Il y a des moments où la politique s’arrête là où commence la République. À New York, Bassirou Diomaye Diakhar Faye vient d’en donner une illustration particulièrement forte.
Le 24 septembre 2026, à la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a renouvelé officiellement son soutien à la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU. Mieux encore, il a appelé les États membres à soutenir cette candidature portée désormais par le Sénégal.
Ce geste dépasse largement la personne de Macky Sall. Il dépasse également les clivages politiques qui ont profondément marqué l’alternance de 2024.
Car il faut mesurer la portée de la scène : un Président de la République nouvellement élu, issu d’une famille politique qui s’est longtemps opposée au régime précédent, choisit de défendre à la plus haute tribune diplomatique mondiale la candidature de celui qui fut son prédécesseur.
Ce n’est pas une affaire de revanche, encore moins de reniement politique.
C’est une affaire d’État.
Dès juillet, après avoir reçu Macky Sall au Palais de la République, Bassirou Diomaye Faye avait accordé le soutien officiel du Sénégal à sa candidature et demandé au Gouvernement ainsi qu’au réseau diplomatique sénégalais de la promouvoir auprès des États membres de l’ONU. La Présidence avait alors mis en avant le dialogue, la continuité de l’État et la défense des intérêts supérieurs de la Nation.
À New York, le Président est allé plus loin.
Il a expliqué que l’ONU avait besoin d’un leadership capable de « parler à tous, d’écouter et de bâtir des ponts entre les États membres », avant d’associer cette vision à la candidature de Macky Sall.
Le symbole est puissant.
Parce qu’au Sénégal, nous avons souvent tendance à considérer l’adversaire politique comme un adversaire permanent. Or, l’intérêt national impose parfois de savoir distinguer la compétition partisane de la responsabilité d’État.
On peut avoir combattu un homme politiquement et reconnaître, lorsqu’il s’agit d’une candidature internationale, qu’il est avant tout un ancien chef d’État et un compatriote dont la candidature engage l’image du Sénégal.
C’est précisément cette distinction que Bassirou Diomaye Faye semble avoir opérée.
Le Président n’a pas demandé aux Sénégalais d’oublier leurs désaccords politiques. Il a simplement considéré que, sur cette question diplomatique, le Sénégal pouvait parler d’une seule voix.
Et cette démarche mérite d’être regardée à travers le prisme de la continuité républicaine.
Les hommes passent. Les majorités changent. Les gouvernements se succèdent. Mais l’État demeure.
C’est toute la différence entre une République réduite aux rapports de force partisans et une République capable de porter des intérêts qui dépassent les alternances.
À New York, Bassirou Diomaye Faye a également défendu une vision du multilatéralisme fondée sur le dialogue, la coopération et le droit. Il a appelé à construire « des ponts plutôt que des murs », à privilégier « le dialogue plutôt que la confrontation » et « la coopération plutôt que l’isolement ».
Cette philosophie donne encore davantage de relief à son soutien à Macky Sall.
Car le message envoyé par le Sénégal à la communauté internationale est clair : nos divergences politiques ne nous empêchent pas de nous retrouver lorsque l’intérêt national est en jeu.
Voilà peut-être l’une des forces du Sénégal.
Un pays de débats parfois passionnés, de confrontations politiques parfois rudes, mais qui conserve une capacité à faire vivre le dialogue et les institutions.
Il ne s’agit pas de transformer cette séquence en récit idyllique de la politique sénégalaise. Le Sénégal connaît ses fractures, ses désaccords et ses controverses. Mais précisément, la valeur d’une démocratie se mesure aussi à sa capacité à dépasser certaines de ses querelles lorsque l’intérêt supérieur de la Nation l’exige.
Et cette image envoyée depuis New York est forte : Bassirou Diomaye Faye parle au nom du Sénégal pour soutenir Macky Sall, non pas comme chef d’un parti, mais comme chef de l’État.
C’est là toute la différence.
Le Sénégalais peut être fier de voir son pays capable de porter une candidature nationale au-delà des clivages partisans.
L’ancien Président peut être Macky Sall.
Le Président en exercice peut être Bassirou Diomaye Faye.
Mais lorsque la diplomatie sénégalaise s’exprime au nom de la République, c’est le même drapeau qui flotte.
C’est cela aussi, le Sénégal.
Un Sénégal qui peut connaître l’alternance sans transformer l’alternance en rupture de l’État.
Un Sénégal où le désaccord politique n’interdit pas le respect républicain.
Un Sénégal où un Président peut défendre, devant le monde entier, la candidature internationale de son prédécesseur.
Un Sénégal qui montre qu’une démocratie n’est pas seulement la capacité de changer de dirigeants, mais aussi celle de préserver ce qui appartient à la Nation au-delà des personnes et des partis.
À la tribune des Nations unies, Bassirou Diomaye Faye n’a donc pas seulement parlé de Macky Sall. Il a, à sa manière, parlé du Sénégal.
Et le message mérite d’être retenu : quand l’intérêt du Sénégal est en jeu, le Sénégal doit savoir parler d’une seule voix.
Le Sénégal d’abord. La République au-dessus des clivages. Et la Nation avant les querelles partisanes.
Mamadou Biguine Gueye
