Pétrole : 2,48 milliards introuvables, Gueum Sa Bopp saisit la justice contre l’État

0
IMG-20251230-WA0046

S’appuyant sur le Rapport ITIE 2024, officiellement validé par l’État du Sénégal, le mouvement citoyen Gueum Sa Bopp « Les Jambaars » annonce le dépôt d’une plainte devant le Pôle Judiciaire Financier contre le Premier ministre, le ministre de l’Énergie et le directeur général de PETROSEN. Au cœur de la procédure : des milliards de francs CFA non retracés, des incohérences sur le champ pétrolier de Sangomar et des manquements jugés graves à la transparence des finances extractives.

La bataille pour la transparence dans la gestion des ressources pétrolières et minières sénégalaises entre dans une phase judiciaire. Le mouvement citoyen Gueum Sa Bopp « Les Jambaars » a annoncé, ce lundi, sa décision de saisir le Pôle Judiciaire Financier (PJF), sur la base des révélations contenues dans le Rapport ITIE 2024, document public endossé par l’État du Sénégal.
Au centre de la plainte annoncée figurent trois hauts responsables de l’exécutif et du secteur extractif : le Premier ministre Ousmane Sonko, le ministre des Mines et de l’Énergie Biram Souley Diop et le directeur général de PETROSEN, Talla Guèye, cités en raison de leurs responsabilités institutionnelles respectives.
Selon Gueum Sa Bopp, le Rapport ITIE 2024 met en évidence des manquements systémiques qui dépassent le cadre technique pour engager la responsabilité politique et administrative de l’État. Le document révèle notamment que le rapprochement des revenus extractifs pour l’année 2024 n’a couvert que 91,89 % des flux, laissant un écart non réconcilié de 2,48 milliards de francs CFA. Un montant qualifié de « non significatif » au regard des normes ITIE, mais que le mouvement juge financièrement et juridiquement inacceptable.
Plus préoccupant encore, 7 % des paiements déclarés reposent sur des formulaires non certifiés, une entorse grave aux règles minimales de fiabilité comptable dans un secteur stratégique.
Le rapport pointe également une défaillance majeure de gouvernance concernant le champ pétrolier de Sangomar. Alors que la production a démarré officiellement en juin 2024, la part de production revenant à l’État sénégalais n’a été retracée dans aucune déclaration pour l’exercice 2024. Des incohérences persistantes entre les données de PETROSEN et celles de l’opérateur Woodside Energy renforcent les zones d’ombre.
Autre anomalie relevée : des paiements encaissés en 2024 mais comptabilisés en 2023, une pratique déjà dénoncée par la Cour des comptes et qui porte atteinte au principe de sincérité budgétaire.
Le Rapport ITIE 2024 souligne par ailleurs l’incomplétude du cadastre minier, incapable d’identifier clairement l’ensemble des titres et mouvements, ainsi qu’une transparence inachevée sur les bénéficiaires effectifs, affaiblissant la lutte contre les conflits d’intérêts et la corruption.
Pour Gueum Sa Bopp, la répétition annuelle des mêmes recommandations sans corrections structurelles traduit désormais un déficit manifeste de volonté politique. « Il ne s’agit ni d’un procès politique ni d’un acharnement personnel, mais de faits documentés que seule la justice peut qualifier », soutient le mouvement, qui produira le Rapport ITIE 2024 comme pièce centrale de sa plainte.
Dans un contexte de premières recettes pétrolières et d’attentes fortes des populations, cette initiative judiciaire pourrait marquer un tournant décisif dans le débat sur la gouvernance des ressources naturelles au Sénégal.
Abdou Latif NDIAYE 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *