La publication, mardi 11 août, des listes provisoires des assujettis à la déclaration de patrimoine ouvre une nouvelle séquence dans la politique de transparence et de reddition des comptes au Sénégal. Face aux interrogations et aux réactions suscitées par cette opération, le président de l’OFNAC, Moustapha Ka, rappelle que la publication des noms découle d’une obligation légale. L’institution veut désormais aller jusqu’au bout du processus, entre contrôle, vérification et authentification.
La publication des listes provisoires des assujettis à la déclaration de patrimoine n’est pas un simple acte administratif. Elle intervient dans un contexte politique où la transparence de la gestion publique et la reddition des comptes occupent une place centrale dans le débat national.
Mardi 11 août, l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) a rendu publiques les listes des personnes soumises à l’obligation de déclaration de patrimoine, en distinguant celles qui ont satisfait à cette exigence de celles considérées comme défaillantes.
Une publication qui n’a pas tardé à susciter des réactions et qui place désormais les responsables concernés sous le regard de l’opinion publique.
« C’est la loi qui nous impose de le faire »
Face aux interrogations sur cette démarche, le président de l’OFNAC, Moustapha Ka, a voulu lever toute ambiguïté. Selon lui, l’institution ne fait qu’appliquer les dispositions légales en vigueur.
« Ce n’est pas notre initiative de publier les listes, c’est la loi qui nous impose de le faire », a-t-il déclaré lors d’un point de presse.
Cette précision prend une dimension particulière dans le contexte actuel, marqué par de fortes attentes autour de la transparence de la gestion publique et du respect des engagements pris en matière de gouvernance.
La loi n°2025-13 du 3 septembre 2025 relative à la déclaration de patrimoine prévoit en effet la publication des listes des personnes ayant satisfait à leur obligation ainsi que celles des assujettis défaillants.
Une étape dans la reddition des comptes
Au-delà de la simple publication de noms, le dispositif traduit la volonté de renforcer les mécanismes de contrôle des détenteurs de responsabilités publiques.
Le système sénégalais de déclaration de patrimoine, instauré en 2009, avait déjà été révisé en 2014. La réforme adoptée en 2025 est venue renforcer le cadre juridique et institutionnel.
Pour l’OFNAC, cette évolution répond également aux engagements internationaux du Sénégal en matière de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance.
Mais la publication des listes ne constitue qu’une première étape. L’Office précise que les données publiées sont provisoires et doivent encore être soumises à des opérations de contrôle, de vérification et d’authentification.
Le vrai verdict attendu après les vérifications
La prochaine étape sera donc déterminante. Après examen des dossiers, l’OFNAC devra établir les listes définitives qui seront transmises au chef de l’État et intégrées à son rapport annuel.
Cette phase pourrait également permettre de corriger d’éventuelles erreurs ou omissions. Les personnes concernées disposent d’ailleurs de la possibilité de saisir les services compétents de l’Office pour faire valoir leurs réclamations.
Autrement dit, la publication du 11 août ne constitue pas encore le verdict définitif sur la conformité des assujettis.
2 900 responsables sous surveillance institutionnelle
L’ampleur de l’opération donne également la mesure du travail accompli par l’OFNAC. Près de 2 900 personnes sont concernées par le dispositif, pour seulement quatre agents affectés au département chargé de la déclaration de patrimoine.
Moustapha Ka a révélé que les équipes ont parfois travaillé jusqu’à trois heures du matin pour respecter les délais.
Le processus avait été enclenché dès janvier 2026, avec la saisine des institutions, ministères et organismes publics et parapublics afin d’obtenir les listes nominatives des personnes assujetties.
Pas de publication des fortunes
L’OFNAC tient par ailleurs à distinguer transparence et exposition du patrimoine privé. La publication des listes ne signifie pas que les biens et avoirs déclarés seront dévoilés au public.
Le contenu des déclarations demeure confidentiel et reste soumis aux règles qui encadrent leur traitement.
L’enjeu politique est donc moins de connaître la fortune de chaque responsable que de savoir si celui-ci s’est conformé ou non à une obligation légale.
L’OFNAC veut donner l’exemple
Moustapha Ka insiste enfin sur l’exemplarité de l’institution qu’il dirige. Tous les agents de l’OFNAC sont eux-mêmes soumis à l’obligation de déclaration de patrimoine, y compris les enquêteurs.
Une manière, pour le président de l’Office, de rappeler que la transparence doit s’appliquer à tous, y compris à ceux qui sont chargés de la faire respecter.
Avec cette publication, l’OFNAC place ainsi la déclaration de patrimoine au cœur du débat sur la gouvernance publique. Mais le véritable enjeu se jouera désormais dans la phase de contrôle et de vérification, qui devra déterminer la situation définitive des milliers d’assujettis concernés.
Abdou Latif NDIAYE