Le bateau ivre et le gouvernement des «fous» !
À la veille de l’élection présidentielle de mars 2024, j’avais, dans un ultime appel à la raison adressé aux électeurs — alors que je sentais la tendance clairement favorable à une victoire de Pastef et de ses alliés —, publié un post laconique, un cri du cœur, grave et désespéré, où je disais en substance :
« Les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions. Les Sénégalais tenteront-ils le diable le jour de l’élection présidentielle ? »
Mes positions sur Pastef étaient connues de tous ceux qui suivaient, peu ou prou, l’actualité politico-médiatique et les réseaux sociaux.
Elles reposaient sur une analyse lucide de la nature politique et idéologique de ce parti, de sa composition sociale, de la qualité de ses dirigeants, de leurs promesses mirobolantes mais irréalisables pour le Sénégal, de son projet manifeste et de son projet « caché », pour reprendre un mot en vogue — du vrai et du faux, du vrai-faux dans cette mouvance politique.
Ma prémonition s’est doublement vérifiée :
Pastef et ses alliés ont remporté largement l’élection au premier tour avec plus de 54 %, mais, depuis lors, pratiquement :
• Aucune promesse majeure n’a été tenue : abrogation de la loi d’amnistie, suppression des fonds politiques, abrogation de la loi sur l’homosexualité, appels à candidatures pour certains postes stratégiques de l’administration publique et du secteur parapublic, rationalisation des structures de l’État, réduction du train de vie gouvernemental, etc.
• Sonko – Diomaye : à peine un an après l’installation du nouveau gouvernement, une dualité malsaine et dangereuse s’est installée au sommet de l’exécutif et à tous les niveaux de l’État.
Le point d’orgue de cette crise manifeste fut la fameuse conférence de presse du Premier ministre Ousmane Sonko, au cours de laquelle il dénonçait le manque d’autorité au sein du gouvernement et demandait avec insistance au président Diomaye Faye de le laisser gouverner.
À cela s’ajoutent les humeurs et états d’âme dans les relations entre le Président et son Premier ministre, régulièrement relatés par la presse et sur les réseaux sociaux, ainsi que les sorties de dignitaires importants du régime — en particulier le député Guy Marius Sagna parlant de « Président légitime » et de « Président légal », ou encore le journaliste Bakary D. Mané évoquant les pressions et difficultés auxquelles ferait face le Chef de l’État.
Le pouvoir actuel donne ainsi l’image d’une hydre à deux têtes, de deux « généraux » préparant leurs troupes à la « grande guerre » pour le contrôle effectif du pouvoir et la candidature de Pastef à la présidentielle de 2029.
Le style de gouvernance, bavard et de plus en plus liberticide, s’enlise dans les scandales à répétition.
Les « affaires » succèdent aux « affaires », la plus polluante étant celle de la dette dite “cachée”, avec ses conséquences désastreuses sur la crédibilité internationale de notre pays, dont la note a été dégradée jusqu’à Caa1.
Le ratio de la dette publique a explosé jusqu’à 132 % du PIB, tandis que l’économie nationale est quasiment à l’arrêt dans plusieurs secteurs.
La terreur fiscale et l’inflation galopante ont fini d’asphyxier les populations, surtout les plus pauvres.
On a, de plus en plus, l’impression que le Sénégal a perdu sa stabilité et sa prévisibilité légendaires, tant sur le plan institutionnel que politique.
Le pays semble gouverné par des « fous », dont les dirigeants pinaillent sur des détails pendant que le peuple souffre.
Le Sénégal donne désormais l’image d’un bateau ivre, sans cap ni boussole, dérivant dans un océan en furie.
Les Sénégalais, qu’ils l’avouent ou non, sont, dans leur écrasante majorité, inquiets pour le présent et l’avenir de leur pays.
Le pessimisme est, incontestablement, l’état psychologique dominant dans la nation.
Même les partisans, militants et sympathisants du régime actuel ne s’y retrouvent plus !
Ceux qui sont honnêtes parmi eux se taisent pudiquement, pour masquer leurs déceptions et frustrations, et surtout pour ne pas apparaître comme des avocats du diable.
L’incompétence et l’ignorance, doublées de leurs corollaires — la violence et la répression —, sont en train d’enfoncer notre pays, naguère terre de démocratie et de liberté, patrie d’élites intelligentes, compétentes et délicates, de courtoisie et de dialogue, havre de tolérance et de paix.
Gaston Bachelard avait raison d’affirmer que :
« Le microscope n’est pas le prolongement de l’œil, c’est le prolongement de l’esprit ; il aveugle et étourdit l’ignorant. »
Que Dieu garde et sauve le Sénégal de ses démons !
Dakar, le 25 octobre 2025
Youssou Diallo
Président du Club Sénégal Émergent

Malheureusement vos prémonitions nous sommes entrain de les vivre à nos dépends. Ce peuple se rend compte présentement de l’arnaque dont il a été victime le 24 mars 2024. Voilà près de deux ans qu’ils sont arrivés aux affaires, aucun fait, aucun acte positif posé à l’endroit de ce peuple. Au contraire, tout ce qu’ils ont réussi à faire, c’est de nous mettre au près du gouffre. Les sénégalais sont entrain de vivre les pirs moments de leur existence depuis l’accession de notre pays à la magistrature suprême. Il n’y a pas un seul secteur de la vie qui échappe à cette tragédie. Et d’après les prévisionnistes, 2026 sera pir que ce nous sommes entrain de vivre. Tous les clignotants sont au rouge.