Le Directeur de l’Aménagement urbain et de la Restructuration défend la compétence de l’État sur le Domaine public maritime et appelle à dépasser la polémique autour des équipements chinois et du projet de la Corniche.
Le bras de fer autour de l’aménagement de la Corniche Ouest de Dakar prend une nouvelle tournure. Face aux tensions entre l’État et la Ville de Dakar, Momar Ndiaye, Directeur de l’Aménagement urbain et de la Restructuration, hausse le ton et rappelle la prééminence de l’État sur les emprises relevant du Domaine public maritime (DPM).
Pour lui, le différend ne relève pas d’abord d’un problème de coordination administrative, mais d’une question de compétence juridique. « En droit positif sénégalais, la règle est claire : le Domaine public maritime relève de la compétence de l’État », soutient-il, rappelant que la Corniche Ouest constitue une dépendance du DPM.
Selon le responsable, l’AGETIP intervient dans ce dossier en qualité de mandataire de l’État, dans le cadre d’un projet déclaré d’utilité publique. La Ville de Dakar, estime-t-il, peut formuler des propositions et donner son avis, mais ne saurait décider unilatéralement sur ces emprises ni y installer des équipements sans autorisation.
«Le choix de la confrontation au lieu du dialogue»
Momar Ndiaye met également en avant les efforts de concertation engagés autour du dossier. Une réunion regroupant les différents acteurs aurait notamment permis à l’AGETIP de proposer des sites alternatifs pour accueillir les équipements offerts par le gouvernement chinois, sans remettre en cause le projet du « Dragon ».
«Choisir d’installer sur une emprise non prévue, c’est faire le choix de la confrontation au lieu du dialogue », déplore-t-il.
Et le Directeur de l’Aménagement urbain de prévenir : « Personne ne gagne dans une confrontation. Tout le monde perd : les jeunes, le don et la crédibilité du pays. »
C’est dans ce contexte qu’il lâche la formule qui risque de faire débat : « Un maire qui refuse de collaborer avec l’État sur un projet d’intérêt national devient un danger public. » Pour lui, un tel blocage pourrait compromettre des investissements annoncés à hauteur de 18,4 milliards de FCFA, notamment dans le cadre de la réhabilitation de la Corniche et des préparatifs des JOJ Dakar 2026.
La réponse au «banditisme»
Le responsable réagit également aux accusations de « banditisme » visant l’intervention de l’AGETIP. Une qualification qu’il juge « inacceptable » et constitutive, selon lui, d’une « faute institutionnelle grave ».
Il estime que l’AGETIP, agissant pour le compte de l’État, exerce une mission dans le cadre d’un projet d’utilité publique. Dès lors, assimiler son intervention à du « banditisme » reviendrait, à ses yeux, à mettre en cause l’autorité de l’État et ses instruments d’exécution.
Momar Ndiaye appelle ainsi à davantage de responsabilité dans les prises de parole publiques. Il salue, au passage, l’attitude du ministre en charge de l’Urbanisme et souligne la nécessité d’un dialogue permanent entre l’État, l’AGETIP et les collectivités territoriales.
18,4 milliards de FCFA en jeu
Au-delà du contentieux institutionnel, le Directeur de l’Aménagement urbain insiste sur l’enjeu financier et stratégique du projet. Avec un investissement de 18,4 milliards de FCFA et une échéance annoncée au 30 septembre, le chantier de la Corniche Ouest s’inscrit, selon lui, dans une logique d’efficacité et de célérité à l’approche des JOJ Dakar 2026.
Mais l’urgence, prévient-il, ne doit pas conduire à sacrifier la concertation. « Il s’agit moins de faire de la politique politicienne que de conjuguer urgence et concertation, efficacité et respect des règles », plaide-t-il.
«Un compromis est possible»
Malgré la fermeté de ses propos, Momar Ndiaye se dit favorable à une solution négociée. Il estime qu’un compromis doit permettre de préserver les équipements sportifs offerts par la Chine, d’assurer la poursuite du projet de l’AGETIP et de maintenir la Corniche comme un espace public ouvert à tous.
Son appel est donc double : respecter les compétences de chacun et instaurer un cadre permanent de concertation.
« Soit on ignore les textes, soit on fait de la manipulation. Dans les deux cas, le résultat est le même : du gâchis et des équipements qui risquent d’être démontés », avertit-il.
Adjoint au maire chargé de l’Urbanisme, des Infrastructures et des Transports à la commune des Parcelles Assainies et président du parti ANSAR (And Samm Reew Mi), Momar Ndiaye se retrouve ainsi au cœur d’un débat qui dépasse le seul aménagement de la Corniche : celui de la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales.
Pour lui, une seule voie demeure viable : « Respecter la loi, mettre en place un cadre de concertation permanent entre l’État, l’AGETIP et la Ville, et privilégier l’intérêt des populations. »
Abdou Latif NDIAYE
