En neuf mois, la croissance attendue a été presque divisée par deux, le déficit s’est envolé et le plan de redressement a perdu 60 % de ses recettes. Le gouvernement doit désormais des explications, pas des slogans.
Par Dr Cheikh NIANG
Il aura suffi de neuf mois pour que le budget 2026 change de visage. Voté sur une croissance de 5 % et un déficit de 5,37 % du produit intérieur brut (PIB), il revient devant l’Assemblée nationale avec une croissance ramenée à 2,7 % et un déficit porté à 7,6 %. Les recettes attendues fondent de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de francs CFA. Ce n’est plus une correction de trajectoire : c’est un autre budget.
Le gouvernement invoque les chocs énergétiques internationaux et les aléas climatiques. Ils sont réels, et nul ne le conteste sérieusement. Mais un choc extérieur explique un écart ; il n’explique pas qu’on ait bâti un budget sans marge pour l’absorber. La vraie question est ailleurs : le cadrage initial était-il prudent, ou simplement optimiste ? Et lorsque les premiers signaux sont apparus, qui les a vus, et qu’en a-t-on fait ?
Le changement de Premier ministre, en mai dernier, ne doit tromper personne. Le ministère de l’Économie et des Finances est resté entre les mêmes mains : celui qui a défendu la loi de finances initiale (LFI) défend aujourd’hui sa révision. Il n’y a donc pas d’héritage commode à invoquer. Les hypothèses de 2026 ont été posées par cette administration ; c’est à elle d’en rendre compte.
Le PRES : un plan de redressement qui ne redresse pas les recettes
Le symbole le plus parlant de ce décalage porte un nom : le Plan de redressement économique et social (PRES). La LFI lui attribuait 762,9 milliards de francs CFA de recettes. Le projet de loi de finances rectificative (LFR) n’en retient plus que 311,5 milliards. Ce sont 451,4 milliards qui s’évaporent, soit près de 60 % de l’objectif. La taxe sur les jeux de hasard, présentée comme l’un des piliers du plan, passe à elle seule de 300 à 120 milliards.
Plus troublant encore : selon les chiffres relayés par la presse, le PRES n’aurait rapporté qu’environ 90 milliards en 2025, pour 700 milliards attendus. Inscrire quelques mois plus tard une prévision plus de huit fois supérieure à ce qui avait été réellement encaissé relevait moins de la prévision que du pari.
Un trou de cette taille ne se comble pas par une nouvelle annonce. Il faut savoir quelles mesures ont rapporté, lesquelles ont déçu et lesquelles ont simplement été repoussées. Tant que ce bilan n’est pas publié, impossible de faire la part entre la conjoncture et les erreurs de conception. Le gouvernement doit publier les résultats du PRES mesure par mesure : objectif, encaissement réel, explication de l’écart.
Moins de recettes, plus de dépenses
Pendant que les recettes reculent, les dépenses grimpent : de 7 433,9 à 7 583,9 milliards de francs CFA. La facture énergétique pèse lourd. Les subventions passent de 250 à 790,3 milliards, soit 540,3 milliards de plus : plus du triple de l’enveloppe votée.
Soutenir les ménages et les entreprises face à un choc énergétique peut se défendre. Mais une subvention généralisée profite souvent d’abord à ceux qui consomment le plus, c’est-à-dire rarement aux plus pauvres. Qui en bénéficie réellement ? Le ciblage, réclamé par le Premier ministre lui-même début septembre, avance-t-il, ou reste-t-il au stade de la consigne ? Et quelles réformes permettraient d’en contenir le coût sans faire payer l’ajustement aux ménages les plus fragiles ?
Le revers de la médaille est connu : le projet de LFR réduit les dépenses d’investissement financées sur ressources internes. Autrement dit, on coupe d’abord dans ce qui prépare l’avenir. Tous les investissements ne se valent pas, mais quels projets sont touchés ? Avec quelles conséquences pour l’emploi, la productivité et la croissance ? Ces arbitrages engagent le pays pour des années ; ils doivent être rendus publics et justifiés.
Un déficit qui exige des réponses sur la dette
Résultat : le déficit passe de 1 245,1 à 1 735,2 milliards de francs CFA, soit une dégradation de 490,1 milliards, et de 5,37 % à 7,6 % du PIB. Le besoin de financement total atteint 6 774,2 milliards, dont 4 516,2 milliards pour le seul remboursement de la dette.
Un déficit plus élevé n’est pas, en soi, la preuve d’une mauvaise gestion : tout dépend du choc subi, de la nature des dépenses et des conditions de financement. Mais dans un pays dont la dette a déjà été lourdement réévaluée et dont les marges de manœuvre sont étroites, il appelle des réponses précises. Comment ces besoins seront-ils couverts ? À quel coût ? Selon quel calendrier de retour à l’équilibre ? L’accord conclu en septembre avec les services du FMI ne dispense pas de ces explications. Il les rend plus urgentes encore, puisqu’il est conditionné à des mesures correctrices et à une discipline budgétaire que le gouvernement devra démontrer, et non simplement promettre.
2027 : le même optimisme ?
C’est à la lumière de 2026 qu’il faut lire le projet de budget 2027. Il affiche un déficit ramené à 4,7 % du PIB, avec 6 012,1 milliards de francs CFA de recettes et 7 363,7 milliards de dépenses. Passer de 7,6 % à 4,7 % en un an représente un effort de près de trois points de PIB. Et les recettes projetées dépassent de plus de 160 milliards celles que le gouvernement juge aujourd’hui réalistes pour 2026. L’ambition est louable ; sa crédibilité reste à démontrer. Quelles recettes nouvelles seront réellement encaissées ? Quelles dépenses seront réduites ? Quelle part viendra d’un État plus efficace, et quelle part du report d’investissements ?
L’expérience de 2026 commande la prudence. Une prévision ne devient pas crédible parce qu’elle est imprimée dans une loi de finances. Elle le devient quand ses hypothèses sont transparentes, ses risques assumés et ses résultats suivis. Sur ces trois points, le gouvernement a encore tout à prouver.
Cinq engagements pour rétablir la confiance
Critiquer n’est pas nier les chocs extérieurs, ni imputer chaque écart à une faute. C’est rappeler une exigence démocratique élémentaire : l’exécutif doit répondre de la qualité de ses prévisions, du suivi de ses mesures et de la transparence de ses arbitrages.
Au fond, la LFR 2026 pose une question simple aux autorités : si les hypothèses d’hier n’ont pas résisté aux faits, sur quoi les citoyens devraient-ils fonder leur confiance dans les objectifs de demain ? Un budget n’est pas un exercice de communication ; c’est un contrat entre l’État et ceux qui le financent.
La rigueur budgétaire commence par la vérité des comptes.
