Le Sénégal étouffe sous le poids d’un chaos institutionnel inédit.

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Cette dualité monstrueuse entre un « président légal » réduit à l’état de spectre et un « président légitime » contraint à gouverner depuis l’ombre n’est point une simple crise : c’est l’agonie programmée de la démocratie, un naufrage où l’État s’est fracturé en deux réalités irréconciliables.

«Serigne Ngoudou » trône dans un palais vidé de toute souveraineté, simple effigie tolérée mais jamais respectée. Son silence est assourdissant quand Lafcadio parle ; son effacement, grotesque quand Lafcadio agit ; son abdication, manifeste quand Lafcadio gouverne. Il n’est plus qu’un gardien de fauteuil, fantôme satisfait d’être la silhouette évanescente d’un Lafcadio qui lui confisque jusqu’à son ombre. Face à lui, Lafcadio (Sonko) incarne la légitimité bafouée, son autorité née des urnes volées et cimentée par le sang des martyrs – quatre-vingts vies sacrifiées. Il accuse, décide, dirige parce que le palais officiel n’est plus qu’un théâtre de l’absurde. Cette cohabitation forcée est un cancer rongeant les fondements de la nation : deux soleils rivaux incendient le ciel sénégalais, brûlant la terre qu’ils prétendent féconder.

Et dans ce brasier, les propos de Guy Marius Sagna déversent l’huile de l’embrasement. Son avertissement – « Vous allez devoir souffrir » – n’est point un cri de résistance, mais une malédiction jetée comme une torche sur la paix sociale. Son accusation – « Vous avez assassiné plus de 80 Sénégalais » –, si véridique soit-elle, se mue en glaive de haine quand elle est brandie comme un étendard de vengeance plutôt qu’un appel à la justice. Son verdict – « Walay vous êtes condamnés » –, prononcé hors des sanctuaires du droit, substitue la loi du talion à l’État de droit. Ces paroles sacralisent la violence comme grammaire politique – et c’est là leur catastrophe ultime. Elles risquent d’entériner l’illégalité au nom de la légitimité, de transformer les martyrs en prétextes à de nouveaux bûchers, d’enfermer le Sénégal dans le cycle infernal de la souffrance répondant à la souffrance, du sang appelant le sang.

Ce discours n’est pas libérateur : il est prophète d’apocalypse. Il révèle l’impasse née de vos manœuvres : vous avez barré la route à Lafcadio ? Vous avez enfanté un pouvoir bicéphale. Vous avez versé le sang innocent ? Vous avez engendré une colère sacrée. Vous avez imposé un « président légal » ? Vous avez créé un « fantôme content ». Guy Marius Sagna dit vrai dans le diagnostic, mais son remède est un poison mortel : sa rhétorique de la souffrance menace d’achever l’œuvre de vos crimes – la dislocation définitive du pacte sacré qui lie les Sénégalais.

Le Sénégal mérite mieux que ce duel tragique entre légitimité hors-la-loi et légalité sans âme. Il appelle plus haut que les imprécations qui font de la souffrance une monnaie d’échange politique. À Serigne Ngoudou, nous disons : ton silence est complicité. À Guy Marius Sagna, nous rappelons : la vérité qui enflamme n’est pas celle qui reconstruit. À Lafcadio, nous implorons : que ta légitimité ne devienne jamais le reflet de la tyrannie que tu combats.

L’unique chemin reste celui des urnes libres, du deuil apaisé, d’une justice qui lave les plaies sans les rouvrir. Le jour où le légal épousera le légitime, les fantômes s’évanouiront d’eux-mêmes.

Dans la clarté blessée de l’espérance.

Daour SAGNA
Du Parti socialiste
Chef du cabinet d’opposition d’investigation de Tamba Danfakha

1 réflexion sur “Le Sénégal étouffe sous le poids d’un chaos institutionnel inédit.

  1. Très belle et pertinente réflexion. Le Sénégal vit présentement une situation inédite. Un président dépouillé et confiné dans son palais, un super premier ministre qui est à son aise et qui ne se prive pas car détenant le pouvoir réel, légitimité impose. Seulement, le plus cocasse, c’est que le président pour qui les Sénégalais éprouvent de la peine, semble se complaire dans cette situation. N’oubliez surtout pas qu’il avait déclaré urbi orbi et publiquement devant son premier ministre de ne pas lorgner son fauteuil mais de le regarder bien en face et qu’il le lui céderait quand il le désirera. Propos ou même allégeances ne peuvent être plus clairs. Le Sénégal n’est -il pas entrain de vivre une situation inédite !

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