Le Maroc et le Sénégal rejouent devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne, la finale de la dernière CAN de football qui s’est disputée le 18 janvier dernier à Rabat. Près de neuf mois après cette folle finale, les fédérations de ces deux équipes se présentent aujourd’hui devant le TAS à Lausanne pour défendre leur droit sur le titre de champion d’Afrique.
Le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) examine aujourd’hui le dossier de la finale de la CAN 2025 qui a opposé le Maroc et le Sénégal le 18 janvier 2026 à Rabat. Devant les trois juges du droit du sport, le français Gérald Simon, comme président de séance, l’italien Luigi Fumagalli et l’allemand Ulrich Haas, les parties en conflit vont exposer leurs arguments. Il y aura matière à réflexion devant un cas exceptionnel car, dans l’histoire d’une finale, jamais une équipe ne s’était vue retirer un titre acquis sur le terrain et entériné par l’arbitre, disait récemment Thibault Ulrich, chercheur en droit du sport à l’Université de Lausanne.
Mais une Coupe d’Afrique des nations dont la finale déjà jouée et le vainqueur connu va se jouer devant des juges ; une première dans l’histoire de cette compétition. C’est à cet exercice qu’est appelé le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) qui va ouvrir ce matin (7h30 GMT) à Lausanne (Suisse) un dossier brûlant qui oppose le Maroc au Sénégal. Ce sera également à huis-clos, en présence uniquement des délégations sénégalaise, marocaine et de la CAF. Mais encore que s’est-il passé pour que les parties en conflit se retrouvent autour de la table du TAS ? Toute l’affaire tient donc dans une question : une équipe peut-elle être déclarée forfait après être revenue sur le terrain et avoir achevé la rencontre avec l’accord du corps arbitral ?
Le Sénégal gagne, le trophée remis au Maroc….
Le 18 janvier 2026, au stade Prince Moulay Abdallah de Rabat, devant le Prince Moulay Rachid représentant le Roi Mohamed VI, l’arbitre accorde un penalty au Maroc dans le temps additionnel. Une partie des joueurs sénégalais quitte la pelouse pour protester, avant de revenir. Brahim Diaz rate sa tentative. En prolongation, Pape Guéye envoie un missile à la 94e minute qui crucifie le Maroc et le Sénégal soulève sa 2e coupe d’Afrique des nations.
Le titre n’a pas survécu à l’hiver marocain. Car le 17 mars, saisi par la Fédération royale marocaine de football, le jury d’appel de la CAF applique l’article 84 du règlement de la compétition et déclare le Sénégal forfait, avec une victoire 3-0 enregistrée pour le Maroc. La Fédération sénégalaise de football porte l’affaire devant le TAS le 25 mars. Maintenant quelles décisions rendra le TAS ?
Ce qui plaide pour le Maroc
Dans le camp marocain, on plaide pour une lecture et une application littérale du règlement de la CAF, notamment en ses articles 82 et 84 qui prévoient qu’une équipe qui quitte le terrain sans l’autorisation de l’arbitre est déclarée perdante 3-0. Le texte ne fixe ni durée minimale d’interruption ni motif susceptible de justifier un tel départ. C’est ce qu’avait plaidé le Maroc face au jury d’appel.
Selon Thibault Ulrich, le jury d’appel de la CAF a fait une « lecture extrêmement stricte » du règlement de la CAN, qui ne tient aucun compte du fait que l’officiel congolais de la finale, Jean-Jacques Ndala, a laissé la rencontre reprendre après le retour des Sénégalais.
Ce qui plaide pour le Sénégal
Côté sénégalais, l’argument de la cinquième « loi du jeu » du Conseil de l’association internationale de football (IFAB) devrait être avancé. L’article prévoit que « les décisions de l’arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont définitives, y compris la validation d’un but et le résultat du match ». Écho encore plus direct au scénario de la finale, « l’arbitre ne peut pas changer une reprise du jeu », même s’il réalise « qu’elle est incorrecte », ajoute l’IFAB.
Cette règle est renforcée par la « doctrine du terrain de jeu », consacrée de longue date par la jurisprudence du TAS : à moins de prouver que l’arbitre est corrompu ou de mauvaise foi, ses décisions sportives ne peuvent être remises en cause.
« L’objectif de cette règle est de préserver l’intérêt des compétitions, décrypte Thibault Ulrich. Leur résultat doit être décidé sur le terrain et sur le moment, pas par des juges a posteriori, sinon on va perdre tous les supporters ».
Le TAS va trancher, mais la décision attendra
Au-delà de ces considérations, les spécialistes du droit du sport estiment que le TAS a trois options. « Elle peut confirmer la décision de la CAF et maintenir le 3-0 en faveur du Maroc. Elle peut aussi la remplacer par sa propre décision et valider le résultat obtenu sur le terrain. Enfin, elle peut annuler la sanction et renvoyer le dossier à la CAF, qui devrait alors statuer à nouveau ».
Dans cette attente fébrile de décision, le verdict ne devrait pas tomber ce jeudi. En effet, après une matinée de plaidoiries, l’affaire sera mise en délibéré, et aucune date n’a été annoncée pour la sentence. Le TAS s’attend à ce que l’audience se termine dans l’après-midi. « À l’issue de l’audience, la formation arbitrale entamera ses délibérations », précise le TAS, qui précise ne pas être en mesure d’indiquer quand une décision finale sera rendue.
Au-delà de l’identité du champion, la sentence créera un précédent important pour le football africain. Jusqu’où peut aller une protestation collective ? Et quelle valeur donner à un match effectivement terminé après qu’une équipe a momentanément quitté la pelouse ? La décision pèsera aussi sur la crédibilité d’une CAF déjà exposée par les images de cette finale et par les décisions successives intervenues depuis.
Aujourd’hui, le Maroc et le Sénégal auront donc terminé leur match entamé le 18 janvier 2026 à Rabat. Mais juridiquement, l’histoire ne sera (vraisemblablement) toujours pas close.
Cheikh Fantamady Keita
