Couverture de grands événements sportifs: L’ANPS et la CJRS préparent le mondial 2026

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La couverture des grands événements sportifs est toujours pour la presse sportive sénégalaise une occasion pour sensibiliser cette corporation sur la manière d’aborder la compétition. Et comme à l’accoutumée, l’Association nationale de la presse sportive (ANPS) est montée au créneau pour échanger, au cours d’un « Ndogou Presse », sur la conduite à tenir dans le traitement de l’information. Cette année, elle l’a fait en collaboration avec la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS), celle-là même qui est appelée à prendre la relève des doyens sur les champs de reportage.

L’Auditorium de la Maison de la Presse Babacar Touré a réuni vendredi jeunes reporters et leurs devanciers pour discuter d’un sujet d’actualité qui les interpelle tous à quelque niveau que ce soit. Et le débat sur le thème « Couverture des Grands Événements Sportifs », était donc bien choisi pour permettre aux uns et aux autres de parler de leurs expériences sur la question.

Pour cela, trois experts en la matière étaient sur le podium : Babacar Khalifia Ndiaye, journaliste-écrivain et ancien chef de service sport du Quotidien National Le Soleil, Mme Ndéye Dome Thiouf, journaliste et conseillère technique en communication du ministère des sports et Aliou Goloko, journaliste et Média Officer à la CAF ; la modération était assurée par le Dr Mamadou Koumé, journaliste-écrivain, ancien DG de l’APS et ancien président de l’ANPS. Enfin le directeur des sports Mama Laye Mbaye a présidé la cérémonie d’ouverture auprès des deux présidents de l’ANPS et de la CJRS respectivement, Abdoulaye Thiam et Mamadou Diagne, se sont réjouis de la présence massive des journalistes pour un thème d’une grande importance.

Journée d’échanges, de partage et où le donner et le recevoir ont occupé la presse sportive toute la journée. Car il s’agissait avant tout de renforcer les capacités des professionnels des médias et favoriser ainsi le partage d’expériences entre ceux qui sont sur le terrain depuis plus de 30 ans et la nouvelle génération de jeunes reporters.

Premier à intervenir, Babacar Khalifa Ndiaye a parlé du domaine qui est le sien, c’est-à-dire la presse écrite. Pour cela, il est revenu sur sa longue de journaliste aux quatre coins du monde et dans toutes les disciplines pour dire que dans ce métier l’expérience compte beaucoup. « Lorsqu’une équipe nationale se qualifie pour une compétition, il est important que les journalistes puissent l’accompagner et faire leur travail dans de bonnes conditions. Pour cela le reporter doit bien se documenter, maitriser son sujet avant d’aborder son reportage. Avec sa plume, le journaliste doit pouvoir faire vivre l’événement à son lecteur, car le sport est devenu une valeur économique et sociale. En somme l’envoyé spécial doit être outillé », a t-il avancé.

Sur ce volet, Babacar Khalifa Ndiaye conseille à ses cadets de faire des recherches, se documenter pour en savoir le maximum car avant la compétition il y a un travail à faire. « Il y a toujours des difficultés à surmonter lors de la couverture des événements sportifs et le journaliste doit se préparer à les affronter, faire preuve d’ingéniosité » a conseillé l’homme à la trentaine de couvertures de CAN, de mondial et des autres disciplines sportives.

A sa suite, Mme Ndéye Dom Thiouf est revenue sur sa longue expérience de journaliste audio-visuelle en soulignant qu’en radio et télé c’est la force de la narration sonore et de l’image « Il faut être outillé pour pouvoir être crédible. Une anecdote, mon docteur me disait que son père baisse le son quand il regarde les matches à la télé parce qu’il se dit qu’il connait plus les joueurs que le commentateur. Car au-delà du jeu, on transmet des émotions, on crée un lien entre ce qui se passe sur le terrain et le public (national et diaspora). Le journaliste ne peut pas se limiter à commenter ce qui se passe sur le terrain. Il faut raconter l’histoire de l’équipe, raconter des anecdotes et faire en sorte que le public puisse être fier de suivre les acteurs. Le sport, c’est un tout, des joueurs à l’Etat en passant par les dirigeants et supporters », a soutenu l’ancienne chargée de communication de la Fédération sénégalaise de football, et actuelle conseillère technique en communication du ministère des sports.

