Après l’ouverture de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, ce lundi, Thierno Alassane Sall est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de « manque persistant de transparence » dans la gestion de l’institution. Face à Ousmane Sonko, le député exige des explications sur les fonds spéciaux, les recrutements, les salaires et les voyages des députés. Une sortie musclée qui place une nouvelle fois la gouvernance des nouvelles autorités sous le feu des critiques.
Le ton est monté d’un cran à l’Assemblée nationale. À l’ouverture de la session extraordinaire, le député Thierno Alassane Sall a vivement interpellé Ousmane Sonko sur les règles de gouvernance et de transparence au sein de l’institution parlementaire. Pour le parlementaire, les promesses de rupture ne sauraient se limiter aux discours : elles doivent également se traduire dans la gestion quotidienne des ressources publiques.
Au cœur de son intervention, la question des fameux « fonds politiques » de l’Assemblée nationale. Thierno Alassane Sall affirme que, depuis deux sessions, ses demandes d’explications et d’éclaircissements sur ces crédits demeurent sans réponse. Une situation qu’il juge incompatible avec les exigences de transparence et de reddition des comptes.
Le député met également en cause la gestion budgétaire de l’institution. Il rappelle que le règlement intérieur attribue à la questure la responsabilité de rendre compte aux députés des questions relatives notamment aux salaires, aux recrutements et aux déplacements. Or, selon lui, certaines décisions seraient prises en dehors de ce cadre.
«Des militants de Pastef casés à l’Assemblée»
Thierno Alassane Sall cible particulièrement les recrutements effectués sous l’autorité du président de l’Assemblée nationale. Il dénonce l’arrivée de collaborateurs issus des rangs de Pastef, qu’il accuse d’avoir été « casés » au sein de l’institution, alors que les priorités devraient, selon lui, porter sur le recrutement d’assistants parlementaires destinés à renforcer le travail législatif.
Pour le député, cette pratique pose une question fondamentale : où s’arrête le fonctionnement normal de l’institution et où commence la logique partisane ?
Mais c’est surtout sur la qualification même des « fonds politiques » que Thierno Alassane Sall veut obtenir des réponses. Il conteste leur légitimité et soutient que ces crédits n’auraient jamais été soumis au vote de l’Assemblée nationale sous cette appellation.
Selon son explication, ils auraient été intégrés au budget sous le vocable de « fonds spéciaux », sans validation parlementaire formelle. Une situation qui, à ses yeux, soulève une grave question de légalité et de responsabilité dans l’utilisation de l’argent public.
Une mise en garde directe à Sonko
Thierno Alassane Sall ne s’arrête pas à la dénonciation. Il estime que toute utilisation, par le président de l’Assemblée nationale, de crédits qu’il assimile à des «fonds politiques» pourrait constituer un détournement de leur destination.
Le parlementaire prend toutefois soin de distinguer ces crédits des dépenses liées au renseignement de la présidence de la République. Pour lui, les crédits votés pour le renseignement répondent à une logique institutionnelle spécifique et ne doivent en aucun cas être confondus avec les fonds qu’il conteste au niveau de l’Assemblée nationale.
Thierno Alassane Sall adresse ainsi un message politique clair à Ousmane Sonko : la rupture ne peut être crédible sans transparence, traçabilité des fonds publics et respect strict des procédures institutionnelles.
La passe d’armes promet ainsi de se poursuivre. Car derrière la controverse sur les « fonds politiques », c’est désormais la question de la gouvernance de l’Assemblée nationale et, plus largement, celle de la cohérence entre les discours de rupture et les pratiques du pouvoir qui est posée.
Abdou Latif NDIAYE
