Bourses sociales, fiscalité, déplacements officiels, pouvoir d’achat : le Collectif Élan Solidaire dénonce des contradictions dans le discours de l’ancien Premier ministre et affirme que la jeunesse sénégalaise ne se laissera plus instrumentaliser.
Le ton est offensif. Dans un communiqué au vitriol, le Collectif Élan Solidaire, composé de jeunes et de femmes ayant jadis accompagné Ousmane Sonko dans son combat politique, exprime sa profonde déception à l’égard de l’ancien Premier ministre. En réaction à son récent point de presse, le collectif l’accuse de manquer de cohérence et de vouloir s’ériger en donneur de leçons sur la gouvernance, le pouvoir d’achat et le patriotisme, sans, selon lui, rendre suffisamment compte de certaines décisions prises lorsqu’il dirigeait la Primature.
Au cœur de cette sortie, une accusation majeure : le décalage entre les discours actuels d’Ousmane Sonko et les mesures prises sous sa responsabilité gouvernementale. Élan Solidaire remet notamment sur la table les préoccupations liées aux bourses de sécurité familiale, aux allocations étudiantes et aux retenues sur les salaires des enseignants grévistes. Autant de dossiers que le collectif estime révélateurs des difficultés sociales auxquelles les Sénégalais ont été confrontés.
La fiscalité au cœur de la controverse
Le collectif cible également la politique fiscale et ses répercussions sur le pouvoir d’achat. Il évoque notamment les prélèvements de 1 % sur certains paiements électroniques et en espèces, ainsi que les taxes concernant les jeux et paris sportifs et l’alcool. Pour Élan Solidaire, ces mesures soulèvent des interrogations sur leur impact sur le quotidien des ménages.
Dès lors, le collectif juge contradictoire la posture de l’ancien Premier ministre lorsqu’il dénonce aujourd’hui le niveau de taxation au Sénégal. Il l’invite à assumer sa part de responsabilité dans les orientations économiques et fiscales prises durant son passage à la Primature.
Autre point soulevé : la gestion des ressources du Fonds d’appui au développement de la Casamance. Élan Solidaire demande des clarifications sur les interrogations relatives à l’acquisition de véhicules et aux priorités retenues dans l’utilisation de ces ressources.
Le patriotisme à l’épreuve des déplacements officiels
Les déplacements d’Ousmane Sonko constituent un autre axe de la charge du collectif. Celui-ci évoque des voyages en jet privé à Abou Dhabi, en Turquie et en Chine, ainsi que l’utilisation de l’avion présidentiel pour un déplacement en Italie lié, selon ses accusations, à un meeting politique. Élan Solidaire estime que ces pratiques méritent des explications au regard de l’exigence de sobriété dans la gestion des deniers publics.
En contrepoint, le collectif met en avant le recours du Premier ministre actuel, Al Amine Lo, à des vols commerciaux lors de certains déplacements officiels, notamment en Guinée et en Côte d’Ivoire. Une comparaison dont il se sert pour poser une question politique directe : qui, entre les deux responsables, incarne le mieux le patriotisme dans la gestion des ressources publiques ?
Ces affirmations et comparaisons, portées par le collectif, constituent le cœur de son argumentaire. Elles appellent à des éléments de vérification et à des réponses des responsables concernés.
«L’épisode 2021 ne se répétera plus»
Au-delà des griefs portant sur la gouvernance, Élan Solidaire entend surtout adresser un avertissement politique à Ousmane Sonko. Le collectif affirme que les jeunes et les femmes qui l’avaient accompagné dans son combat pour le changement refusent désormais de voir leurs sacrifices servir des ambitions politiques individuelles.
«L’épisode 2021 ne se répétera plus», prévient-il, dans une formule qui résume sa volonté de rupture avec les mobilisations politiques qu’il considère comme préjudiciables à l’avenir de la jeunesse.
Le collectif dénonce ce qu’il présente comme une tentative de monopolisation du discours patriotique et rejette toute prétention à l’exclusivité du patriotisme. Il appelle les citoyens à juger les responsables politiques sur leurs actes, leurs décisions et leurs résultats, plutôt que sur leurs déclarations.
La jeunesse appelée à exiger des comptes
Élan Solidaire annonce ainsi vouloir renforcer son rôle de veille citoyenne et combattre toute tentative de manipulation de la jeunesse. Il invite les jeunes et les femmes à faire preuve de discernement et à exiger des comptes de l’ensemble des responsables publics, sans accorder de chèque en blanc à aucun dirigeant.
Emploi, formation, pouvoir d’achat, dignité et avenir des familles : le collectif estime que ces priorités doivent primer sur les affrontements politiques et les ambitions personnelles.
Sa conclusion sonne comme un avertissement adressé à toute la classe politique : « Le Sénégal appartient à ses citoyens, et non à un homme ou à un clan politique. »
Pour Élan Solidaire, la rupture revendiquée ne saurait rester un slogan. Elle doit désormais se vérifier dans les actes, la transparence et la gestion des ressources publiques.
Abdou Latif NDIAYE
