À Vigo, le Sénégal affiche ses ambitions pour une pêche durable, traçable et compétitive. Conduite par la ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Amy Mara Dièye, la délégation sénégalaise a porté, au XIVe Congrès international CONXEMAR–FAO–MAPA, une vision articulée autour de la préservation des ressources, de la souveraineté alimentaire, de la transformation locale et de la création de valeur.

Le Sénégal veut franchir un nouveau cap dans la modernisation de son secteur de la pêche. À l’occasion du XIVe Congrès international CONXEMAR–FAO–MAPA, tenu le 5 octobre 2026 à Vigo, en Espagne, la ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Amy Mara Dièye, a défendu une stratégie fondée sur trois priorités : renforcer la gouvernance et la conformité, accélérer la digitalisation et développer la valorisation des ressources halieutiques.
Réunissant les principaux acteurs internationaux des produits aquatiques, le Congrès de Vigo a placé au cœur des échanges les grands enjeux de la filière : durabilité des ressources, traçabilité, commerce international, intelligence artificielle, digitalisation, compétitivité et économie bleue.
La lutte contre la pêche INN au cœur de la stratégie
Devant les acteurs du secteur, le Sénégal a réaffirmé sa détermination à lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Pour Dakar, cette bataille constitue à la fois un enjeu de gouvernance, de souveraineté et de préservation durable des ressources.
Le pays entend ainsi renforcer les mécanismes de contrôle, de surveillance et de traçabilité, tout en consolidant la coopération technique avec les partenaires internationaux. L’objectif est notamment d’améliorer l’interopérabilité des systèmes de surveillance et de garantir une meilleure fiabilité des données.
Le numérique comme levier de transformation
Autre axe majeur défendu à Vigo : la traçabilité numérique. Le Sénégal souhaite disposer de systèmes modernes, fiables et interopérables permettant d’améliorer le suivi des produits de la pêche, la qualité des données et l’accès aux marchés internationaux.
La digitalisation des certificats de capture apparaît, à cet égard, comme un outil stratégique pour renforcer la transparence des chaînes de valeur. Cette transformation devra toutefois être accompagnée par un renforcement des capacités des administrations, des entreprises et des acteurs de la pêche, notamment artisanale.
L’Espagne, un partenaire stratégique
En marge du Congrès, Amy Mara Dièye a eu un entretien de travail avec Isabel Artime, Secrétaire générale du ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation.
Les échanges ont porté sur le renforcement de la coopération entre le Sénégal et l’Espagne. La responsable espagnole a réaffirmé l’importance accordée à la relation avec Dakar, considéré comme un partenaire stratégique, tout en saluant la signature du mémorandum d’entente entre les deux pays.
Un point particulièrement important a été abordé : les discussions engagées avec les partenaires européens. Selon la ministre sénégalaise, 26 points sont déjà satisfaits dans les différents dossiers en discussion.
L’Espagne a également salué les efforts engagés par le Sénégal en matière de traçabilité numérique des produits de la pêche et s’est déclarée disposée à soutenir Dakar dans ses échanges avec ses partenaires européens.
Formation, expertise et données halieutiques
La coopération devrait également s’étendre au domaine technique. Le Sénégal, qui bénéficie de l’accompagnement de la Banque mondiale à travers le Projet SENRM pour la mise en place d’une plateforme de traçabilité, souhaite bénéficier d’un appui durable en matière de formation et de renforcement des compétences.
L’Espagne pourrait ainsi accompagner le Sénégal dans la formation des agents, l’amélioration des systèmes de collecte et de gestion des données halieutiques, ainsi que dans la mobilisation de l’expertise de ses entreprises spécialisées dans les technologies de traçabilité.
Le Sénégal entend également tirer profit de l’expérience espagnole en matière de statistiques, notamment dans la collecte, la gestion et l’exploitation des données halieutiques.
Le Programme Froid pour mieux valoriser les ressources
La conservation et la logistique constituent un autre chantier prioritaire. La ministre a plaidé pour un accompagnement espagnol dans la mise en œuvre du Programme Froid, destiné à améliorer la conservation, le transport et la valorisation des produits de la pêche.
Les besoins portent notamment sur le transport frigorifique, avec la possibilité de mobiliser ou de financer des camions frigorifiques. La partie espagnole a, de son côté, indiqué que de nouvelles possibilités d’investissement pourraient être envisagées au Sénégal, notamment dans les infrastructures et le renforcement des capacités.
Produire, transformer et créer davantage de valeur
Au-delà de la seule question des exportations, le Sénégal défend une politique visant à accroître la valeur créée localement. Transformation, conservation, chaîne du froid, logistique, innovation et accès aux marchés constituent les principaux leviers identifiés.
Cette orientation vise également à garantir une modernisation inclusive, permettant aux pêcheurs artisanaux et aux petites entreprises de bénéficier davantage de la formation, des équipements, du financement, du numérique, de la certification et des marchés internationaux.
À Vigo, le Sénégal a ainsi affiché une ligne claire : faire de la durabilité, de la traçabilité et de la transformation locale les piliers d’une nouvelle compétitivité de sa filière halieutique. Une ambition inscrite dans la Vision Sénégal 2050 et l’Agenda national de Transformation, avec en ligne de mire la souveraineté alimentaire, la création d’emplois et une meilleure valorisation des ressources maritimes.
