Les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 constituent une occasion historique pour le Sénégal. Pour la première fois, l’Afrique accueillera un événement olympique de cette dimension.
Cette première ne doit cependant pas être seulement celle des athlètes, des délégations et des organisateurs. Elle doit être celle de tout un peuple.
La réussite des JOJ ne se mesurera pas uniquement à la qualité de l’organisation des compétitions. Elle se mesurera également à la capacité du Sénégal à faire vivre les Jeux dans les territoires, à mobiliser sa jeunesse, ses familles, ses associations, ses collectivités territoriales, son mouvement sportif, son secteur culturel et son secteur privé.
Il convient donc de passer d’une logique de spectateurs des Jeux à une logique de population actrice des Jeux.
I. MOBILISER LE MOUVEMENT SPORTIF : LES FÉDÉRATIONS COMME PREMIERS RELAIS DES JOJ
Les fédérations sportives dont les disciplines figurent au programme des JOJ doivent être placées au cœur de la stratégie de mobilisation.
Chaque fédération pourrait être invitée à élaborer un véritable plan de mobilisation de son environnement sportif, en s’appuyant notamment sur ses clubs, ses ligues, ses districts, ses écoles de sport et ses licenciés.
1. Organiser la présence des jeunes licenciés
Pendant toute la durée des compétitions, chaque fédération pourrait organiser, en fonction du calendrier, le convoyage quotidien de jeunes licenciés vers les sites de compétition.
L’objectif serait double :
– permettre aux jeunes pratiquants de découvrir le haut niveau ;
– créer une véritable culture olympique auprès de la nouvelle génération.
Un jeune judoka assistant à une compétition de judo, un jeune athlète découvrant les épreuves d’athlétisme ou un jeune basketteur vivant l’ambiance d’un match des JOJ pourrait devenir demain un ambassadeur de sa discipline et du mouvement olympique.
Il ne s’agit donc pas seulement de remplir les tribunes, mais de former et de fidéliser les futurs pratiquants et supporters du sport sénégalais.
2. Mobiliser l’environnement familial et social des licenciés
Chaque licencié constitue également un point d’entrée vers son environnement immédiat.
Les fédérations pourraient ainsi encourager leurs clubs à mobiliser :
– les parents des licenciés ;
– leurs frères et sœurs ;
– leurs amis ;
– leurs voisins ;
– les anciens licenciés ;
– les associations de quartier.
Cette démarche permettrait de transformer progressivement chaque licencié en ambassadeur des JOJ dans son quartier et dans sa communauté.
II. FACILITER LE TRANSPORT DES SUPPORTERS
La question du transport constitue une condition essentielle de la mobilisation populaire.
Il serait pertinent d’engager, en amont des Jeux, une concertation avec les opérateurs de transport et les transporteurs privés afin d’étudier la mise en place d’un dispositif spécifique de convoyage des supporters.
Des départs organisés pourraient être envisagés à partir de points de rassemblement identifiés dans les différents quartiers et communes.
Cette approche permettrait notamment de :
– faciliter l’accès aux sites de compétition ;
– réduire les difficultés liées au déplacement des familles ;
– sécuriser les flux de spectateurs ;
– favoriser la fréquentation régulière des compétitions.
Le transport doit ainsi être considéré comme un outil de mobilisation, et non comme une simple question logistique.
III. FAIRE DE LA CULTURE UN PILIER DE L’EXPÉRIENCE DAKAR 2026
Les JOJ ne doivent pas être uniquement vécus dans les stades et les sites de compétition.
Le volet culturel doit occuper une place centrale dans l’expérience des participants et des visiteurs.
Ce que les jeunes athlètes, leurs accompagnateurs et les visiteurs étrangers retiendront du Sénégal ne sera pas seulement lié à leurs performances sportives. Ils conserveront également le souvenir de l’accueil, de l’hospitalité, de la musique, des traditions, de l’artisanat, de la gastronomie et de la diversité culturelle sénégalaise.
Il convient donc d’associer pleinement les acteurs culturels et socioculturels à la dynamique des JOJ.
IV. MOBILISER LE RÉSEAU DES ACTEURS SOCIOCULTURELS
Le Sénégal dispose d’un tissu associatif exceptionnel qu’il convient de considérer comme une véritable force de mobilisation.
Une démarche spécifique pourrait être engagée auprès du réseau des acteurs socioculturels, qui regroupe plusieurs dizaines d’associations à caractère socioculturel et communautaire.
Des organisations et associations représentatives des différentes composantes culturelles du pays pourraient être associées à cette dynamique, notamment :
– Aguène et Diambogne ;
– les associations lebou ;
– Ndef Leng chez les Sérères ;
– ainsi que les nombreuses associations culturelles, communautaires et territoriales.
