Ils ont combattu sous le drapeau français et ont consacré une partie de leur jeunesse au service de la France. Aujourd’hui, des anciens combattants sénégalais dénoncent avec la dernière énergie les difficultés administratives auxquelles ils disent être confrontés pour percevoir leurs allocations, indemnités ou autres prestations auxquelles ils estiment avoir droit.
Au cœur de leur colère figure notamment une procédure de contrôle d’existence qu’ils jugent particulièrement humiliante : la demande de fournir une photographie récente les montrant avec un journal tenu à la poitrine, afin d’attester de leur identité et de leur présence physique.
Pour ces anciens militaires, déjà détenteurs de pièces d’identité et, pour certains, de documents militaires français, cette exigence est vécue comme une atteinte à leur dignité, surtout lorsqu’elle concerne des hommes très âgés ayant servi la France il y a plusieurs décennies.
À cette procédure s’ajoutent, selon les situations, d’autres justificatifs administratifs : certificat de vie, certificat de résidence, documents d’état civil, pièces militaires ou justificatifs de concordance d’identité. Des formalités qui peuvent devenir particulièrement complexes pour des bénéficiaires âgés et vivant au Sénégal.
Les anciens combattants ne contestent pas le principe d’un contrôle destiné à éviter les paiements indus. Ils demandent cependant que ces contrôles soient effectués dans des conditions respectueuses de leur dignité et adaptées à leur âge. Leur incompréhension est d’autant plus grande que l’allocation de reconnaissance du combattant reste, à leurs yeux, particulièrement modeste au regard des sacrifices consentis. Elle s’élève actuellement à 835,64 euros par an, soit environ 417,82 euros par semestre.
Après avoir servi la France sous les armes, ils souhaitent aujourd’hui pouvoir bénéficier de leurs droits sans avoir le sentiment de devoir subir des procédures qu’ils considèrent comme dégradantes. Leur revendication est donc simple : que la reconnaissance de leurs sacrifices s’accompagne d’un traitement administratif respectueux et humain.
Selon un ancien combattant, ”pour percevoir leurs pensions d’anciens combattants, les tirailleurs sont soumis à des exigences humiliantes qui ne se justifient absolument pas. En effet, pour le tirailleur, la présence physique, le certificat de vie délivré par un officier d’Etat civil sénégalais, la carte d’identité nationale, la carte d’ancien combattant délivrée par la France et comportant la photo de l’intéressé ne suffisent pas à prouver qu’il est encore vivant”.
En effet, fustige-t-il,
Il est exigé, à plus de 80 ans, de se lever le matin pour chercher le journal du jour, puis un photographe. Il doit placer le journal sur sa poitrine pour que la date du jour soit bien visible. Et tout cela doit être réalisé avant 11h 30mn du matin pour qu’il puisse enfin percevoir sa pension on se demande pourquoi les tirailleurs sont-ils soumis à cette exigence qui frise l’absurdité”.
Youssou Ndiongue
