porteur de risques pour le Sénégal. Il invite ainsi les acteurs politiques, la société civile, les syndicats, le secteur privé et l’ensemble des citoyens à prendre leur part dans cette entreprise de redressement.
«Redonner la parole au peuple»
La déclaration prend une dimension politique particulière lorsque l’ancien Premier ministre affirme que «le moment est venu de redonner la parole au peuple». Il appelle à accompagner ce qu’il décrit comme une volonté de mettre fin à «l’aventure populiste».
Cette sortie marque le retour d’Idrissa Seck dans le débat national après une longue période de réserve depuis la présidentielle de mars 2024. Ancien directeur de campagne d’Abdoulaye Wade en 1988, devenu par la suite directeur de Cabinet à la présidence de la République puis Premier ministre, avant de fonder Rewmi, il remet ainsi au centre du débat la question de l’avenir politique du Sénégal.
Reste à savoir quelles formes concrètes prendra cette volonté de rassemblement et quels acteurs répondront à son appel. Une chose est certaine : Idrissa Seck entend désormais prendre «toute sa part» dans la recherche d’une issue à la crise qu’il décrit.
Abdou Latif NDIAYE