Avec plus de 25 ans d’expérience dans le métier, cette pionnière du journalisme sportif sénégalais, estime qu’il faut se préparer avant le match aussi bien pour le reportage que pour les interviews. « Il faut aussi se renseigner sur les équipes, les confrontations directes, connaître leur histoire… Aujourd’hui, on a beaucoup de soucis avec les interviews. Si on ne se prépare pas sérieusement, on risque d’avoir des problèmes. Avec le numérique, on constate beaucoup de légèretés, dû à un manque de préparation. Le maître-mot, c’est donc la préparation. Après l’événement, il faudra analyser la performance, faire le bilan technique, organisationnel et financier. Chaque bilan a son profil de personnes à interpeller. On n’a pas encore fini de parler de l’impact de cette CAN 2025, avec toutes les valeurs véhiculées par les Lions. C’est quelque chose à capitaliser pour notre jeunesse. Il y a aussi l’impact sur la carrière des joueurs, de la Fédération. Le journaliste doit avoir cette vue panoramique pour donner des axes et maximiser tout ce qui a été fait. Le sport a dépassé le simple cadre de compétition, c’est un levier de développement, un levier diplomatique. En 2002, beaucoup ne connaissaient pas le Sénégal. Après le match contre la France (1-0), c’était autre chose. Nos dirigeants sont conscients qu’il n’y a pas meilleur outil diplomatique. Le Rwanda, le Qatar sont des exemples. Le numérique est venu concurrencer les médias traditionnels. Mais cela doit être un prolongement, cela doit pousser les journalistes à se préparer davantage. Car une mauvaise déclaration peut être reprise en capsule sur les réseaux sociaux. Par exemple, l’émission que Fatima Sylla (2sTv) a faite avec l’arrière gauche El Hadj Malick Diouf l’a rendu plus sympathique aux yeux du public. Cela doit nous pousser à être plus professionnels et regardants, pour mieux orienter les jeunes vers les meilleurs exemples », a souligné Mme Ndéye Dome Thiouf.

Autres conseils, autre intervenant avec cette fois Aliou Goloko journaliste, Officer Media de la CAF qui avait d’abord tâté de la plume puis du micro télé/radio avant de migrer vers la communication continentale. Er des anecdotes, il en a vécu plein durant sa carrière notamment depuis la campagne de la CAN 2002 au Mali puis celle de la   coupe du monde. De ses relations avec les confrères lors des phases finales de la CAN et autres rencontres de la CAF, Aliou Goloko a revisité son travail, ses difficultés et les moments quelquefois d’incompréhension vécues avec certains confrères.

Selon lui, tout est question de savoir-faire dans ces relations où des tensions peuvent survenir à l’issue d’un match, au cours d’une conférence de presse. « Dans mon exercice, j’ai eu à rencontrer des confrères et j’ai dû m’employer pour les convaincre du bien-fondé de ma position et tout est rentré dans l’ordre. Donc les jeunes confrères doivent savoir appréhender les situations », a-t-il dit.  

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MAMADOU KOUME, MODERATEUR

«L’Etat doit aider la presse dans les grands événements»

La couverture des grands événements sportifs, un sujet d’actualité qui interpelle la presse sportive dans un marasme économique sans précédent pour les journalistes à la veille de la coupe du monde 2026. La CAN de football 2025/2026 est passée comme un météore, mais elle a laissé un souvenir très mitigé pour les journalistes sportifs sénégalais qui étaient « au front » au Maroc. Justement ce « Ndogou Presse » organisé conjointement par l’ANPS et la CJRS a été le prétexte tout trouvé pour revenir sur les difficultés de la presse sportive lors de cette CAN marocaine.

