Découverte des terroirs: Soum, une commune qui peine à sortir la tête de l’eau
Située au centre-ouest du Sénégal, la commune de Soum peine toujours à sortir la tête de l’eau et cela depuis son érection à ce statut de plein exercice en juillet 2008 (Décret 748).
Ce village du Loog qui a été créé au 13eme siècle par feu Mbapa Youngar Sarr, est situé à quelques encablures seulement de la commune de Foundiougne, chef-lieu de département du même nom, sur la rive droite du Delta du Saloum. La localité est bordée de magnifiques forêts de mangrove mais aussi riche de son potentiel salicole qui occupe une place prépondérante dans les activités des femmes.

Le sel, une filière à valoriser
A Soum, le sel constitue une ressource très prisée et exploitée par les populations. Cela, depuis plusieurs années sur le site est appelé : «Thiémca» en sérère (lieu où est extrait le sel). Il est situé sur la façade ouest de la ville au niveau du littoral où beaucoup de puits y ont été forés.
Mais, depuis plusieurs années, le produit est exploité à Soum de manière traditionnelle et artificielle. La plupart des exploitants sont membres de la coopérative des exploitants de sel issus de familles dont les grands-parents les ont légués les puits. Le potentiel salicole de Soum est énorme et est qualifié de meilleure qualité, contrairement au sel tiré des marais salants dans d’autres zones de la région de Fatick.
Le label «Sel de Soum » est en gestation à travers la coopérative des acteurs du sel de Soum dont les femmes figurent en première ligne. Car, même s’il est vrai que les puits sont creusés par les hommes, il faut reconnaître que les femmes s’occupent de l’extraction, de la mise en sachets et de la commercialisation. Aujourd’hui, les acteurs souhaitent un appui et un accompagnement de l’État pour la valorisation du potentiel salicole de Soum qui fait beaucoup rêver d’un futur Eldorado avec sa mise en valeur.

L’équation de l’enclavement
Mais à Soum, les difficultés ne manquent pas. Les différents secteurs prioritaires qui préoccupent le plus les habitants font carrément défaut. L’enclavement de la localité constitue une véritable équation. Car, pour rallier Soum déjà, le chemin est parsemé d’embûches. Une situation qui date de la nuit des temps. Elle constitue une problématique majeure. Non seulement pour les populations locales mais également les visiteurs.
« En 2013, face à cette problématique, il avait été élaboré un programme de désenclavement à l’initiative de l’Agence de gestion des routes (AGEROUTE) avec un financement du Fonds d’entretien routier autonome (FERA) », nous informe Moustapha Ngor Léon Diop maire sortant et actuel président de la Commission coopération décentralisée du Conseil départemental de Foundiougne. Mais ironie du sort, tous ces projets qui avaient été envisagés sont restés lettre morte et n’ont jamais été exécutés ».
Même si, il faut le reconnaître, la route intitulée : Boucle du Loog pour rallier Foundiougne – Soum – Mbassis- Mbam sur un linéaire de 17km, 700 a connu un début d’exécution mais dont les travaux n’ont malheureusement pu aboutir. Alors que, selon Ngor Léon Diop, « sa réalisation aurait pu contribuer à rendre très attractive la zone du Log dans le cadre du développement durable ».
Un pont de franchissement Soum-Baout souhaité
Dans cette dynamique, la construction d’un pont de franchissement entre les deux localités de Soum et de Baouth (commune de Djirnda) est aujourd’hui également plus que souhaitable.
« Long de 1200 mètres, cet ouvrage a fait couler beaucoup d’encre et de salive depuis le conseil des ministres délocalisé à Fatick du temps de l’ancien président Macky Sall », a laissé entendre Moustapha Ngor Léon Diop, maire sortant de Soum et actuel président de la Commission de la coopération décentralisée du Conseil départemental de Foundiougne.
Et qui plus de l’avis de nombreux observateurs interrogés dans ce sens, la réalisation de l’ouvrage va contribuer au désenclavement d’une bonne partie des îles du Gandoul et permettre une ouverture de ces villages insulaires îles sur la terre ferme à partir de Soum tout en créant les conditions d’un développement socio-économique endogène, mais aussi touristique et culturel de la zone.
En attendant tout le monde reste unanime à espérer une solution heureuse à cette demande pressante qui a d’ailleurs évoquée devant la nouvelle coordonnatrice du Programme d’urgence de modernisation des axes et territoires frontaliers (PUMA) lors d’une visite dans la commune de Djirnda.
