Quand le Parlement enquête sur les autres, il doit aussi accepter que les citoyens interrogent sa propre gestion. La justice ne se rend pas dans l’arène politique, et la transparence ne saurait être le privilège d’un camp.
L’Assemblée nationale du Sénégal a engagé, ces derniers jours, une série d’auditions dans le cadre de plusieurs commissions d’enquête parlementaires. D’anciens responsables de l’administration publique, des dirigeants d’organismes publics et des acteurs du secteur privé sont appelés à s’expliquer sur des dossiers touchant notamment aux licences de pêche, aux cessions du patrimoine immobilier de l’État et au programme « Un étudiant, un ordinateur ».
Présentées comme un exercice de transparence et de contrôle de l’action publique, ces auditions sont retransmises au public, conformément à une procédure prévue par le Règlement intérieur de l’institution. Sur le principe, personne ne devrait s’opposer à ce que les représentants du peuple cherchent à comprendre comment les ressources nationales sont administrées, comment les marchés publics sont attribués et comment les décisions engageant les finances publiques sont prises.
Mais une interrogation fondamentale s’impose : l’Assemblée nationale entend-elle exercer son pouvoir de contrôle dans un esprit d’impartialité républicaine ou risque-t-elle de transformer cet instrument démocratique en moyen de confrontation politique ?
La question mérite d’être posée. Car si la transparence est une exigence démocratique, elle doit être universelle. Elle ne peut servir à exposer publiquement les anciens gestionnaires tout en soustrayant les responsables actuels aux mêmes exigences de justification.
I. Des auditions publiques : que dit réellement le Règlement intérieur ?
Il convient d’abord de sortir du débat passionnel pour revenir au droit.
L’article 85, alinéa 4, de la Constitution sénégalaise autorise l’Assemblée nationale à désigner des commissions d’enquête. Cette prérogative est précisée par les articles 53 à 58 de la loi organique n° 2025-11 du 18 août 2025 portant Règlement intérieur de l’Assemblée nationale.
L’article 53 précise que ces commissions ont pour mission de recueillir des informations sur des faits déterminés présentant un caractère d’intérêt général, puis de soumettre leurs conclusions à l’Assemblée nationale. Il prévoit également une limite essentielle : une commission d’enquête ne peut être créée sur des faits faisant déjà l’objet de poursuites judiciaires tant que celles-ci sont en cours, ni lorsque ces faits ont donné lieu à un jugement définitif.
Quant à l’article 57, il prévoit expressément que les auditions peuvent être retransmises, sous réserve d’un vote des membres de la commission à la majorité absolue des suffrages exprimés. En revanche, les délibérations des commissions se déroulent à huis clos.
Ces dispositions, consultables dans le texte officiel du Règlement intérieur, permettent de répondre clairement à la question de la légalité : oui, les auditions publiques sont prévues par les textes ; non, leur retransmission ne constitue pas une liberté sans conditions. Il faut notamment vérifier le respect de la procédure de vote applicable à chaque commission.
Le problème ne réside donc pas nécessairement dans la publicité des auditions elle-même. Il se situe dans la manière dont cette publicité est organisée, dans le ton des interrogatoires, dans les présupposés qui entourent les convocations et dans l’usage politique qui pourrait être fait des déclarations recueillies.
La transparence ne doit pas devenir un spectacle de mise en accusation.
II. Présomption d’innocence : auditionner n’est pas condamner
Une commission d’enquête parlementaire n’est pas une juridiction pénale. Elle ne prononce ni condamnation ni peine. Elle recherche des informations, reconstitue des faits et peut, si elle constate des éléments susceptibles de caractériser des infractions, saisir le procureur de la République.
Cette distinction est capitale.
Lorsqu’un responsable administratif ou un opérateur économique est convoqué, il n’est pas automatiquement coupable d’une faute de gestion, d’une irrégularité ou d’une infraction. Une opération peut susciter des interrogations sans que son caractère illégal soit établi. Un marché peut présenter des difficultés d’exécution sans que tous les intervenants soient pénalement responsables.
Or, lorsque des convocations évoquent déjà des « irrégularités » avant même que les personnes concernées aient pu présenter leurs explications, une question de méthode se pose : s’agit-il de rechercher impartialement la vérité ou de confirmer publiquement une conclusion déjà suggérée ?
