Macky Sall SG de l’ONU : la fierté d’un Sénégal qui peut servir le multilatéralisme et porter la voix de l’Afrique.
1. Un système international en quête de leadership et d’équilibre
Les conflits se multiplient, les fractures géopolitiques s’accentuent, les technologies creusent les inégalités et les institutions internationales semblent parfois paralysées face à l’ampleur des défis.
Dans ce contexte de profondes turbulences, la question du leadership mondial devient déterminante.
C’est précisément dans ce moment de doute du système international que survient la candidature de l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, au poste de Secrétaire général des Nations Unies.
À cet égard, elle mérite une attention particulière, un regard froid et non partisan pour analyser une vision du multilatéralisme qui se situe au-delà d’un simple parcours politique.
Il s’agit ici de la refondation d’une très grande organisation afin de la rendre plus efficace, plus équilibrée et plus représentative du monde d’aujourd’hui.
Depuis la création des Nations Unies en 1945, la gouvernance mondiale reste marquée par un déséquilibre historique.
L’Afrique, avec une superficie d’environ 30 millions de km², est le troisième continent le plus vaste et le deuxième le plus peuplé, avec plus de 1,4 milliard d’habitants. Pourtant, elle n’a toujours pas occupé une position correspondant à son rang.
Cette absence ne relève pas simplement de la symbolique. Elle reflète une réalité plus profonde, issue d’un système international qui a longtemps sous-estimé la capacité des pays du Sud à contribuer à la gouvernance mondiale.
Les grands défis contemporains du XXIᵉ siècle, tels que le changement climatique, les migrations irrégulières, la sécurité alimentaire, la dette ou encore la transition énergétique, concernent directement les pays africains et ceux du Sud en général.
Il serait donc logique de changer de paradigme afin que ces pays, souvent appauvris, participent pleinement à la définition des solutions globales.
2. Une tradition diplomatique sénégalaise au service du multilatéralisme
C’est dans cette dynamique et dans cette trajectoire historique qu’il faut inscrire la candidature de Macky Sall.
Vous conviendrez aisément avec moi que le Sénégal n’est pas un nouveau venu dans la diplomatie mondiale.
En effet, dès les premières décennies de l’indépendance, le pays a produit des personnalités qui ont marqué de leur empreinte les grandes institutions internationales.
Le président Léopold SédarSenghor fut l’un des penseurs majeurs du dialogue des cultures et de la Francophonie, inspirant une vision humaniste de la coopération internationale.
Son successeur, Abdou Diouf, a marqué l’histoire en devenant Secrétaire général de l’OIF, où il a œuvré au rapprochement des peuples et à la promotion du multilatéralisme culturel.
Le Sénégal peut également s’enorgueillir de l’héritage d’Amadou Mactar Mbow, premier Africain à diriger l’UNESCO, qui a marqué l’histoire par son combat pour un nouvel ordre mondial de l’information et pour une coopération internationale fondée sur l’équité entre les peuples.
Que dire de Jacques Diouf, qui a dirigé la FAO, incarnant le combat mondial contre la faim et l’insécurité alimentaire ?
D’autres figures sénégalaises ont également porté haut la voix du continent dans les institutions internationales (diplomates, juristes, économistes et universitaires ) et contribué à façonner les débats globaux.
Cette tradition diplomatique confère au Sénégal une crédibilité particulière lorsqu’il s’agit de participer à la gouvernance mondiale. La candidature de Macky Sall apparaît ainsi comme la continuité naturelle d’une histoire où le Sénégal a souvent servi de passerelle entre l’Afrique et le reste du monde.
L’ancien président sénégalais est l’un des rares dirigeants africains à avoir occupé simultanément plusieurs positions clés dans la gouvernance internationale.
Il a présidé l’Union africaine (UA), puis la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ainsi que le Comité d’orientation du NEPAD.
