Mamadou Diouf à l’état civil. « Diouf Long », l’appelait-on affectueusement à Fatick. Il est originaire de Mbangam, son village natal.
À l’école de Ndouck, comme dans bien d’autres établissements où il a exercé, son nom est resté associé à une certaine idée de l’instituteur : celui qui enseigne, qui exige, qui corrige, qui éduque, mais surtout celui qui marque durablement ses élèves.
Monsieur Diouf était un instituteur exceptionnel.
Toujours correct dans sa mise, rigoureux dans son travail, compétent et exigeant, il pouvait paraître sévère, parfois même redoutable. Mais derrière cette rigueur se cachait un homme profondément attachant, très taquin, qui savait merveilleusement faire rire ses élèves.
Ses anecdotes, souvent savoureuses, et les contes qu’il nous racontait entre deux leçons sont encore gravés dans nos mémoires. Il avait cette capacité rare de rendre l’apprentissage vivant. Avec lui, la classe n’était jamais tout à fait ordinaire. Il savait capter notre attention, nous faire réfléchir, nous faire rire… et, parfois aussi, nous faire trembler !
Car Monsieur Diouf ne badinait pas avec le travail.
Pour un détail, une erreur qu’il jugeait évitable, un problème mal posé ou une seule opération faussée, la sanction pouvait tomber lourdement. Il lui arrivait même de punir sévèrement l’ensemble des élèves fautifs. Sa rigueur était légendaire.
Mais cette exigence procédait d’une conviction profonde : celle que l’enfant devait apprendre à travailler sérieusement, à respecter les règles et à donner le meilleur de lui-même.
Et quelle assiduité !
Monsieur Diouf était très rarement absent. Je me souviens particulièrement des fins de mois où, à cette époque, il devait se rendre à Kaolack pour percevoir son salaire.
Il passait d’abord par l’école, nous donnait des exercices, puis prenait le chemin de la gare routière.
Et nous, naïvement, nous espérions peut-être qu’il ne reviendrait pas avant le lendemain !
Mais notre espoir était de courte durée. Après avoir perçu son salaire à Kaolack, Monsieur Diouf reprenait directement le chemin de l’école pour revenir en classe poursuivre son travail.
Quelle désillusion pour nous, les élèves !
Avec le recul, cette petite anecdote me fait aujourd’hui sourire. Elle dit beaucoup de l’homme qu’il était : un enseignant profondément attaché à sa mission, pour qui l’école ne pouvait être abandonnée au moindre prétexte.
Des années ont passé. Les générations se sont succédé.
Les méthodes ont changé, la société a évolué et l’école elle-même n’est plus tout à fait celle de notre enfance.
Mais certains enseignants ne disparaissent jamais vraiment.
Ils demeurent dans la mémoire de leurs élèves, dans leurs paroles, dans leurs gestes, dans les valeurs qu’ils leur ont transmises et jusque dans les souvenirs les plus anodins de leur enfance.
Monsieur Mamadou Diouf est de ceux-là.
On ne peut probablement pas tout dire de cet homme en quelques lignes. Il faudrait des pages et des pages pour raconter ses exigences, ses colères, ses plaisanteries, ses anecdotes, ses leçons et toutes ces petites scènes qui ont contribué à façonner tant de générations d’écoliers.
Ce qui est certain, c’est que les générations d’élèves qu’il a formées semblent unanimes sur l’essentiel : Monsieur Diouf était un grand instituteur et un éducateur de valeur.
Il était un condensé de rigueur, de compétence, de discipline, de générosité et d’humanité.
Aujourd’hui, lorsque nous repensons à cet homme qui nous faisait parfois trembler autant qu’il nous faisait rire, nous comprenons peut-être mieux ce que nous ne pouvions pas saisir lorsque nous étions enfants : derrière le maître sévère se trouvait un homme qui croyait profondément à l’école, au travail et à la réussite de ses élèves.
Ce 14 août, Diouroup a célébré l’un de ses fils.
Pour ses anciens élèves, cette célébration était aussi celle d’un maître, d’un éducateur et d’un homme dont l’empreinte demeure intacte, des décennies après.
Certains enseignants transmettent des connaissances. Les plus grands transmettent aussi des valeurs et laissent une trace.
Monsieur Mamadou Diouf appartient incontestablement à cette seconde catégorie.
Mamadou Biguine Gueye
Ancien élève de M. Diouf – CM2, 1988