Il faut ici apporter une nuance juridique importante. La présomption d’innocence n’interdit ni les investigations parlementaires ni la recherche publique d’informations sur la gestion des deniers publics. Elle impose cependant de ne pas présenter une personne comme coupable avant que sa responsabilité ait été légalement établie.
Les auditions publiques rendent cette exigence encore plus importante. Une déclaration prononcée devant des millions de téléspectateurs peut affecter durablement la réputation d’un individu, même si aucune poursuite n’est engagée ou si les soupçons ne sont finalement pas confirmés.
La dignité des personnes auditionnées, le respect du contradictoire et la précision du langage devraient donc être au cœur de chaque séance.
Les députés ont le droit de poser des questions difficiles. Ils ont même le devoir de le faire lorsque l’intérêt général l’exige. Mais ils ne doivent pas confondre questionnement rigoureux et accusation anticipée.
Le Parlement doit éclairer les citoyens, pas organiser le procès médiatique de personnes dont la culpabilité n’a pas été établie.
III. Le soupçon de règlement de comptes politique ne peut être écarté par de simples déclarations
Le contexte politique donne à cette séquence une résonance particulière. La majorité parlementaire est dominée par PASTEF, formation politique historiquement portée par Ousmane Sonko. Cette configuration ne rend pas illégitimes les commissions d’enquête. Elle oblige néanmoins leurs membres à faire preuve d’une vigilance accrue pour démontrer leur indépendance d’esprit.
Le contrôle parlementaire est une prérogative institutionnelle, non un privilège partisan. Il appartient à la représentation nationale tout entière, majorité comme opposition.
Dès lors, lorsqu’une majorité engage des investigations sur des opérations associées à d’anciens responsables ou à des périodes antérieures, elle doit montrer qu’elle ne cherche pas seulement à conforter son récit politique.
Elle doit accepter que les mêmes méthodes soient appliquées aux décisions prises depuis son arrivée au pouvoir.
Il ne suffit pas d’affirmer que l’on agit au nom de la transparence. Il faut en administrer la preuve par des procédures régulières, des questions précises, des conclusions documentées et une égale exigence envers tous les gestionnaires publics.
Les députés ne sont pas des procureurs. Leur mission consiste à contrôler, à informer et à proposer des corrections. La qualification pénale des faits et l’établissement de la culpabilité relèvent des autorités judiciaires compétentes.
Si des éléments sérieux apparaissent, ils doivent être transmis aux institutions habilitées. Si les faits ne sont pas établis, les personnes concernées ne doivent pas demeurers prisonnières d’un soupçon entretenu par la seule puissance de l’image.
C’est à cette condition que l’enquête parlementaire conservera sa valeur démocratique.
IV. Les véhicules des députés : la transparence doit commencer au sein du Parlement
Il est difficile de défendre avec conviction la transparence des marchés publics sans accepter que les citoyens interrogent les dépenses de l’institution qui réclame cette transparence aux autres.
L’acquisition des véhicules destinés aux députés de la quinzième législature constitue, à cet égard, un sujet légitime de débat public.
Le 5 janvier 2026, l’Agence de presse sénégalaise rapportait que le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, avait assuré que le marché avait été exécuté dans les règles et que le dossier était passé par la Direction centrale des marchés publics. Il indiquait alors que 76 véhicules avaient été réceptionnés, dans l’attente d’un autre lot.
Cette déclaration constitue un élément de réponse, mais elle ne dispense pas de rendre accessibles les pièces permettant aux citoyens de vérifier les conditions de l’opération.
Combien de véhicules ont finalement été commandés et réceptionnés ? Quel est le coût total du marché ? Quel est le prix unitaire exact, selon les modèles et les équipements retenus ? Quelle entreprise a obtenu le marché ? Quelle procédure de passation a été utilisée ? Quels étaient les critères de sélection et quelles garanties encadrent l’exécution du contrat ?
Autant de questions légitimes auxquelles une publication claire des documents pertinents permettrait de répondre.
Le montant de plus de 50 millions de francs CFA par véhicule évoqué dans le débat public doit, lui aussi, être rapproché des pièces contractuelles avant d’être présenté comme un prix unitaire établi.
Il ne s’agit pas d’affirmer sans preuve que ce marché est irrégulier. Il s’agit de rappeler une règle simple : la conformité revendiquée par une autorité ne saurait remplacer le droit des citoyens à accéder aux informations communicables sur les dépenses publiques.
Les députés ont besoin de moyens pour exercer leur mandat. Mais ces moyens doivent être proportionnés, justifiés et gérés avec une rigueur exemplaire.
L’Assemblée nationale ne peut réclamer la lumière sur les marchés des autres institutions tout en considérant que ses propres dépenses relèvent d’un domaine sur lequel les citoyens devraient se contenter de déclarations générales.
La transparence doit commencer par la maison du peuple.
V. Les fonds destinés aux victimes des événements politiques : la solidarité exige aussi des comptes
Autre sujet sensible : l’assistance aux victimes des événements politiques survenus entre 2021 et 2023.
Les violences de cette période ont laissé des familles endeuillées, des personnes blessées et d’anciens détenus confrontés à des difficultés sociales et économiques. La nécessité d’une réparation et d’un accompagnement humain ne devrait faire l’objet d’aucune polémique.
Mais la solidarité nationale ne peut être une zone d’ombre financière.
Une enveloppe de cinq milliards de francs CFA avait été prévue dans le cadre de la loi de finances rectificative de 2024 pour soutenir les victimes des événements politiques. En juin 2026, l’ancienne ministre de la Famille, Maïmouna Dièye, a publié des précisions sur l’exécution du programme. Selon les données consolidées qu’elle a communiquées, 2,3 milliards de francs CFA avaient été mobilisés pour l’accompagnement des ex-détenus, des blessés et des familles endeuillées, et les dépenses réalisées atteignaient 2 218 994 161 francs CFA.
Ces données doivent être prises en considération.
Elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure que les cinq milliards auraient été intégralement distribués de manière opaque. Elles soulèvent néanmoins une exigence de suivi : rendre compréhensibles les différentes enveloppes annoncées, les montants effectivement mobilisés, les dépenses réalisées et les éventuels reliquats.
Les citoyens doivent pouvoir connaître les critères d’éligibilité, les procédures de vérification, le nombre de bénéficiaires par catégorie et les mécanismes de contrôle. La publication des listes nominatives, lorsqu’elle est juridiquement possible, doit en outre tenir compte de la protection des données personnelles et de la dignité des personnes concernées.
Il ne s’agit pas de remettre en cause la souffrance des victimes ni leur droit à réparation. Il s’agit de protéger ce droit contre toute suspicion de favoritisme, d’instrumentalisation politique ou de mauvaise gestion.
L’argent destiné aux victimes doit parvenir aux victimes, selon des critères transparents et vérifiables.
Cette exigence est d’autant plus forte que l’assistance concerne des personnes qui ont déjà payé un lourd tribut aux crises politiques.
Si le pouvoir entend défendre la vérité sur les événements passés, il doit également accepter un examen rigoureux de la manière dont les réparations sont financées, attribuées et exécutées aujourd’hui.
VI. L’affaire ASER-AEE Power : 37 milliards de francs CFA appellent des éclaircissements
Le dossier relatif à l’électrification rurale mérite également une attention soutenue.
Le 20 septembre 2026, l’Agence de presse sénégalaise a rapporté que le Forum civil réclamait des éclaircissements sur plusieurs dossiers financiers, dont le marché ASER-AEE Power EPC, portant sur une avance de démarrage évaluée à environ 37 milliards de francs CFA.
Le chiffre renvoie à une avance de démarrage évoquée dans le cadre du marché ; il ne doit pas être assimilé automatiquement à la preuve d’un détournement ou à une perte définitivement établie pour l’État.
Mais l’importance de la somme impose des réponses précises. Où en est l’exécution du marché ? Quelles prestations ont été réalisées ? Quels paiements ont été effectués et sur quelles bases ? Quels contrôles techniques et financiers ont été conduits ? Quel est l’état réel des travaux d’électrification attendus par les populations rurales ?
Ces questions dépassent les rivalités entre partis. Elles touchent à l’accès à l’électricité, au développement des territoires et à la crédibilité de la politique publique d’électrification.
