Les professionnels de la filière des ferrailles et des métaux appellent les pouvoirs publics à ouvrir un dialogue autour des conditions d’exercice de leur activité. Dans une résolution datée du 23 septembre 2026, Serigne Momar Sokhna, président de la Coopérative des Ferrailleurs de Kaolack et des Exportateurs de métal du Sénégal, demande notamment le réexamen de certaines dispositions réglementaires encadrant le secteur.
Au cœur des préoccupations soulevées figure l’Arrêté n°000530 du 10 janvier 2024, notamment son article 16. Selon les professionnels concernés, ce texte a introduit de nouvelles exigences relatives aux conditions d’exercice de l’activité, parmi lesquelles la disposition portant sur un dépôt de 5 000 m² et une capacité financière de 500 millions de francs CFA.
Les représentants de la filière estiment que ces nouvelles conditions méritent un examen juridique et économique approfondi, particulièrement pour les opérateurs ayant réalisé des investissements sous le régime réglementaire antérieur. Ils font notamment référence au Décret n°2016-624 du 24 mai 2016, qui avait fixé un précédent cadre d’exercice de l’activité.
Des investissements à préserver
Dans leur résolution, les professionnels insistent sur le fait que leur démarche ne vise ni une institution, ni une personne, ni une entreprise en particulier. Ils souhaitent, selon leur déclaration, obtenir un cadre « clair, cohérent, transparent et accessible » aux opérateurs désireux d’exercer légalement.
À titre illustratif, Serigne Momar Sokhna indique que son entreprise dispose d’un dépôt opérationnel de 2 054 m² à la Zone industrielle de Thiaroye et affirme avoir engagé des investissements dans la logistique et l’organisation de ses activités.
Pour les acteurs concernés, la question dépasse ainsi le seul cas de l’ETS Serigne Momar Sokhna. Elle concerne, selon eux, l’ensemble des professionnels ayant investi dans la filière et créé des emplois dans le respect des règles qui leur étaient applicables.
Des demandes adressées aux autorités
Face à cette situation, les professionnels demandent notamment le réexamen des effets de l’article 16 de l’Arrêté n°000530, l’examen de sa cohérence avec le cadre réglementaire antérieur ainsi que le réexamen des demandes de renouvellement de licence des opérateurs concernés.
Ils souhaitent également que les investissements déjà réalisés soient pris en compte et qu’une concertation soit engagée avec les organisations représentatives de la filière.
« Nous ne demandons aucun privilège », soutiennent-ils, précisant qu’ils ne sollicitent pas la suppression de la réglementation, mais plutôt des règles qu’ils jugent « claires, cohérentes, transparentes et appliquées dans des conditions équitables ».
Un recours gracieux déjà engagé
Dans le cadre de cette démarche, Serigne Momar Sokhna indique avoir adressé un recours gracieux au ministre de l’Industrie et du Commerce. L’objectif affiché est d’obtenir un réexamen de la situation par les voies administratives et de privilégier une solution par le dialogue.
Dans la résolution, les professionnels indiquent que, faute d’avancée jugée satisfaisante, ils envisagent, dans le respect des procédures administratives, de saisir successivement le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo puis le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
Des enjeux qui dépassent les exportateurs
Au-delà des questions de licences et de réglementation, les professionnels mettent en avant les retombées économiques de la filière. Celle-ci mobilise différents acteurs, notamment les collecteurs, ferrailleurs, chauffeurs, manutentionnaires, employés et fournisseurs.
Ils alertent ainsi sur les conséquences que pourrait avoir une difficulté prolongée de l’activité sur l’ensemble de cette chaîne économique.
Tout en réaffirmant leur respect des institutions, les signataires se disent favorables au renforcement de la traçabilité, à la lutte contre les pratiques frauduleuses et à la professionnalisation du secteur.
Ils plaident toutefois pour que ces objectifs puissent être poursuivis sans compromettre, selon eux, les investissements déjà réalisés ni exclure les opérateurs souhaitant exercer légalement.
La résolution se conclut par un appel à la concertation avec les pouvoirs publics. Les professionnels réaffirment leur volonté de poursuivre leurs activités, d’investir, de respecter la réglementation et de contribuer à l’économie nationale, tout en demandant un cadre juridique qu’ils souhaitent « clair, transparent et équitable ».
Mouhamed Moustapha Camara Correspondant à Kaolack
