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En parcourant la presse sénégalaise ce matin du 19 décembre 2025, deux informations ont capté mon attention. Elles figuraient sur les mêmes pages, traitées avec la même encre, et pourtant, elles racontent deux mondes qui ne semblent plus tourner à la même vitesse.

D’un côté, on célèbre une victoire de notre diplomatie économique : le Sénégal sécurise un investissement chinois de 70 millions de dollars pour développer les énergies renouvelables.

De l’autre, la rubrique sportive nous apprend que le PSG est condamné à verser près de 61 millions d’euros à son ancienne star, Kylian Mbappé, au titre d’arriérés de salaires et de primes.

Je n’ai pu m’empêcher de sortir ma calculatrice, et le résultat donne le vertige.

L’investissement pour le Sénégal : environ 39 milliards de FCFA.

Le litige du joueur : environ 40 milliards de FCFA.

La mise en miroir de ces deux montants est brutale.

Les 39 milliards du premier représentent des années de négociations d’État à État, des études de faisabilité complexes et une vision stratégique pour l’avenir de notre nation. C’est de l’argent « lourd », destiné à produire de l’électricité, à faire tourner des usines, à éclairer des écoles et à améliorer le quotidien de millions de Sénégalais. C’est le prix du développement.

Les 40 milliards du second représentent le solde de tout compte d’un seul homme, aussi talentueux soit-il. C’est de l’argent « léger », fruit d’une industrie du spectacle où la démesure est devenue la norme.

Il ne s’agit pas ici de blâmer le talent ou la réussite individuelle, mais de s’interroger sur l’échelle des valeurs de notre époque. Quand le coût d’un litige salarial dans le football occidental dépasse l’enveloppe d’un programme énergétique national en Afrique, il y a matière à réfléchir.

Pour nous, acteurs du développement, cette comparaison doit être un rappel : chaque milliard investi chez nous est une conquête de haute lutte. Notre richesse ne se mesure pas aux sommes astronomiques qui circulent dans la bulle financière du divertissement, mais à l’impact réel que nous parvenons à imprimer sur le terrain, pour nos populations.

39 milliards pour la lumière de tout un peuple, contre 40 milliards pour les primes d’un seul. C’est cela, le paradoxe du XXIe siècle.

Talla SYLLA

Ndande, le 19 décembre 2025

1 réflexion sur “Le Vertige des Chiffres : De la Lumière au Jeu

  1. Monsieur le Président Talla Sylla .
    La comparaison entre ces deux montants presque équivalents n’est pas anodine. Elle agit comme un révélateur. D’un côté, près de 39 milliards de FCFA arrachés au terme de longues négociations diplomatiques, d’études techniques, de garanties politiques et financières, d’engagements de bonne gouvernance et de stabilité. De l’autre, une somme du même ordre, mobilisée dans un contentieux privé relevant d’une industrie où l’argent circule vite, parfois sans lien direct avec l’intérêt collectif.
    Cette mise en parallèle ne vise pas à opposer les mondes, mais à souligner une réalité : pour nos pays, l’argent du développement est rare, conditionné et difficilement accessible. Chaque investissement est le fruit d’un chemin semé d’exigences : crédibilité de l’État, climat des affaires, sécurité juridique, transparence, capacités techniques locales. Rien n’est automatique. Rien n’est acquis.
    Obtenir un financement pour l’énergie, l’eau ou les infrastructures suppose souvent des années d’efforts silencieux, loin des projecteurs. Cela exige des administrations compétentes, une diplomatie économique active, des projets solides et une vision claire de l’avenir. Voilà pourquoi ces montants ont un poids symbolique immense : ils représentent bien plus que de l’argent, ils incarnent la confiance accordée à un pays.
    Face à cette réalité, le premier devoir des responsables publics est la responsabilité. Responsabilité dans la négociation, pour obtenir des conditions justes et durables. Responsabilité dans l’utilisation des fonds, afin que chaque franc investi produise un impact mesurable sur la vie des populations. Responsabilité enfin dans la reddition des comptes, car la confiance des partenaires comme celle des citoyens repose sur la transparence.
    Les dirigeants doivent comprendre que gaspiller un milliard destiné au développement est plus grave, dans nos contextes, que dilapider une fortune privée ailleurs. Ici, chaque erreur coûte du temps, de la crédibilité et parfois une génération entière de progrès.
    Mais la responsabilité ne saurait être uniquement étatique. Les citoyens ont, eux aussi, un rôle central à jouer. D’abord par la conscience : comprendre que le développement est un processus lent, complexe, et non un miracle instantané. Ensuite par l’exigence : demander des comptes, refuser la banalisation de la corruption, soutenir les projets structurants plutôt que les promesses spectaculaires. Enfin par la patience active : accompagner, surveiller, participer.
    Comparer ces montants doit nous amener à changer de regard : cesser de mesurer notre retard à l’aune de fortunes individuelles étrangères, et commencer à mesurer notre progrès à l’impact réel des investissements chez nous.
    En définitive, cette réflexion nous invite à adopter une éthique collective du développement. Une éthique où l’argent public est sacralisé, où l’investissement est respecté, et où la réussite se mesure en écoles éclairées, en hôpitaux fonctionnels, en emplois durables, et non en chiffres spectaculaires.
    Le véritable enjeu n’est pas le montant en lui-même, mais ce qu’il coûte à obtenir et ce qu’il produit une fois investi. C’est à ce prix moral, politique et citoyen que nos pays transformeront l’effort en progrès réel.

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