Lettre 1/5 : Des ruptures chimériques aux enlisements opérationnels
A défaut d’avoir un bon ministre de la santé on aurait pu se contenter de très bons directeurs et
coordonnateurs de programme
Il était attendu aux lendemains de la dernière alternance politique des changements profonds
dans la gouvernance sanitaire longtemps handicapée par des approximations à outrance et une
gestion politicienne. Des analyses situationnelles ont été opérées dans la quasi-totalité des
segments du système de santé et on espérait des ruptures nécessaires qui allaient propulser le
système mais que nenni.
En 2024, l’un des premiers éléments de fragilisation fut la nomination à la tête de la direction
générale de la santé d’un candide neurologue. Cette direction a toujours été la vitrine du système
de santé, elle était d’habitude occupée par des professionnels achevés de la santé publique car
celle-ci est aux confluents de toutes les disciplines et de toutes les sensibilités, cette fonction
était aussi en soi un aboutissement de carrière professionnelle. Je me souviens de mon cher
maitre et ami Dr Mandiaye LOUM dont la seule présence sur le terrain stimulait les équipes de
district et de région, un homme multidimensionnel aussi bien à l’aise dans les discussions
techniques que dans les débats métaphysiques. Tous les directeurs généraux de la santé furent
de cet acabit à des degrés divers. Ils avaient tous un gradient de compétences qui forçait le
respect de leurs collaborateurs. Ils pouvaient être à l’aise aussi bien avec mon ami Malé de
Ngari qu’avec l’ICP Samory de Bambadji, avec les acteurs communautaires de Ngoudourou ou
encore devant un aréopage d’experts.
Le deuxième élément de fragilisation est relevé dans certains programmes de santé. J’en connais
un qui était naguère considéré comme la locomotive du système de santé, son fleuron, un
programme qui avait acquis ses lettres de noblesse grâce à l’ingéniosité et l’audace d’un
médecin militaire de santé publique. Ce programme est, depuis un an, tombé de Charybde en
Scylla à cause d’une incompétence technico-managériale manifeste. Il ne faut guère s’étonner
si dans les mois à venir des niveaux de morbidité et de mortalité s’élèvent et que des hérésies
programmatiques soient constatées.
La situation n’est guère plus reluisante dans les établissements publics de santé où on a bien
maladroitement placé des hommes et des femmes qui ont peut-être un mérite politique (où est
la rupture) mais aucun vécu professionnel qui peut à raison expliquer leurs positions.
Aujourd’hui, le lointain observateur que je suis, constate avec amertume le spectacle désolant
des éléphants dans le magasin de porcelaine. Le système de santé est dans un environnement
complexe et très fragile, il n’a pas besoin de brutalité, ni de maladresse ou de lourdeur extrême.
Cet environnement exige finesse, tact, discernement et compétence pour une préservation des
équilibres institutionnels, humains et sociaux fragiles.
Latsouk Gnilane DIOUF
Economiste de la santé