Si des manquements sont établis, ils doivent être documentés et leurs responsabilités déterminées selon les procédures légales. Si le marché est régulièrement exécuté, les éléments disponibles doivent permettre de le démontrer.
Dans les deux cas, le silence ou les déclarations contradictoires ne sauraient constituer une réponse satisfaisante.
VII. Kosmos Energy et les ressources naturelles : la souveraineté exige la vérité
La question de la gouvernance des ressources naturelles demeure tout aussi importante.
Le Forum civil a également demandé des éclaircissements sur le dossier Kosmos Energy-État du Sénégal, évoquant notamment les montants et les conditions de l’opération discutée dans le débat public.
Dans un pays où les hydrocarbures nourrissent des attentes considérables en matière de recettes publiques, d’emplois et de développement, les accords engageant les intérêts nationaux doivent être compréhensibles et contrôlables.
Quels sont les engagements financiers réciproques ? Quelles recettes l’État doit-il percevoir ? Quels avantages économiques sont attendus ? Quelles obligations contractuelles incombent aux parties ? Quels mécanismes protègent les intérêts du Sénégal ?
La souveraineté ne se mesure pas seulement aux discours. Elle se mesure à la capacité des institutions à défendre les intérêts du pays, à contrôler les engagements contractuels et à rendre compte aux citoyens.
Il serait donc incohérent de multiplier les auditions publiques sur certaines transactions tout en laissant d’autres dossiers d’importance stratégique sans explications suffisamment accessibles.
Là encore, demander des comptes ne signifie pas présumer d’une faute. Cela signifie reconnaître que les ressources naturelles appartiennent à la collectivité et que leur gestion doit répondre à une exigence supérieure de transparence.
VIII. Les huit milliards annoncés pour les sinistrés des crues : l’urgence ne dispense pas de justifier les dépenses
Le dossier des huit milliards de francs CFA annoncés en octobre 2024 pour les premières mesures d’urgence en faveur des victimes des crues du fleuve Sénégal, notamment à Bakel et dans les zones environnantes, soulève une autre question de redevabilité.
À l’époque, le Premier ministre Ousmane Sonko avait indiqué que cette enveloppe devait permettre de répondre aux besoins immédiats des populations sinistrées, notamment en matière d’alimentation, d’habillement et de santé.
L’urgence humanitaire justifiait une mobilisation rapide des moyens de l’État. Mais elle ne supprimait pas l’obligation de rendre compte de leur utilisation.
En octobre 2025, des interrogations sur la destination des fonds avaient été relayées après que des élus locaux et des habitants de Bakel eurent contesté avoir reçu les aides annoncées. Le Forum civil avait lui aussi demandé des éclaircissements sur l’usage de cette enveloppe.
Il faut prendre garde à ne pas confondre l’absence de perception directe d’une aide par un habitant et la preuve que les fonds n’ont pas été dépensés. Les dispositifs d’urgence peuvent mobiliser plusieurs services, plusieurs catégories de bénéficiaires et différentes formes d’assistance.
Cependant, seule une documentation complète peut lever les doutes.
Quel montant a été effectivement décaissé ? À quelles structures les fonds ont-ils été transférés ? Quelles dépenses ont été réalisées ? Quels ménages ont bénéficié des secours ? Quels biens et services ont été distribués ? Quels contrôles ont été effectués sur le terrain ?
Les populations de Bakel et des autres localités touchées ont droit à des réponses précises. Les contribuables aussi.
Si les sommes annoncées ont été utilisées conformément à leur destination, les pièces justificatives doivent permettre de le démontrer. Si des écarts sont constatés, ils doivent être expliqués et, le cas échéant, faire l’objet des suites appropriées.
La compassion affichée au moment des catastrophes doit être prolongée par une gestion rigoureuse après l’urgence.
IX. Le fonds pour la paix en Casamance : un enjeu qui mérite un contrôle approfondi
La paix en Casamance est un enjeu national qui ne saurait être réduit à une controverse partisane.
Les efforts de réconciliation, de réinsertion, de reconstruction et de développement exigent des ressources, une stratégie cohérente et une confiance durable entre l’État et les populations concernées.
C’est précisément pourquoi les financements associés à ces objectifs doivent être suivis avec rigueur.
Quelles enveloppes ont été mobilisées ? Quels programmes ont été financés ? Quels bénéficiaires ont été concernés ? Quels résultats ont été obtenus en matière de réinsertion, de reconstruction des infrastructures et de retour des populations déplacées ? Quels mécanismes d’évaluation ont été mis en place ?
Il serait irresponsable de conclure à une mauvaise gestion sans disposer des documents nécessaires. Mais il serait tout aussi contestable de considérer que la sensibilité du dossier interdit toute demande de justification.
La paix ne doit être ni un slogan ni un prétexte à l’opacité. Elle doit se traduire par des résultats vérifiables, des financements traçables et une amélioration concrète des conditions de vie.
Une commission d’enquête, une mission d’information ou un contrôle approprié pourrait contribuer à éclairer ces questions, dans le respect des compétences légales des institutions et des éventuelles procédures judiciaires en cours.
X. Une même exigence pour tous : voilà le véritable test de la rupture
Au fond, le débat dépasse les seules auditions parlementaires. Il renvoie à une question centrale de gouvernance : la rupture promise aux Sénégalais se traduit-elle par une transformation des pratiques ou par un simple changement de ceux qui exercent le pouvoir ?
Le peuple n’a pas élu des responsables pour remplacer une opacité par une autre. Il attend des institutions plus exigeantes, des procédures plus lisibles, une meilleure utilisation de l’argent public et une justice indépendante des intérêts partisans.
Les interrogations relatives aux véhicules des députés, aux fonds destinés aux victimes, au marché ASER-AEE Power, aux accords liés aux hydrocarbures, aux secours annoncés pour les sinistrés et aux financements associés à la paix en Casamance ne doivent pas être balayées d’un revers de main.
Elles ne constituent pas toutes, en l’état des informations disponibles, des affaires dont l’illégalité serait démontrée. Elles représentent toutefois des sujets suffisamment importants pour justifier des explications documentées, des contrôles adaptés et, lorsque les conditions légales sont réunies, des investigations institutionnelles.
Le même raisonnement vaut pour les dossiers examinés actuellement par les commissions d’enquête : les personnes convoquées doivent pouvoir s’expliquer, les faits doivent être établis et les conclusions doivent reposer sur des éléments vérifiables.
Une démocratie ne se renforce pas en remplaçant une présomption de culpabilité par une présomption d’innocence réservée à ses propres alliés. Elle se renforce lorsque la même règle s’applique à tous.
En définitive, avant de juger les autres, le pouvoir doit accepter d’être interrogé
L’Assemblée nationale dispose d’un pouvoir légitime d’enquête. Elle doit l’exercer pleinement, sans complaisance et sans intimidation. Mais elle doit également accepter que les citoyens lui demandent des comptes sur ses propres décisions, ses dépenses et ses procédures.
Le contrôle parlementaire ne saurait être à géométrie variable. Les marchés publics doivent être transparents, les fonds sociaux traçables, les accords stratégiques explicables et les dépenses d’urgence justifiées.
La présomption d’innocence doit être respectée et les éventuelles infractions établies par les autorités compétentes.
Nous demandons donc que les institutions habilitées examinent, chacune dans le cadre de ses prérogatives, les dossiers soulevant des interrogations sérieuses, y compris ceux qui concernent la gestion actuelle. Nous appelons également à la publication des informations administratives et financières légalement communicables, afin que le débat public repose sur des faits plutôt que sur des soupçons.
Il ne s’agit ni de protéger les anciens dignitaires ni d’accuser sans preuve les nouveaux responsables. Il s’agit de défendre un principe républicain élémentaire : nul ne doit être au-dessus du contrôle, et nul ne doit être condamné par avance.
La transparence n’est pas une arme que le pouvoir utilise contre ses adversaires. Elle est une obligation qui s’impose à tous ceux qui administrent les ressources de la Nation.
Si les responsables de PASTEF veulent convaincre les Sénégalais qu’ils incarnent véritablement une rupture, qu’ils commencent par accepter, eux aussi, la lumière sur leurs propres actes. Car le bon exemple ne se proclame pas : il se démontre.
Le Sénégal n’a pas besoin de procès politiques télévisés. Il a besoin de vérité, de justice, de redevabilité et d’institutions impartiales.
Mamadou Biguine Gueye
