Un Forum communautaire pour une transition énergétique juste s’est tenu ce mardi à Saint-Louis. Objectif: ouvrir un dialogue direct entre le Ministère de l’Énergie et les communautés de la Langue de Barbarie et du Gandiol impactées par les projets pétro-gaziers. Au cœur des revendications: où va l’argent du JETP et que gagne la femme transformatrice de poisson ?

C’est une première dans la capitale du Nord. Le Ministère de l’Énergie, du Pétrole et du Gaz, à travers sa Direction de la Transition Énergétique, a fait face aux communautés hôtes et affectées par les projets énergétiques. La rencontre, organisée sous forme de forum communautaire, vise à renforcer la participation citoyenne, le dialogue territorial et le suivi communautaire dans la mise en œuvre du Partenariat pour une Transition Énergétique Juste (JETP).
Le JETP, doté de 2,5 milliards d’euros promis par les partenaires internationaux, est censé accompagner le Sénégal dans sa sortie progressive des énergies fossiles tout en garantissant l’accès universel à l’énergie. Mais sur le terrain, les communautés disent ne rien voir venir.
“Qu’est-ce que c’est que le JETP ? Où va l’argent ?”
La question a été posée crûment par Fama Sarr, Secrétaire Générale des femmes transformatrices de produits halieutiques de Saint-Louis, porte-voix des communautés de la Langue de Barbarie et du Gandiol.
“Aujourd’hui c’est une très grande journée pour nous. On accueille une délégation du ministère dirigée par la directrice de la transition énergétique. L’importance de cette journée montre la préoccupation des communautés. Qu’est-ce que c’est que la transition énergétique ? Qu’est-ce que c’est que le JETP ? Où est-ce que vont ces financements pour accompagner les communautés ?”, a-t-elle interpellé.
Pour ces femmes qui fument le poisson à Guet Ndar et Goxxu Mbacc, la transition énergétique n’est pas un concept abstrait. C’est une question de survie économique. Face à la dégradation de l’environnement et à la flambée du bois de chauffe, leur activité est menacée.
Du biogaz et des chambres froides solaires, pas des discours
Les doléances sont concrètes et urgentes. Fama Sarr les a listées sans détour:
“Si aujourd’hui il y a des projets qui seront financés, la première sera d’accompagner ces braves femmes pour que des installations de biogaz soient mises dans les sites de transformation. Mais aussi l’installation de chambres froides”, plaide-t-elle.
Un exemple illustre l’urgence: le prix de la glace. “Cette année, les pêcheurs achètent la caisse de glace de 20 kilos à 5 000 francs, qui coûtait avant 1 300 francs. Si on fait des installations solaires pour des chambres froides, pour pouvoir garder le poisson et avoir de la glace à volonté, ça va accompagner ces braves pêcheurs”, explique-t-elle.
Même cri du cœur chez les pêcheurs présents dans la salle, qui ont évoqué l’électrification des moteurs hors-bord. “Un pêcheur qui achète une machine de 60 chevaux à 4 millions doit encore sortir des millions pour le carburant. Aujourd’hui on parle de transition énergétique. C’est quitter un point A pour aller à un point B. Et c’est bien possible”, poursuit Fama Sarr.
Le plaidoyer pour Saint-Louis, ville symbole
Organisée avec l’appui de l’ONG Natural Resource Governance Institute (NRGI), la rencontre a permis aux communautés de faire remonter leurs attentes pour qu’elles soient intégrées dans les décisions nationales.
Pour Fama Sarr, la démarche du Ministère est à saluer mais doit se traduire par des actes rapides: “Pour le faire, c’est comme le ministère l’a fait aujourd’hui, impliquer toutes les parties prenantes, attendre leurs recommandations, et aussi mettre en place des prises en charge vraiment très rapides. Ce sont des projets d’urgence. Et nous pensons que Saint-Louis est vraiment un exemple phare pour lancer ces projets”.
Au-delà de Saint-Louis, ce forum pose la question centrale du JETP: comment s’assurer que les 2,5 milliards d’euros ne financent pas seulement des projets nationaux à Dakar, mais qu’ils répondent d’abord aux besoins de ceux qui vivent au “fin fond du Sénégal et qui n’ont pas accès à l’énergie”, mais aussi de ceux qui, au bord de l’océan, paient le prix fort de la transition.
B. Diaw