Cette expérience lui a permis de naviguer dans les arènes diplomatiques les plus complexes, de dialoguer avec les grandes puissances comme avec les pays les plus vulnérables et de défendre la place de l’Afrique dans les négociations internationales sur le financement du développement, le climat ou encore la guerre en Ukraine.
Dans un monde multipolaire, cette capacité de médiation constitue un atout considérable.
La vision présentée dans sa candidature repose sur une réforme pragmatique de l’ONU, axée sur trois priorités :
1- renforcer la cohérence entre paix, sécurité et développement ;
2- revitaliser le multilatéralisme face à la fragmentation du monde ;
3- moderniser la gouvernance interne de l’ONU afin d’en améliorer l’efficacité et la transparence.
Or, dans ce contexte volatil où la crédibilité de l’organisation est parfois mise en cause, cette orientation vers la performance, la rationalisation et la responsabilité constitue un signal fort.
C’est une approche réaliste qui permettra aux Nations Unies de produire des résultats concrets pour les peuples du monde, gage de la pertinence de son existence.
3. Vers un multilatéralisme renouvelé et plus inclusif
Pour rappel, les Nations Unies ont, depuis leur création, été façonnées par des personnalités qui ont chacune incarné une étape du multilatéralisme.
De Dag Hammarskjöld, qui a donné au Secrétaire général une stature de médiateur actif dans la prévention des conflits, à Kofi Annan, qui a placé l’humain et les droits fondamentaux au cœur de l’action internationale, en passant par Ban Ki-moon, qui a mobilisé la communauté mondiale autour de la lutte contre le changement climatique, et António Guterres, engagé dans la réforme et la prévention des crises, chaque génération de leadership a tenté de répondre aux défis de son temps.
La vision portée aujourd’hui par Macky Sall s’inscrit dans cette continuité tout en cherchant à la dépasser.
En ce sens, sa proposition vise non seulement à prolonger l’héritage des anciens secrétaires généraux, mais elle ambitionne également de l’actualiser et de le transcender afin de bâtir une gouvernance mondiale plus équilibrée, plus inclusive et plus efficace.
Le président Macky Sall s’inscrit dans cette continuité diplomatique héritée d’un pays de dialogue, de consensus et de compromis. Son parcours lui permet de dialoguer avec l’Afrique, l’Europe, les Amériques, le monde arabe et l’Asie avec une crédibilité reconnue.
L’une des qualités essentielles d’un Secrétaire général de l’ONU est sa capacité à être un bâtisseur de ponts.
Alors, au moment où l’ordre international cherche un nouveau souffle, dans une époque marquée par la rivalité entre grandes puissances, il serait judicieux de promouvoir un leadership capable de réconcilier expérience, dialogue et vision, un profil capable de parler à toutes les parties; et parier sur une telle ressource serait précieux.
Soutenir la candidature de Macky Sall ne relève pas seulement d’un réflexe national ou continental.
Il s’agit plutôt de reconnaître que la gouvernance mondiale doit évoluer pour refléter la diversité des expériences politiques et des réalités économiques de notre planète.
Alors que de nombreux observateurs et experts s’accordent à dire que l’Afrique , cette Afrique chantée par David Diop, est effectivement devenue un acteur central de l’avenir du monde, confier la direction des Nations Unies à un dirigeant issu de ce continent constituerait un signal fort de cohérence, d’inclusion et d’équilibre adressé à tous les peuples.
Pour le Sénégal, ce serait aussi l’occasion de prolonger cette longue tradition d’excellence diplomatique et d’écrire d’importantes pages de l’histoire des institutions internationales.
En définitive, le multilatéralisme ne survivra pas s’il ne se réinvente pas, s’il n’accepte pas de se transformer pour répondre aux fractures et aux attentes du monde.
La transformation d’une institution commence par le changement de regard que la communauté internationale porte sur les hommes et les femmes qui la dirigent.
Tribune par Abdoulaye Diatta,
MBA-Stratégie et Management des Organisations , UQAC.