L’objectif ne serait naturellement pas de privilégier une communauté ou une identité particulière, mais au contraire de mettre en scène la richesse de la diversité culturelle sénégalaise dans un esprit d’unité nationale.
Une identité sénégalaise dans sa diversité
Dakar 2026 doit pouvoir donner à voir au monde un Sénégal qui assume pleinement sa diversité culturelle.
Chaque territoire, chaque communauté et chaque génération doit pouvoir apporter sa contribution à cette grande fête olympique.
La diversité culturelle doit ainsi devenir un facteur de cohésion, de dialogue et de rayonnement international.
V. ANIMER LES SITES DE COMPÉTITION ET LES SITES D’HÉBERGEMENT
La mobilisation culturelle ne devrait pas se limiter aux abords des sites de compétition.
Elle pourrait également concerner :
– les sites d’hébergement ;
– les espaces d’accueil ;
– les villages et espaces dédiés aux participants ;
– les zones de rassemblement ;
– les espaces publics proches des sites.
Des groupes artistiques, associations culturelles, troupes traditionnelles, jeunes créateurs et acteurs socioculturels pourraient être mobilisés pour proposer des animations adaptées.
L’objectif est de créer une ambiance permanente de fête olympique, tout en permettant aux visiteurs de découvrir les différentes facettes du Sénégal.
VI. FAIRE DE L’ARTISANAT UN AUTRE VECTEUR DE RAYONNEMENT
L’artisanat sénégalais doit également trouver sa place dans cette dynamique.
Des espaces pourraient être aménagés afin de permettre aux artisans et créateurs locaux de présenter :
– les savoir-faire traditionnels ;
– les créations contemporaines ;
– les produits artisanaux ;
– les objets inspirés de l’identité sénégalaise ;
– les créations réalisées par les jeunes.
Les JOJ peuvent ainsi constituer une vitrine exceptionnelle pour la créativité sénégalaise, tout en créant des opportunités économiques pour les artisans et les jeunes entrepreneurs.
VII. UNE MOBILISATION QUI DOIT ÊTRE TERRITORIALE
La mobilisation populaire ne peut pas être uniquement concentrée à Dakar.
Elle doit prendre appui sur les territoires et sur les structures qui connaissent les populations et disposent déjà de réseaux organisés.
Les collectivités territoriales, les services déconcentrés de l’État, les associations sportives, culturelles et de jeunesse, les établissements scolaires, les organisations communautaires et le secteur privé doivent être considérés comme des partenaires de cette mobilisation.
Il s’agit de construire une véritable chaîne nationale de mobilisation, dans laquelle chaque acteur connaît son rôle et contribue à la réussite des Jeux.
VIII. PASSER DE LA COMMUNICATION À L’ENGAGEMENT
Une campagne de communication classique ne suffira pas.
Il faut créer les conditions d’un engagement populaire.
Chaque Sénégalais doit pouvoir se dire :
«« Les JOJ Dakar 2026 ne sont pas seulement un événement qui se déroule chez nous. C’est un événement auquel nous participons. »»
Cette participation peut prendre plusieurs formes :
Venir voir les compétitions.
Encourager les athlètes.
Accompagner les jeunes.
Animer les sites.
Faire découvrir notre culture.
Valoriser notre artisanat.
Accueillir les visiteurs.
Partager l’hospitalité sénégalaise.
IX. UNE GRANDE ALLIANCE POUR DAKAR 2026
La mobilisation autour des JOJ doit finalement reposer sur une alliance entre :
l’État – le COJOJ – le CNOSS – les collectivités territoriales – les fédérations sportives – les clubs – les associations de jeunesse – les organisations culturelles – les établissements scolaires – les médias – les transporteurs – le secteur privé – les artisans – les populations.
Chacun possède une partie de la solution.
Le défi consiste désormais à mettre toutes ces forces en réseau autour d’une ambition commune.
FAIRE DES JOJ UN SOUVENIR COLLECTIF
Dakar 2026 ne doit pas seulement laisser dans les mémoires le souvenir de compétitions bien organisées.
Il doit laisser le souvenir d’un Sénégal mobilisé, accueillant, créatif, culturellement riche et profondément attaché aux valeurs olympiques.
La véritable réussite des JOJ sera celle d’un événement qui aura réussi à faire descendre l’olympisme dans les quartiers, les communes, les écoles, les clubs, les familles et les communautés.
Dakar 2026 doit être l’affaire de tous.
Il nous appartient donc de faire des JOJ non seulement une compétition internationale, mais une grande fête populaire, sportive, culturelle et citoyenne, portée par l’ensemble du peuple sénégalais.
«L’Afrique accueille, Dakar célèbre… et tout le Sénégal participe.»
Souleymane Boun Daouda DIOP, Directeur Général du Cabinet Conseil SERISE-SARL
Spécialisé en gouvernance des organisations de Jeunesse, de Sports et de Loisirs