« En tout cas, c’est autant d’opportunités dont regorge la zone du Loog mais aussi du Gandoul pouvant contribuer au rayonnement du secteur touristique et hôtelier (chaîne d’hôtels) et aquacole (fermes), entre autres », souligne le président Moustapha Ngor Léon Diop du conseil départemental de Foundiougne.
Un autre site qui mérite un clin d’œil, c’est vraiment la vallée de Soum de137ha qui est aujourd’hui affectée par les dérèglements climatiques.
Cela, malgré les multiples actions de restauration, de suivi et de conservation des terres dégradées qui y ont été menées à travers certains programmes. Notamment par le Projet d’appui à la réalisation de bassins de rétention et à la valorisation de forages dans les régions de Diourbel, Fatick, Kaolack, Kaffrine et Thiès (Barvafor), le Projet d’appui à la réduction de l’émigration rurale et à la réintégration dans le bassin arachidier (Parerba) ainsi que par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science, la culture et la communication (Unesco).
Selon l’ancien maire de Soum, « cette vallée peut bien jouer un rôle important dans le cadre du programme de souveraineté alimentaire de l’État, car en dehors de la riziculture, le maraîchage peut bien être pratiqué même en saison sèche ».
Un poste de santé qui ne répond plus aux normes
Entre autres difficultés relevées dans cette commune de Soum et plus généralement dans toute la zone du Log, le manque total d’ouvrages et autres infrastructures de base dans les différents secteurs de l’hydraulique, de la santé, de l’éducation qui traînent le pas à tous les niveaux.
Au plan sanitaire, par exemple, le poste de santé de Soum polarisant au début tous les villages du Log ne répond plus aux normes sanitaires. De par la position de son site actuel mais également par l’architecture reléguée aux calendes grecques. Même si, comme nous l’a souligné, Moustapha Ngor Léon Diop, « malgré la création du poste sanitaire de Mbam, celui de Soum continue toujours de prendre en charge les malades de plusieurs villages dont ceux de Thiare et de Ndorong administrativement rattachés à la commune de Mbam mais qui dépendent toujours du poste de santé de Soum.
« Donc, nous pensons qu’il y’a urgence non seulement de délocaliser le site mais d’envisager également la construction d’un nouveau bâtiment moderne avec logements de l’infirmier-chef de poste et de la maîtresse sage-femme, cela avait d’ailleurs motivé une délibération par la mairie d’un terrain de 2ha. Et, un plan de construction fourni par la direction des infrastructures, de l’équipement et de la maintenance (DIEM) du Ministère de la santé et de l’action sociale. Il s’en est suivi également l’élaboration d’un devis estimatif d’un coût des travaux de plus de 200 millions de FCFA depuis 2022. Mais, depuis lors, tout est resté lettre morte, les locaux du poste de santé continuent de se dégrader de plus en plus ».
L’eau des puits toujours de mise
Pour ce qui est de l’alimentation en eau, malgré les efforts immenses des différents régimes qui se sont succédés, l’accès à l’eau potable reste toujours une problématique majeure à Soum. « Depuis la panne du forage Soum/Thiare en 2015, les populations se ravitaillent à partir de l’eau de puits traditionnels jusqu’à nos jours ».
Par ailleurs ajoute Ngor Léon Diop, « une étude du nouveau réseau de la Sones a été enclenchée par le Ministère de l’eau et de l’assainissement pour permettre au village de Soum d’être connecté dans le réseau Sen’ eau. Mieux, le transfèrement d’eau à partir de Ndiayene Moussa Ndiaye avait été aussi envisagé mais cette solution reste toujours attendu par les populations et les années passent les unes des autres ».
L’éducation présente des fortunes diverses depuis que la première école élémentaire a été créée en 1959-60. Et dont les locaux nécessitent aujourd’hui une cure de jouvence à travers la réalisation de nouvelles salles de classes mais aussi d’autres bâtiments pour le bureau du directeur et pour les enseignants en plus d’une salle informatique. La réfection des anciennes salles de classe aussi est souhaitée. Aujourd’hui, la commune abrite plusieurs écoles élémentaires, un lycée mixte créé en 2012, un collège d’enseignement moyen franco arabe, des daaras modernes et une case des tout-petits. L’érection d’un nouveau lycée moderne est très souhaitable dans la commune de Soum. Il était aussi prévu un centre de formation professionnelle qui n’a encore pas le jour jusqu’à présent.
En tout cas, tout laisse croire que beaucoup de choses restent à faire dans cette commune du département de Foundiougne.
Reportage de Mohamadou SAGNE
