C’est le propre des empires politiques en déclin que de voir leurs certitudes d’hier se transformer en tragédies d’aujourd’hui.
L’Alliance pour la République (APR) vit actuellement une ironie du sort monumentale, un retour de bâton historique qui résonne comme une leçon de réalisme politique.
Pendant douze ans, alors que le parti trônait au sommet de l’État, une véritable citadelle s’était dressée autour du chef. Une armée de cadres brillants, de sympathisants, de nouveaux militants prêts à s’engager et d’intellectuels dévoués se bousculaient aux portes du président du parti, espérant une reconnaissance politique, une responsabilité ou, simplement, une audience. En vain.
Ignorés, combattus ou systématiquement barrés par des cerbères zélés, ces cadres étaient condamnés à l’invisibilité.
Le dogme du parti semblait alors implacable : seuls les ministres, les directeurs généraux et, surtout, les maires étaient choyés, financés et sacralisés comme les seuls leaders légitimes.
Dans les communes, la porte d’entrée de l’APR était, de fait, privatisée par le maire de la localité.
Face à cette situation et à ce schéma jugé étouffant, de nombreux cadres n’eurent d’autre choix que de « laver leur honneur » dans le secret des urnes, en créant des listes parallèles.
Lors des élections locales, la sanction fut sans appel : une véritable déculottée pour plusieurs maires officiels, battus par ces « bannis » du parti.
Mais au lieu de sanctionner ce qui était perçu comme de l’arrogance et de récompenser le mérite, la direction de l’APR choisit, selon cette lecture, de privilégier la réconciliation avec les dissidents. À l’approche des législatives de 2022, le parti réintégra ces maires issus des listes parallèles, les réinstalla au cœur du dispositif, les soutint financièrement et leur confia à nouveau des responsabilités.
Puis vint le séisme de mars 2024 : la perte du pouvoir.
En l’espace de quelques semaines, le masque du « leadership » local est tombé. Ces maires tant choyés, ces courtisans hyper-responsabilisés que l’APR croyait avoir fidélisés à coups de privilèges, ont, selon l’auteur, été parmi les premiers à quitter le navire.
Sous le regard impuissant d’une direction de parti sonnée, ils ont rejoint, pour beaucoup, les nouvelles forces au pouvoir, notamment PASTEF, avant de rallier la coalition Diomaye Président, puis, pour certains, la coalition KIIRAAY.
Ils sont partis avec une partie des ressources, des réseaux et des relais politiques que l’APR leur avait permis de consolider.
Aujourd’hui, le décor de l’APR offre une ironie cinglante.
Qui reste-t-il pour défendre la maison ? Qui occupe les lignes de front face à la tempête ?
Ce sont précisément ces cadres de l’ombre, ces militants oubliés qui n’ont jamais été suffisamment entretenus, soutenus ou valorisés et que l’on snobait hier.
Le parti se retrouve ainsi confronté à une double peine : déplorer le départ de ceux qu’il avait largement accompagnés et solliciter aujourd’hui la loyauté de ceux qu’il avait longtemps laissés en marge.
La politique a ses propres lois. Et l’histoire des partis rappelle parfois, avec une redoutable ironie, que la fidélité négligée hier peut devenir la principale force sur laquelle il faut compter demain.
Aliou Faye
Alliance pour la République (APR)
Coordonnateur du Mouvement AND DEKAL YAKAAR
