De la fureur militante à la crise de commandement : les failles du leadership de Sonko
Sonko goûte aujourd’hui à la réalité qu’il niait hier : celui qu’il diabolisait à longueur de discours, qu’il traitait d’incompétent et de fossoyeur du pays, gouvernait pourtant avec des ministres souvent plus solides, plus techniques et plus expérimentés que lui. Le contraste est brutal, presque humiliant. La fureur de l’opposant peut mobiliser une foule ; elle ne fabrique pas un homme d’État.
Le cœur du problème avec notre Premier ministre est désormais évident : il ne maîtrise pas l’appareil administratif de l’État. Gouverner ne se résume ni aux discours ni aux slogans. Gouverner exige méthode, rigueur, sens de l’institution et capacité à piloter des politiques publiques complexes. Or, sur ce terrain, le vide est flagrant.
Plus grave encore, certains ministres placés sous son autorité, à l’image de Cheikh Diba, disposent d’une expérience budgétaire, technique et institutionnelle bien supérieure à la sienne. On se retrouve ainsi dans une situation absurde : des compétences dirigées par l’incompétence. L’autorité ne repose ni sur la maîtrise des dossiers ni sur une vision administrative claire, mais uniquement sur la position politique. Dans ces conditions, l’échec n’est pas un accident : il devient structurel.
Il faut aussi le dire sans détour : ce Premier ministre traîne trop de limites et trop de failles pour diriger efficacement un État. Failles dans la gestion, failles dans l’arbitrage, failles dans la coordination gouvernementale. Au lieu d’un chef d’orchestre, le pays a un pouvoir qui tâtonne, improvise et s’enferme dans la confrontation plutôt que dans la construction. Un pays ne se gouverne pas avec des slogans, mais avec des institutions solides et une autorité fondée sur la compétence.
Le plus inquiétant, c’est le silence autour de cette dérive. Il manque le courage politique de dire “stop”. Personne n’ose poser la question de la responsabilité au sommet. Tant que les ministres accepteront de travailler sous un leadership défaillant, l’État s’enlisera, les réformes resteront des promesses et le pays continuera de payer le prix d’un pouvoir qui confond militantisme et gouvernance. Ce n’est plus une crise de résultats : c’est une crise de commandement.
Rama SECK
