Transport fluviomaritime/ L’idée des «bateaux moustiques» de Samba Ndiaye refait surface : une solution sénégalaise pour naviguer vers l’avenir
Ancien Directeur général de la Société industrielle de réparations navales (SIRN) et des Grands Trains du Sénégal (GTS), l’ingénieur d’État en génie civil Samba Ndiaye remet au centre du débat une idée qu’il défend depuis plusieurs années : la production locale de «bateaux moustiques», des embarcations légères, rapides et polyvalentes destinées au transport des personnes, à la surveillance maritime et à la desserte des zones côtières. À l’heure où le Sénégal cherche à renforcer sa souveraineté industrielle, sa proposition apparaît comme une piste innovante aux multiples retombées économiques et stratégiques.

Et si le Sénégal misait davantage sur ses voies navigables pour répondre à une partie de ses défis de mobilité, de sécurité et d’industrialisation ? C’est la conviction de Samba Ndiaye, ancien Directeur général de la SIRN et des Grands Trains du Sénégal, qui plaide depuis plusieurs années pour le développement d’une véritable industrie nationale de construction navale.
Dans une contribution récemment réactualisée, l’ancien responsable public revient sur une ambition qui avait commencé à prendre forme au début des années 2010 : fabriquer localement des embarcations modernes en matériaux composites capables de répondre aussi bien aux besoins civils qu’aux exigences des forces de défense et de sécurité.
Au cœur de cette vision figure le concept des «bateaux moustiques». Derrière cette appellation se cachent des unités navales de petite ou moyenne taille, rapides, maniables et relativement peu coûteuses à produire et à exploiter. Ces embarcations peuvent assurer le transport de passagers sur de courtes distances, le désenclavement de certaines localités, la surveillance côtière ou encore des missions de contrôle et d’intervention rapide.
Pour Samba Ndiaye, l’idée n’a rien d’utopique. Elle repose sur des acquis concrets. Sous sa direction à la SIRN, des études, des essais et des prototypes ont été réalisés avec l’ambition de jeter les bases d’une industrie navale sénégalaise moderne. Plusieurs embarcations produites localement avaient alors été testées avec succès sur différents axes, notamment entre Dakar et Rufisque, Ngor et l’île de Ngor, ou encore entre Soumbédioune et les îles de la Madeleine.

L’ancien directeur général rappelle également que le Sénégal dispose d’atouts naturels exceptionnels pour développer le transport fluviomaritime. Avec plus de 700 kilomètres de façade maritime et un vaste réseau de fleuves et de cours d’eau, le pays bénéficie d’un potentiel navigable largement sous-exploité.
Mais au-delà de la question du transport, Samba Ndiaye voit dans les bateaux moustiques un levier de souveraineté industrielle. Selon lui, les infrastructures, les compétences techniques et le savoir-faire nécessaires existent déjà en partie. Des techniciens sénégalais ont été formés à l’étranger, notamment au Japon, tandis que des investissements industriels avaient permis d’introduire des technologies de fabrication utilisant la fibre de verre et les matériaux composites.
L’ingénieur estime ainsi que le Sénégal pourrait progressivement réduire sa dépendance aux importations d’embarcations en lançant des programmes de commandes locales destinées aux collectivités territoriales, aux services de transport maritime, mais aussi aux administrations chargées de la sécurité et de la surveillance des espaces maritimes.
À l’heure où les autorités mettent l’accent sur la transformation structurelle de l’économie et la valorisation du contenu local, cette vision retrouve une résonance particulière. Elle s’inscrit dans une logique de création d’emplois qualifiés, de transfert de technologies et de développement d’un tissu industriel national.
Si de nombreux défis restent à relever, notamment en matière de financement et d’accompagnement institutionnel, l’idée défendue par Samba Ndiaye illustre une conviction simple : le Sénégal possède les ressources humaines, les compétences techniques et le potentiel géographique nécessaires pour construire lui-même une partie des solutions à ses besoins de mobilité et de sécurité.
Plus qu’un simple projet de transport, les « bateaux moustiques » apparaissent ainsi comme le symbole d’une ambition plus large : celle d’un Sénégal capable de transformer ses atouts naturels en instruments de développement, d’innovation et de souveraineté.
Abdou Latif NDIAYE
