Sénégal : l’exécutif, le législatif et les gardiens de la confusion
La dissonance qui secoue le landernau politique sénégalais n’a pas fini de livrer son lot de surprises et de confusion. A peine éjecté de son poste de Premier ministre le vendredi 22 mai 2026, le leader du parti Pastef, Ousmane Sonko siège désormais au perchoir de l’Assemblée nationale du Sénégal à la suite d’une procédure parlementaire accélérée et orchestrée en 72 heures.
La lisibilité démocratique en Afrique n’est pas un long fleuve tranquille encore moins une sinécure. Certaines démocraties africaines sont jalonnées d’une certaine opacité organisée, où la confusion institutionnelle devient un mode de domination politique. Un constat qui rejoint le récit du politologue camerounais, Achille Mbembe qui dans son ouvrage intitulé “De la postcolonie”, décrit le pouvoir africain postcolonial comme un pouvoir qui prospère dans l’ambiguïté institutionnelle et la confusion des rôles républicains. En effet, la lecture politique qui découle de la situation actuelle du Sénégal conforte cette assertion. L’état actuel de la démocratie sénégalaise est mis à mal et in fine plongé dans une doctrine absconse qui s’est matérialisée par l’élection de Ousmane Sonko, à la tête de l’Assemblée nationale, le mardi 26 mai 2026. Une élection qui est jugée illégale par bon nombre de constitutionnalistes au regard de la démission officielle du sieur Sonko de son mandat de député de la 15e législature le 2 décembre 2024, lors de l’installation de la nouvelle Assemblée nationale. Ainsi, la surprise et la confusion sont établies au lendemain de son éviction du gouvernement. En moins de trois jours, celui qui est dépeint par ses invétérés suppôts comme le guide de la révolution sénégalaise prend furtivement les commandes de la deuxième institution du Senegal. Entretemps, le chemin de son perchoir a été méticuleusement balisé par son prédécesseur El hadj
Malick Ndiaye, un de ses fidèles lieutenants, qui dans la foulée de sa démission évoque un “choix personnel, guidé avant tout par la conception des institutions, la responsabilité publique et l’intérêt supérieur de la Nation”. Cependant, ce libellé teinté de justificatif qui peine à convaincre les affidés, est une des pratiques aux antipodes du règlement intérieur de cette assemblée nationale qui doit être empreinte de vérité démocratique et non de vélléités d’un parti politique. Et le résultat de ce bon vouloir des politiciens mène la plèbe sénégalaise vers l’indécision institutionnelle avec en toile de fond une crise socio-politique abyssale.
Une situation politique grabataire et confuse qui risque de plomber encore plus le pays dans des lendemains obscurs. A ce stade, la question qui s’impose alors est de savoir quelle réponse apportera le pouvoir exécutif, détenteur de la force légale. Le Président de la République,
Bassirou Diomaye Faye, adulé par sa coalition qui voit en lui, le gardien de la constitution, une vérité constitutionnelle, dont revendiquent outrageusement les membres de la “coalition Diomaye”, coordonnée par Aminata Touré, premier ministre de 2013 à 2014 sous le magistère de l’ancien President Macky Sall.
Le President Faye usera-t-il des prérogatives stipulées dans l’article 52 de la constitution qui lui confère des pouvoirs exceptionnels en cas de menace grave contre les institutions ou la Nation, tout en encadrant leur usage par des garde-fous parlementaires et constitutionnels?
Du côté du pouvoir législatif, Ousmane Sonko et les députés de sa formation politique, Pastef, qui se positionnent dorénavant comme un contre-pouvoir, ne manqueront pas d’exercer un contrôle de l’action gouvernementale ? “L’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement, elle contrôlera l’action gouvernementale, exercera pleinement ses
prérogatives constitutionnelles, défendra la transparence des finances publiques, la reddition des comptes et la souveraineté populaire”, a martelé M. Sonko, lors de sa première prise de parole en tant que Président de l’Assemblée nationale.
Dans cette guéguerre politique entre le camp qui se réclame « gardien de la révolution » et celui qui s’auto-proclame « gardien de la constitution », lequel remportera la bataille de l’opinion publique, de surcroît de l’électorat sénégalais pour les joutes électorales de 2027 et 2029, l’avenir est le seul et unique juge qui pourra nous édifier. En attendant, le peuple sénégalais croule sous les affres de la décadence de l’économie marquée notamment par l’évitement d’un défaut de paiement.
Ablaye Modou Ndiaye, correspondant à Paris
