Cheikh Mbacké Sène: «L’Afrique doit se réarmer stratégiquement pour sortir de l’ornière

0
IMG-20250708-WA0060

Cheikh Mbacké SENE est un expert reconnu en intelligence économique et l’un des analystes en politiques publiques les plus brillants de sa génération. Essayiste et conseiller stratégique, il intervient depuis plusieurs années dans les domaines de l’entrepreneuriat, du développement territorial et de la gouvernance économique. Son parcours l’a amené à collaborer avec diverses institutions africaines et internationales, à concevoir des réformes et à porter la voix d’une Afrique exigeante, lucide et résolument tournée vers l’innovation et la justice sociale.

À travers son dernier ouvrage, Cheikh Mbacké SENE lance un appel fort : l’Afrique doit cesser de subir pour enfin bâtir. Dans cet entretien exclusif, il plaide pour un réarmement stratégique du continent, fondé sur la souveraineté, l’industrialisation et l’innovation. Un projet de transformation lucide et ambitieux.
Entretien

Votre ouvrage «Bâtir l’Afrique de demain : défis, espoirs et révolutions économiques » tombe à point nommé. Quel message souhaitez-vous porter à vos lecteurs ?
L’Afrique est à la croisée des chemins. La fracture entre son potentiel inouï et sa réalité socioéconomique reste béante. Mais elle n’est pas une fatalité. Ce livre est un appel à cesser d’être spectateur de notre destin et à prendre la main pour construire un avenir qui soit à la hauteur de nos ambitions et de nos besoins réels. Pour cela, il faut d’abord réformer en profondeur nos outils de gouvernance et nos modèles de développement, car ils sont pour beaucoup obsolètes.

Vous évoquez plusieurs «révolutions économiques». Quels sont les leviers prioritaires selon vous ?


Trois leviers cruciaux. D’abord, la réappropriation souveraine : sans contrôle sur nos monnaies, nos données, nos ressources et nos politiques industrielles, l’Afrique restera captive. Ensuite, la révolution productive, c’est-à-dire l’industrialisation contextualisée à l’échelle régionale, fondée sur l’intégration et la montée en valeur des chaînes africaines. Enfin, la révolution de l’innovation : le continent foisonne d’initiatives, mais manque encore d’écosystèmes robustes pour les catalyser à grande échelle.

Le concept de « souveraineté » est souvent évoqué mais rarement traduit en actes. Comment le rendre opérationnel ?


La souveraineté doit cesser d’être un slogan et devenir un projet pragmatique. Cela implique par exemple de construire nos propres instruments monétaires adaptés, de réguler efficacement les flux financiers, de renforcer nos capacités de recherche appliquée et d’avoir des politiques agricoles et industrielles qui répondent aux réalités locales, sans diktats extérieurs. Bref, c’est un chantier de transformation des institutions et des mentalités.

La jeunesse africaine est souvent décrite comme un défi majeur. Comment en faire une force ?
La jeunesse est un capital inestimable si elle est habilitée. Pour cela, il faut réinventer l’éducation, la formation professionnelle et l’accès à l’emploi, mais aussi favoriser l’esprit d’entreprise. L’Afrique doit créer un environnement propice à l’émergence de leaders innovants et engagés. C’est un enjeu de survie sociale et de cohésion.

Quels conseils donneriez-vous aux décideurs politiques et économiques qui veulent impulser ce changement ?


Cinq impératifs à mon sens :

Instaurer une gouvernance tournée vers l’efficacité et la transparence.

Développer des stratégies industrielles régionales cohérentes et ambitieuses.

Renforcer la diplomatie économique pour défendre les intérêts du continent.

Investir massivement dans les technologies et l’économie numérique.

Mettre en place des mécanismes financiers souverains et innovants.

En une phrase, comment résumeriez-vous la trajectoire de l’Afrique dans les prochaines décennies ?


L’Afrique ne gagnera pas en marchant derrière les autres, elle gagnera en se réarmant stratégiquement, en innovant localement et en unissant ses forces.

Merci pour ce partage, Monsieur SENE.. Votre dernier mot


Merci à En Relief pour cette plateforme de réflexion libre et exigeante. Le débat africain est plus nécessaire que jamais.

La rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *