Et si Macky Sall devenait Secrétaire général de l’ONU… sans le Sénégal ?

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Par Babou Biram FAYE

La question, déjà dérangeante que j’ai eu à poser en juin 2025, devient aujourd’hui brûlante. À quelques jours du Sommet de l’Union africaine des 14 et 15 février 2026, à Addis-Abeba, un fait politique inédit vient complexifier davantage l’équation : le Président Bassirou Diomaye Faye a choisi son Premier ministre, Ousmane Sonko, pour le représenter à ce sommet, alors même que la question de la candidature africaine à la tête de l’ONU (et, en filigrane, celle de Macky Sall) sera inévitablement débattue.

Or, nul n’ignore le contentieux politique profond qui oppose Ousmane Sonko à l’ancien Président Macky Sall. Ce n’est un secret pour personne. Il est ancien, public, assumé, et souvent exprimé avec virulence par le passé. D’autres figures de la majorité actuelle, à l’image de Guy Marius Sagna ou autres, Seydi Gassama, ont également, porté un discours très critique, parfois hostile, à l’égard de l’ancien Président Sall. Ce contexte rend la situation diplomatique pour le moins singulière, voire paradoxale.

D’un côté, Macky Sall, ancien chef de l’État, fort d’un carnet d’adresses international solide, d’une présidence de l’Union africaine encore récente et d’une expérience reconnue dans les cercles multilatéraux, nourrit (ouvertement ou non) l’ambition de briguer le poste de Secrétaire général des Nations Unies. Une ambition crédible, soutenue par des réseaux africains et internationaux qui dépassent largement le cadre sénégalais.

De l’autre, un pouvoir issu d’une rupture politique, construit en grande partie sur la dénonciation du bilan et des méthodes de Macky Sall, et qui se retrouve aujourd’hui face à un dilemme stratégique : comment gérer une ambition internationale majeure portée par un prédécesseur honni, sans fragiliser la cohérence politique interne ni sacrifier les intérêts supérieurs de l’État ?

Le choix d’Ousmane Sonko pour représenter le Sénégal à Addis-Abeba n’est, donc, pas anodin. Il est hautement symbolique. Il place le Premier ministre, figure centrale de la rupture, au cœur d’un espace diplomatique où se joueront des arbitrages décisifs pour l’avenir du continent, et possiblement pour celui de Macky Sall. Ce choix pose une question simple, mais, redoutable : le Sénégal ira-t-il à Addis-Abeba pour accompagner, freiner ou contourner une éventuelle candidature de Macky Sall ?

Dans les usages diplomatiques, la clarté est une vertu. Or, le flou actuel entretient toutes les spéculations : soutenir tacitement une candidature sans l’assumer publiquement ? S’y opposer sans l’avouer ? Ou laisser d’autres États africains prendre l’initiative, au risque de voir le Sénégal relégué au rang de figurant dans une affaire qui le concerne pourtant au premier chef ?

À cela s’ajoute un élément rarement dit, mais, central : avant même toute annonce officielle de candidature au poste de Secrétaire général des Nations Unies, les dés semblent déjà pipés. Dans les cercles diplomatiques africains, l’option Macky Sall circule depuis longtemps comme une hypothèse sérieuse, travaillée en amont, discutée discrètement entre chefs d’État. Dans cette configuration, le rôle attribué au Président congolais Denis Sassou Nguesso aurait été, selon plusieurs sources, celui d’un simple informateur, chargé d’en faire part au Président Bassirou Diomaye Faye, bien plus que d’ouvrir une réelle concertation. Autrement dit, le Sénégal n’aurait pas été associé à la fabrication de cette option stratégique, mais placé devant un fait politique déjà largement balisé.

Car, il faut le rappeler : une candidature à la tête de l’ONU dépasse les querelles partisanes. Elle engage l’image, l’influence et le rang d’un pays sur la scène mondiale. Refuser de l’assumer pour des raisons strictement politiques internes peut coûter cher, en prestige comme en opportunités stratégiques.

L’hypothèse devient alors troublante : et si Macky Sall parvenait à s’imposer sans le Sénégal ?

Si d’autres capitales africaines, estimant son profil plus consensuel ou plus expérimenté, décidaient de porter son nom ? Le camouflet serait double : pour la diplomatie sénégalaise, accusée de myopie stratégique, et pour un État incapable de transcender ses divisions au moment décisif.

En réalité, la question n’est plus seulement celle de Macky Sall.

Elle est celle de la maturité politique et diplomatique du Sénégal face aux enjeux globaux.

À Addis-Abeba, le Sénégal ne sera pas jugé sur ses rancœurs, mais sur sa capacité à défendre ses intérêts avec hauteur, intelligence et sens de l’histoire. Le choix des mots, des silences et des positions y comptera autant que les discours officiels.

Le Sénégal est aujourd’hui à la croisée des chemins : faire primer la logique de rupture politique ou assumer une continuité stratégique au service de la nation.

Le reste n’est que littérature.

 BBF

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