La fracture se creuse davantage au sein du Parti socialiste. Dans un communiqué rendu public le 18 août, les initiateurs du Manifeste « Dundal PS – Faire revivre le PS » dénoncent l’absence d’avancées après les tentatives de médiation engagées pour rapprocher les différentes sensibilités du parti. Ils accusent la direction de poursuivre des pratiques d’exclusion et brandissent désormais la menace d’une confrontation ouverte en cas de convocation de leurs membres devant une commission de discipline.
Le Parti socialiste est loin d’avoir tourné la page de ses querelles internes. Après avoir suspendu leurs activités publiques dans l’espoir de favoriser une médiation, les initiateurs de « Dundal PS » estiment que la main tendue n’a pas produit les effets escomptés. Dans un communiqué au ton particulièrement offensif, ils accusent la direction du parti de n’avoir donné « aucun commencement d’exécution » aux engagements pris lors d’une rencontre organisée à la résidence de la Secrétaire générale.
Pour les signataires du document, le malaise est désormais alimenté par une série de faits qui traduiraient, selon eux, la volonté de la direction de privilégier « l’épreuve de force » au détriment de la reconstruction et de la cohésion du parti.
Premier grief : la constitution, à Dakar, du Réseau des femmes socialistes du Sénégal, avec l’accompagnement de la Global Progress Foundation. Les initiateurs de « Dundal PS » affirment que les femmes partageant leur démarche en auraient été exclues. Ils dénoncent également les tentatives présumées visant à écarter le secrétaire général légitime du PS dans le département de Dakar de la conduite des cérémonies marquant le septième anniversaire de la disparition d’Ousmane Tanor Dieng.
Mais c’est surtout la gestion des instances du parti qui cristallise leur colère. Les contestataires remettent en cause le processus de convocation du Bureau politique, estimant que celui-ci ne serait plus fondé sur les délibérations régulières du Secrétariat exécutif national, mais sur les décisions d’un « cercle restreint » réuni autour de la Secrétaire générale.
La réunion du Bureau politique annoncée pour le 22 août est également contestée, notamment en raison de la proximité du Mawlid du 25 août et des activités religieuses préparatoires. Les initiateurs de « Dundal PS » déplorent par ailleurs l’absence, à leurs yeux, d’un rapport préalable de la Commission de relance.
La commission de discipline, point de rupture
Le dossier prend une tournure plus explosive avec la question disciplinaire. Les initiateurs du Manifeste affirment qu’une réunion tenue le 6 août, sous la présidence de la Secrétaire générale, aurait conduit à la mise en place d’une commission de discipline destinée à examiner leur situation.
Une initiative qu’ils considèrent comme une ligne rouge.
Dans une formule particulièrement ferme, ils préviennent que toute convocation d’un initiateur ou d’un signataire de « Dundal PS » devant cette commission serait considérée comme un « casus belli ». Une déclaration qui marque clairement le durcissement du bras de fer au sein de la formation socialiste.
Autre sujet de tension : la célébration à Dakar des 50 ans de présence en Afrique de l’Internationale socialiste. Les initiateurs de « Dundal PS » affirment que la Secrétaire générale se serait opposée à la présence de certains d’entre eux dans le Comité national d’organisation mis en place pour cet événement.
«Dundal PS» se veut au-dessus de la fracture
Malgré ce ton offensif, les auteurs du communiqué assurent ne pas rechercher la scission. Ils présentent leur démarche comme une entreprise de reconstruction destinée à « ranimer les structures régulières », à retourner sur le terrain et à redonner au Parti socialiste une nouvelle dynamique militante.
Ils récusent ainsi l’idée d’une faction cherchant à provoquer une rupture. « Dundal PS », soutiennent-ils, serait plutôt une tentative de préserver l’héritage politique de Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Ousmane Tanor Dieng.
Mais derrière cette volonté affichée de préserver l’unité, le message adressé à la direction est sans ambiguïté : le temps des concessions unilatérales semble révolu. Les initiateurs du Manifeste accusent la direction de miser sur « l’usure du temps » et de rester enfermée dans une logique d’immobilisme alors que d’autres formations politiques occupent déjà le terrain en perspective des prochaines échéances électorales.
La crise interne du PS franchit ainsi un nouveau palier. Entre appel au dialogue et menace de confrontation, « Dundal PS » entend désormais imposer le débat sur l’avenir de la vieille formation socialiste. Une bataille qui pourrait peser lourd sur la recomposition politique du parti et sur sa capacité à retrouver une place significative dans le paysage politique sénégalais.
Abdou Latif NDIAYE
