De la création du mouvement à la «consultation de la base», le scénario de la transhumance politique semble désormais bien rodé. Et à Kaffrine, tout porte à croire que le film est déjà écrit.
Il faut le dire sans détour : Kiiraay a le vent en poupe. Et Aminata Touré, manifestement, sait où elle met les pieds. Elle ratisse large, très large. Son terrain de chasse politique naturel reste, entre autres, l’Alliance pour la République, où elle trouve encore de nombreux responsables, élus et anciens compagnons de route prêts à franchir le Rubicon.
Depuis le lancement de Kiiraay, les ralliements annoncés ou enregistrés se multiplient. Des maires, des responsables politiques, des militants et des personnalités de l’ancien régime se rapprochent du nouveau mouvement. Mais, pour certains, il faut prendre des précautions.
Car en politique, on ne quitte pas toujours un camp : on change de récit.
Le procédé est désormais presque classique.
D’abord, on crée un mouvement. Ensuite, on organise une démonstration de force. On mobilise des militants, on invite la responsable politique à venir constater la réalité du terrain. On lui demande même, devant les caméras et les foules, de lancer publiquement un appel.
La main est alors tendue.
Le responsable politique concerné la saisit… mais avec prudence.
Il explique qu’il doit consulter sa base, rencontrer ses responsables, recueillir l’avis de ses militants. Il ne peut évidemment pas décider seul.
Tout le monde comprend pourtant que la décision est déjà prise.
Mais il faut donner du temps au temps.
Il faut surtout donner à l’opinion une autre lecture de ce qui pourrait apparaître comme une simple transhumance.
Alors vient la deuxième séquence : les consultations.
Quinze jours plus tard, parfois moins, le communiqué tombe :
“Après avoir consulté notre base et échangé avec nos différents responsables, nous avons décidé, en toute responsabilité, d’accompagner le Président de la République et de rejoindre Kiiraay.”
Rideau.
Le ralliement devient alors une «décision collective». La transhumance se transforme en «choix politique». Le changement de camp devient «engagement républicain». Et le départ de l’ancien parti est pudiquement présenté comme une nouvelle étape dans un parcours politique.
Le procédé est vieux comme la politique, mais le décor change.
Pape Mahawa Diouf n’a pas échappé à ce scénario. D’autres pourraient suivre.
Et voilà qu’à Kaffrine, le décor semble lui aussi parfaitement planté.
Abdoulaye Saydou Sow, ancien ministre, maire de Kaffrine et figure importante de l’ancien pouvoir, accepte la main tendue d’Aminata Touré, tout en annonçant qu’il doit d’abord consulter sa base.
Pourquoi pas ?
C’est parfaitement respectable.
Mais lorsqu’on connaît les mécanismes de la politique sénégalaise, il est difficile de ne pas voir dans cette séquence un scénario déjà maintes fois joué.
Créer une structure pour créer une passerelle.
Mobiliser pour montrer qu’on garde une influence.
Inviter l’interlocuteur à constater cette influence.
Recevoir publiquement la main tendue.
Puis consulter une base dont l’avis semble, à l’avance, largement prévisible.
Et enfin annoncer le ralliement.
La forme change. Le fond, lui, demeure.
Le plus intéressant dans cette affaire n’est donc peut-être pas de savoir si Abdoulaye Saydou Sow rejoindra Kiiraay. Il sera libre de ses choix et de ses alliances.
La vraie question est plutôt celle-ci : pourquoi faut-il désormais autant de mise en scène pour assumer un changement de camp politique ?
Pourquoi ne pas simplement dire : «J’ai fait un choix. Je rejoins Kiiraay»?
Pourquoi passer par un mouvement, une mobilisation, une consultation et tout un cérémonial politique ?
Parce qu’en politique, l’image compte parfois autant que la décision.
Il faut préserver une partie de son passé, rassurer ses anciens compagnons, préparer ses militants et surtout éviter que le ralliement ne soit immédiatement réduit à ce qu’il est politiquement : un changement de camp.
C’est là toute l’habileté du scénario.
On ne transhume plus. On consulte
On ne rejoint plus directement le pouvoir. On répond à un appel.
On ne change plus de camp. On accompagne la République.
Et surtout, on ne donne jamais l’impression d’avoir couru vers le pouvoir : on laisse croire que c’est le pouvoir qui est venu vous chercher.
À Kaffrine, la pièce semble donc avoir commencé.
Aminata Touré a lancé l’invitation. Abdoulaye Saydou Sow a reçu la main tendue. Il reste désormais la consultation de la base.
Quinze jours ? Moins ?
Rendez-vous donc dans quelques jours pour voir si le troisième acte vient confirmer le scénario annoncé.
Et si, comme souvent, la conclusion est déjà connue :
«Après consultation de notre base, nous avons décidé de rejoindre Kiiraay et d’accompagner le Président de la République.»
Le cinéma politique aura alors livré son dernier épisode.
Avec, comme toujours, un scénario que tout le monde avait déjà compris.
Abdou Latif NDIAYE

1 commentaire
Vous savez, certaines personnes entrent en pôitique non parceque les idéaux ou le programme prôné par une formation politique les a convaincu mais plutôt pour assouvir malheureusement des ambitions personnelles, des intérêts pûrement mesquins et égoītes. Cette race d’individus est tout a fait prédisposé à franchir le rubicon et changer le fusil d’épaule car n’ayant aucune convictuon idéologique ni idéal politique. L’histoire ne retiendra de leur militantisme que la traitrise et la fourberie.