Ancien président de l’ANPS, dont il a été le précurseur de la Maison de la Presse lors de la CAN 2002 au Mali, le Dr Mamadou Koumé s’est appesanti sur la couverture optimale de l’événement qui ne peut se faire selon lui, sans le soutien des autorités étatiques. « Nos panélistes ont une expérience de la couverture des événements sportifs. J’ai été avec Babacar Khalifa Ndiaye en 1990 en Algérie, avec Ndéye Dome Thiouf en 2000 au Nigeria, et Aliou Goloko lors du Mondial 2002. Une grande compétition, c’est à la fois un rendez-vous sportif et économique. En tant que média, quand vous avez les moyens, vous êtes aux premières loges. Quand ce n’est pas le cas, c’est un luxe pour certains journalistes. Si l’Etat ne nous aide pas, nous ne couvrirons pas le prochain Mondial comme il le faut », a-t-il indiqué d’emblée.

A titre d’exemple, l’ancien DG de l’Agence de Presse du Sénégal (APS) a rappelé l’édition 2002 de la coupe du monde Japon/Corée où il a fallu l’intervention de l’ancien président Abdoulaye Wade pour permettre aux journalistes de couvrir dans d’excellentes conditions cette campagne asiatique. « Nous avions à l’époque Chérif El Walid Séye qui a poussé, à côté de Sindiély Wade, pour qu’on puisse la couvrir dans de meilleures conditions. Cela a été le cas pour les Coupes du monde 2018 et 2022 avec Macky Sall. Le président de l’ANPS (Abdoulaye Thiam) a besoin de le dire. Sinon, ce sera mission impossible », a-t-il plaidé, convaincu que la presse est le miroir du peuple.

Le Dr Koumé est fondé à le dire si on se réfère les circonstances dans lesquelles la presse sportive sénégalaise a séjourné au Maroc. En effet lors du rendez-vous marocain, le ministère des sports a attendu les derniers jours de la CAN pour remettre une subvention de…trois (3) millions de francs Cfa. Une goutte d’eau dans la mer, pour un ministère dont le prédécesseur était habitué à donner plus. D’où cet appel du pied de l’ancien président de ‘ANPS : « L’État doit intervenir dans une certaine mesure pour soutenir les organes de presse ».

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MAMA LAYE MBAYE, DIRECTEUR DES SPORTS

«Les journalistes ont un rôle essentiel à jouer»

Venu présider la cérémonie d’ouverture de ce « Ndogou Presse », le directeur des sports, Mama Laye Mbaye, a salué l’initiative conjointe de l’ANPS et de la CJRS qui concoure à une synergie des efforts, une solidarité entre entités de la presse sénégalaise. « Cela témoigne de l’attachement au renforcement de capacités des journalistes. Les médias sportifs jouent un rôle essentiel car étant les relais des performances des athlètes, participant à la promotion des disciplines et à la construction de la mémoire. La couverture requiert des compétences et des outils. Après la CAN, la Coupe du monde constitue un rendez-vous majeur pour les médias sportifs sénégalais », a-t-il indiqué.

A côté de cette coupe du monde que la presse sportive sénégalaise prépare avec fébrilité, le directeur des sports a rappelé aussi les Jeux Olympiques de la Jeunesse que le Sénégal va abriter en octobre/novembre 2026. Et c’est pour dire l’immense fierté africaine et la grande responsabilité pour le Sénégal, une vitrine pour notre pays, notre jeunesse, notre culture, nos infrastructures et le savoir-faire sénégalais.

«Les journalistes auront un rôle essentiel, transmettre l’émotion. Un sport qui se développe est un sport qui est bien raconté, bien valorisé. C’est pourquoi, nous encourageons la formation de jeunes talents en journalisme. A travers ce panel, les reporters pourront apprendre beaucoup et se préparer aux échéances à venir. J’espère que ce panel pourra inspirer de jeunes journalistes compétents, responsables et engagés», a-t-il conclu.

Cheikh Fantamady Keita

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