Au terme d’une mission de prospection en Turquie, du 7 au 11 octobre 2026, le ministre de l’Urbanisme, Moussa Bala Fofana, a franchi un cap dans la mobilisation de partenaires industriels et financiers. Une convention-cadre avec AY YILDIZ CELIK et DELTA GROUPE prévoit un investissement de 1 000 milliards de FCFA pour la réalisation de 50 000 logements sur cinq ans. En parallèle, des perspectives de coopération avec DEHA TECH se dessinent pour la restructuration urbaine de Touba.

Le Sénégal veut changer d’échelle dans sa politique de l’habitat. Et la Turquie pourrait devenir un partenaire stratégique de cette ambition. En déplacement du 7 au 11 octobre 2026, le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires, Moussa Bala Fofana, a placé sa mission sous le signe de l’investissement, de l’industrialisation du bâtiment et de la transformation durable des villes.
Au cœur des avancées annoncées figure la signature d’une convention-cadre tripartite entre l’État du Sénégal, AY YILDIZ CELIK et DELTA GROUPE. L’accord porte sur un investissement prévisionnel de 1 000 milliards de FCFA pour construire 50 000 logements sur cinq ans, avec une première phase prioritaire de 1 000 unités. Un engagement d’envergure qui, s’il se concrétise dans ses modalités techniques et financières, pourrait donner une nouvelle impulsion au Programme national de Renouveau urbain et d’Habitat social (PNRUHS).
50 000 logements : l’ambition change d’échelle
Au-delà du montant annoncé, l’enjeu est de convertir cette perspective d’investissement en réalisations concrètes, accessibles aux ménages sénégalais. La première phase de 1 000 logements doit permettre d’engager les opérations initiales, sous réserve de la confirmation des conditions de mise en œuvre.
Pour les pouvoirs publics, le défi consiste désormais à réunir les conditions nécessaires au démarrage : sécurisation du foncier, identification des sites, finalisation des montages techniques et financiers et maîtrise des coûts de construction. Autant de paramètres déterminants pour faire passer la convention-cadre du stade des engagements à celui des chantiers.
Cette orientation s’inscrit dans la stratégie du PNRUHS, qui entend associer foncier public, investissements privés et méthodes de construction industrialisées. L’objectif est double : élargir l’accès à un logement décent et abordable et faire émerger une véritable industrie nationale du bâtiment, créatrice d’emplois et de valeur ajoutée.
L’industrialisation, autre levier de la mission
La mission turque ne s’est pas limitée à la mobilisation de financements. La visite des installations de KARINCA a permis d’explorer les possibilités offertes par les technologies de construction préfabriquée. Ces procédés pourraient contribuer à réduire les délais et les coûts de réalisation, tout en ouvrant la voie à l’implantation d’unités de production au Sénégal.
À travers ces perspectives de transfert de technologies, l’ambition est aussi de renforcer les capacités des entreprises locales et de favoriser l’émergence d’un tissu industriel capable de répondre durablement aux besoins nationaux en logements.
Les échanges avec TOKİ, organisme public turc auquel sont attribués environ 1,7 million de logements réalisés depuis 2002, ont également porté sur les mécanismes de production de logements sociaux à grande échelle et les politiques de renouvellement urbain. La démolition-reconstruction des bâtiments menaçant ruine, particulièrement dans les quartiers denses, figure parmi les expériences susceptibles d’alimenter la réflexion sénégalaise.
Touba, au-delà du logement
L’autre axe fort de cette mission concerne Touba. Les discussions avec DEHA TECH, groupe industriel déjà présent au Sénégal, ont ouvert des perspectives de partenariat pour accompagner la restructuration urbaine de la cité religieuse.
L’approche envisagée dépasse la seule construction de logements. Elle intègre les besoins en approvisionnement en eau, en assainissement, en énergie et en infrastructures essentielles. Autrement dit, il s’agit de penser la ville dans sa globalité, en articulant habitat, équipements collectifs et services de base.
Dans une agglomération confrontée à d’importants besoins d’aménagement, cette perspective renvoie à un enjeu majeur : faire du renouveau urbain un instrument d’amélioration du cadre de vie, plutôt qu’une simple opération immobilière.
À ce stade, les échanges constituent une ouverture vers un partenariat dont les contours techniques et financiers restent à préciser. Leur concrétisation dépendra notamment de la définition des priorités, des projets concernés et des modalités d’intervention des différents acteurs.
Des engagements aux réalisations
À travers cette mission, Moussa Bala Fofana défend une approche dans laquelle le logement devient un levier de transformation économique et sociale. La mobilisation du secteur privé, l’industrialisation de la construction et la restructuration des espaces urbains sont appelées à se renforcer mutuellement.
La prochaine étape sera décisive : finaliser les montages, identifier les sites et préparer le lancement de la première phase de 1 000 logements. C’est à l’aune de ces avancées que se mesurera la portée réelle des engagements annoncés en Turquie.
L’ambition affichée par le ministre tient en une ligne directrice : transformer les engagements en investissements, les investissements en chantiers et les chantiers en logements accessibles aux Sénégalais.
Avec le partenariat annoncé pour 50 000 logements et les perspectives ouvertes pour Touba, la mission turque pose ainsi les jalons d’une coopération qui entend conjuguer habitat social, industrialisation et renouveau urbain.
Abdou Latif NDIAYE
