Marché T0520/22: INTERMAQ accuse Mabouba Diagne de “mensonges” et menace l’État de poursuites
La société espagnole INTERMAQ 2012 S.L., engagée dans un vaste marché d’équipements agricoles avec le ministère de l’Agriculture, contre-attaque après les déclarations du ministre Mabouba Diagne sur la TFM. Dans un communiqué au ton offensif, l’entreprise dénonce des “affirmations mensongères”, réclame un démenti public et menace de saisir les juridictions sénégalaises et espagnoles. Au cœur du bras de fer : des milliards de FCFA, des équipements bloqués au Port de Dakar et un contrat aujourd’hui au bord de l’implosion.
Le ton est désormais à la confrontation ouverte entre le ministère de l’Agriculture et la société espagnole INTERMAQ 2012 S.L. Dans un communiqué particulièrement virulent rendu public depuis Madrid et Dakar, l’entreprise espagnole démonte point par point les déclarations du ministre Mabouba Diagne faites lors de l’émission Matinale de la TFM, qu’elle qualifie de “fausses”, “infondées” et “gravement préjudiciables”.
Au centre du différend figure le marché T0520/22 signé en mars 2022, portant sur la fourniture d’équipements agricoles et la construction de 120 entrepôts de stockage pour le Sénégal. Alors que le ministre aurait affirmé que l’entreprise a déjà perçu près de 65 milliards FCFA pour seulement 17 milliards de livraisons, INTERMAQ parle d’une “contrevérité grossière”.
La société soutient que le montant réellement encaissé s’élève à 42,3 millions d’euros, soit environ 27,7 milliards FCFA, sur un total facturé de 52,2 millions d’euros. Elle affirme même que l’État du Sénégal lui reste devoir près de 9,9 millions d’euros correspondant à des factures impayées depuis décembre 2024.
Mais l’entreprise ne s’arrête pas là. Elle accuse directement le ministère de bloquer l’exécution du projet à travers plusieurs manquements administratifs : absence de titres d’exonération douanière, retard dans la validation d’un avenant signé en mai 2025 et non-mise à disposition des sites destinés à accueillir les entrepôts.
INTERMAQ révèle également avoir adressé plusieurs lettres au ministère depuis juin 2024 sans jamais obtenir de réponse officielle, hormis une correspondance confidentielle dans laquelle le ministre aurait exigé une baisse drastique des prix : 40 % sur les infrastructures et 50 % sur certains équipements. Une demande jugée “illégale” par l’entreprise, qui affirme malgré tout avoir accordé une remise exceptionnelle de plus d’un milliard FCFA “dans un esprit de coopération”.
Autre point explosif : les équipements agricoles bloqués au Port autonome de Dakar depuis 2024. Alors que le ministre évoquait une possible “réquisition” pour les mettre à disposition des agriculteurs, INTERMAQ rétorque que ces matériels sont immobilisés à cause des défaillances administratives du ministère. La société affirme avoir déjà supporté plus de 450 millions FCFA de frais de surestaries et de magasinage pour éviter l’enlisement du dossier.
Dans ce bras de fer qui prend désormais une tournure politico-judiciaire, l’entreprise espagnole hausse encore le ton. Elle exige un démenti public du ministre Mabouba Diagne “dans les mêmes conditions de diffusion” et se réserve le droit d’engager “toutes les voies de recours” aussi bien au Sénégal qu’en Espagne pour défendre ses intérêts et sa réputation commerciale.
Ce communiqué relance avec fracas la polémique autour de la gestion des marchés publics agricoles et pourrait raviver les interrogations sur l’exécution des grands contrats engagés par l’État dans le cadre de la souveraineté alimentaire.
Ch. Seck NDONG
